CSPJ

Les activités judiciaires de la juridiction de Croix-des-Bouquets transférées à Tabarre

Incapable de reprendre les activités judiciaires à Croix-des-Bouquets depuis plusieurs mois à cause de l'insécurité, le secrétariat technique du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) décide de transférer les activités judiciaires du tribunal de première instance de Croix-des-Bouquets à la bibliothèque municipale de Tabarre. C'est une décision irréfléchie, s'écrie le bâtonnier de l'ordre des avocats du barreau de Croix-des-Bouquets.

Publié le 2022-08-04 | lenouvelliste.com

Des bandits armés imposent leur volonté à Croix-des-Bouquets et envoient les professionnels du droit sur la touche. Ils ont mis le feu au parquet de Croix-des-Bouquets.

Pour remédier à la situation, les autorités judiciaires décident de transférer "jusqu'à nouvel ordre" les activités judiciaires au tribunal de première instance de Croix-des-Bouquets à la bibliothèque municipale de Tabarre. Dans un mémorandum ce jeudi 4 août, le secrétariat technique du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire affirme en avoir fait l'annonce.

« Désormais et jusqu'à nouvel ordre, les magistrats, les avocats, le personnel judiciaire, les justiciables du tribunal de première instance de Croix-des-Bouquets se tiennent en un espace adéquat de la bibliothèque municipale de Tabarre », a fait savoir le CSPJ, avant de préciser que cette disposition transitoire est prise dans le but de protéger les vies et les biens de tout un chacun compte tenu de l'aggravation du climat d'insécurité paralysant le fonctionnement normal de presque toutes les activités dans la commune de Croix-des-Bouquets. 

Décision irréfléchie, selon le bâtonnier de l'ordre, Me Sosthène Chouloute

Le bâtonnier de l'ordre des avocats du barreau de Croix-des-Bouquets prend à contre pied la décision prise par le CSPJ. « Ce n'est pas dans l'attribution du CSPJ de transférer une juridiction créée par la loi dans une autre commune. Je me demande ce que l'on va écrire dans les décisions de justice. Va-t-on signifier juridiction de Tabarre ou Croix-des-Bouquets ? », s'interroge Me Chouloute, qui estime que la décision est irréfléchie. 

« Le CSPJ a pris la décision au moment où les juges sont en vacances. Le tribunal se trouve actuellement en vacances. C'est une décision irréfléchie. Nous allons nous asseoir avec les conseillers pour  qu'ils puissent nous convaincre au moyen de référence légale sur cette décision », indique l'homme de loi.

« C'est triste de voir l'État se plier à la volonté des bandits. Le commissaire du gouvernement, qui est le chef de la poursuite, ne peut pas faire aveu d'impuissance et laisser la commune sous la coupe réglée des gangs. Il doit être présent sur le terrain », a indiqué le bâtonnier Chouloute, qui pense que le chef du parquet doit mettre l'action publique en mouvement contre les malfrats qui nuisent à la société.

Le bâtonnier de l’ordre des avocats, Me Sosthène Chouloute, qui fustige l’insouciance de l’État, appelle les autorités à tirer leur révérence s’ils sont incapables de rétablir l’ordre.  

La peur instaurée par les gangs a pris le dessus à Croix-des-Bouquets

« Les avocats, les juges ont peur. Les juges ne viennent pas siéger. L’appareil judiciaire est inopérant depuis cinq mois. Les avocats du barreau de Croix-des-Bouquets ne peuvent pas se réunir en assemblée générale pour décider ce qu’ils doivent faire », se plaint le bâtonnier de l’ordre des avocats de Croix-des-Bouquets, Me Sosthène Chouloute.

« L’insécurité se généralise. Nous constatons l’insouciance des autorités au pouvoir. Ceux qui nous dirigent laissent la situation s'envenimer », a fustigé Me Sosthène Chouloute, joint par téléphone mercredi. L’homme de loi critique l’État qui a le monopole de la violence et qui ne fait rien pour combattre les gangs qui étendent leurs territoires.  « L’État a l’obligation de combattre les gangs ou s’asseoir avec les patrons de ces derniers pour trouver une solution. Si les autorités en place ne peuvent rien faire, elles doivent tirer leur révérence », a balancé le bâtonnier de l’ordre de Croix-des-Bouquets. « Nous demandons aux dirigeants de prendre leurs responsabilités », a lancé l’avocat.

Me Chouloute regrette que tout le monde souffre de cette situation qui sévit dans le pays, en particulier les justiciables qui attendent que leur cas soit présenté devant un juge. « Les dernières assises criminelles qui devaient se dérouler au mois d’avril n’ont pas eu lieu. Les avocats aussi sont victimes de la situation qui les pousse au chômage », se lamente l’avocat, rappelant par ailleurs que la loi interdit aux avocats d’exercer une activité à caractère commercial.

« Les avocats ne peuvent pas se permettre de changer de juridiction. Nous ne pouvons pas siéger au tribunal de Tabarre. Nous subvenons à nos besoins lorsque nous pouvons nous rendre au tribunal. Que l’État remplisse sa mission », avait demandé le bâtonnier de l’ordre des avocats de Croix-des-Bouquets.

Notons que les tribunaux dans la commune de Croix-des-Bouquets ont fermé leurs portes depuis plusieurs mois à cause de la fureur des gangs qui ne cessent de tuer et de terroriser la population.



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