Des facteurs divers menacent la sécurité alimentaire des ménages haïtiens

Publié le 2022-08-09 | lenouvelliste.com

On ne dispose pas encore de données sur la production agricole pour la campagne de printemps de cette année. Mais tout indique que la saison n’aura pas été bonne à bien des égards.  Selon la Banque de la République d’Haïti (BRH), dans sa Note de politique monétaire pour le troisième trimestre de l’exercice fiscal 2021-2022 parue le 2 juillet 2022, l’offre des produits locaux a subi, une fois de plus, les effets négatifs de la performance mitigée de la campagne agricole de printemps et de la dégradation continue du climat des affaires.

« Contrairement aux mois de mars et d’avril durant lesquels les cultures et plantations de printemps ont bénéficié de conditions pluviométriques favorables, le mois de mai a été caractérisé par une pluviométrie inférieure à la moyenne », indique la note, ajoutant qu’il en est résulté une performance mitigée de la campagne de printemps pour l’année 2022. À partir de mai, chaque semaine a vu des précipitations inférieures à la moyenne à travers le pays. Les niveaux ont été les plus bas au cours des trois premières semaines de juin.

 Aussi insiste-t-on sur la dégradation continue du climat des affaires dans le pays. Une conjoncture qui s’est reflétée dans l’accélération du rythme de progression des prix et qui a alimenté les anticipations négatives des agents économiques, lesquelles ont, entre autres, conduit à alimenter les tensions sur le marché des changes.

Ainsi, c’est la panique totale dans les familles haïtiennes. Si l’on attend le prochain bulletin de la Coordination nationale de la sécurité alimentaire (CNSA) pour se faire une idée plus exacte de la proportion de la population se trouvant dans l’insécurité alimentaire pour ce troisième trimestre de l’année fiscale 2021-2022, le marché en dit déjà long. Il y a une proportion non négligeable des Haïtiens qui n’arrivent pas à manger à leur faim. Sur une période relativement courte, les prix de certains produits de base ont carrément doublé, réduisant encore plus le pouvoir d’achat des ménages les plus pauvres.

La faiblesse de la production alimentaire nationale jumelée au renchérissement des prix des produits importés a amplifié les pressions inflationnistes. En mars 2022, on parlait d’une inflation de 25,9 % en rythme annuel, une inflation qui s’est établie à 27,8 % en mai 2022 et 29% en juin et la tendance est toujours à la hausse. Le pire est que l’on assiste de manière impuissante à la chute de l’activité économique réduisant ainsi les opportunités d’emplois.

Dans le cadre des perspectives de la sécurité alimentaire du Réseau des systèmes d'alerte précoce contre la famine (FEWS NET), dans un numéro paru en juin 2022, les décideurs sont interpelés sur la situation alimentaire du pays. « L'inflation, le manque d'opportunités d'emplois et l'insécurité perturbent l'accès des ménages à leurs sources habituelles de nourriture et de revenus », précise le document. Les ménages très pauvres, en particulier ceux des quartiers vulnérables de Port-au-Prince et des zones précédemment touchées par les chocs, resteront en crise alimentaire jusqu'en janvier 2023. Les ménages des zones où les récoltes sont estimées proches de la moyenne, y compris le Sud, la Grand'Anse et certaines communes de l'Artibonite, du Centre, de l'Ouest et du Nord resteront dans la phase de stress alimentaire.

Si toutes les prévisions se révèlent concluantes, l’on doit s’attendre à un niveau d’insécurité record dans le pays pour le trimestre à venir. FEWS NET a anticipé une dépendance du marché pour les ménages en raison des récoltes insuffisantes. La BRH, dans sa Note sur la politique monétaire, parait autant alarmiste. Le prolongement de la guerre en Ukraine devrait, avance la banque, conduire à l’intensification du renchérissement des produits pétroliers et alimentaires de base ainsi qu’à la persistance des ruptures des chaînes d’approvisionnement au niveau mondial. En Haïti,  la poursuite de la dégradation du climat des affaires en raison de la situation sécuritaire continuera d’affecter négativement l’activité économique et la formation des prix à travers le blocage de certains circuits de production et de commercialisation.



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