Des acteurs du système éducatif discutent de la transformation de l'éducation haïtienne

Publié le 2022-08-05 | lenouvelliste.com

Le ministère de l'Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) a organisé, du mercredi 3 au vendredi 5 août, à Pétion-Ville, le forum national sur la transformation de l'éducation haïtienne. Ce forum a permis de faire l'état des lieux du système éducatif haïtien en prélude au Sommet sur la transformation de l'éducation qui sera organisé par l'UNESCO à New York au mois de septembre. 

Des acteurs venus d'horizons divers ont assisté à ce forum national sur la transformation de l'éducation haïtienne. Des représentants des agences onusiennes y ont pris part également. Plusieurs points ont été débattus lors de ce forum de trois jours qui avait pour objectif notamment de faire l'état des lieux de l'environnement scolaire dans le pays, d'échanger sur l'inclusion en milieu scolaire avec un focus sur les personnes en situation de handicap et les PPVIH et identifier les acquis, les progrès à consolider et les défis. 

S'agissant des défis, les cinq groupes thématiques ont dressé un ensemble de problèmes qui affaiblissent le système de l'éducation nationale. 

Un participant a fait remarquer qu'on ne peut pas transformer un système éducatif contrôlé par le secteur privé à 80%, plaidant pour une plus grande offre publique dans le système. 

Beauvil Émile de la Ligue nationale des enseignants haïtiens a en premier lieu critiqué l'absence de politique éducative nationale dans le pays avant de poser le problème de langue qui augmente le taux d'échecs aux examens officiels. 

Pour M. Tardieu ces 95% d'échecs dans le système ont produit le niveau actuel de notre société avec les gangs armés qui règnent en maîtres. Selon lui, il faut réfléchir sur quel type d'éducation on veut avoir. Il plaide par ailleurs pour la formation accélérée et continue de 50 000 enseignants dans le système. 

Quid des enfants des rues abandonnés par les autorités étatiques ? Mme Jean-Baptiste appelle à fermer la vanne et mettre des mécanismes en place pour éduquer ces derniers. 

L’Office national de partenariat en éducation (ONAPE) joue un grand rôle dans la tenue de ce forum réalisé en présence de bailleurs de fonds, du directeur général du FNE, Jean Ronald Joseph, de la coordonnatrice du Programme national de cantine scolaire (PNCS), de membres de la société civile.

Chargé de représenter, Bruno Maes, représentant de l'UNICEF en Haïti, Brice Saintil salue la tenue de ce forum. À ses yeux, la présence des acteurs traduit tout l’intérêt qu'ils portent sur la question de l’éducation, voire l’avenir du pays.  « Ce forum a été également l’occasion pour nous autres participants et participantes, de nous pencher sur différentes thématiques liées au système éducatif comme : des écoles inclusives, équitables, sûres et saines ; apprentissage et compétences pour la vie, le travail et le développement durable ; qualité et pertinence des programmes ; le développement et l’évaluation des apprentissages ainsi que la question du financement de l’éducation », soutient M. Saintil, soulignant que ces réflexions sont engagées à un tournant décisif du pays marqué par les impacts de la Covid-19 qui a entraîné la fermeture prolongée de l’ensemble des écoles au niveau national,  la violence armée ayant affecté les écoles situées dans les quartiers sensibles de Port-au-Prince et ses environs et le kidnapping qui affecte toutes les couches de la société. 

« Autant de pressions économiques, sociales, émotionnelles qui pèsent sur les ménages, affectant les enfants sur le plan cognitif notamment », avance M. Saintil de l'UNICEF. Il renouvele l’engagement de l’UNICEF à continuer à fournir son appui au ministère de l’Education nationale et de la Formation professionnelle, pour permettre aux enfants, en particulier aux filles issues des familles les plus vulnérables, d’avoir accès à une éducation de qualité qui leur permettra de développer leur plein potentiel. 

De son côté, la représentante de l'UNESCO en Haïti se réjouit de ce forum national. Tatiana Villegas-Zamora informe que transformer l'éducation nécessite une augmentation significative des investissements dans une éducation de qualité, une base solide dans le développement et l'éducation complets de la petite enfance, et doit être étayée par un engagement politique fort, une planification solide et une solide base de données factuelles.

La représentante de l'UNESCO dit regretter que des millions de personnes n'aient toujours pas les compétences de base en matière d'alphabétisation, dont les deux tiers sont des femmes.

« Il y a une crise de l'apprentissage de base, des compétences en littératie et en numératie chez les jeunes apprenants. Les enfants handicapés sont 42 % moins susceptibles de disposer des compétences de base en lecture et en calcul par rapport à leurs pairs », plaide plus loin la représentante de l'UNESCO qui parle d'une éducation en crise. 

Le ministre de l'Éducation nationale, Nesmy Manigat, encourage ce genre de consultation qui, fait-elle savoir, est un exercice qui devrait être fait chaque jour. 

« Transformer les écoles devrait être la préoccupation de tous. Le ministère aura des éléments à partager à l'échelle internationale. Beaucoup de défis nous attendent après la pandémie », reconnaît le ministre Manigat. 

Le ministre évoque le financement du secteur de l'éducation qui est un poids lourd pour la famille haïtienne. « Aucun pays ne devrait laisser la charge de la scolarité des enfants à la famille », indique le ministre Manigat pour qui on ne peut pas transformer l'éducation si on n'accroît pas les dépenses publiques de l'éducation. 

« Ce dialogue doit être un exercice quotidien et permanent. L'école reste un bien public qui n'appartient à aucun gouvernement. Nous devons tout faire pour que l'école reste un bien commun », invite le titulaire du MENFP.



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