Gangs, politiciens et communauté internationale, entre terreur et cynisme 

Publié le 2022-08-02 | lenouvelliste.com

La crise haïtienne s’envenime quotidiennement. Le pouvoir des gangs armés- qui prennent plusieurs quartiers de la capitale haïtienne et de certaines villes de province en otage- est la face visible de la détérioration de cette crise qui plonge toute une population dans le désespoir. Une population qui est prise entre deux feux : la terreur des gangs et le cynisme des politiciens et de leurs alliés de la communauté internationale.

Après l’assassinat d’un inspecteur de police à l’intérieur d’une église au cours du mois de juillet écoulé, la mise à sac du parquet de la Croix-des-Bouquets, l’incendie partiel de la Cathédrale de Port-au-Prince, la paralysie des activités au centre-ville à cause de la guerre des gangs, il est étonnant qu’aucune autorité ne tire les conséquences ni même se prononce. Aucune mesure à la dimension des événements tragiques n’a non plus été annoncée. La Police nationale d’Haïti, sur tous les fronts dans la lutte contre les gangs, continue de faire ce qu’elle peut, mais elle est jusqu’ici incapable de ramener la paix dans le pays. D’ailleurs, l’institution continue elle aussi d’être la cible des bandits. On ne compte plus les policiers tués par les gangs depuis qu’ils imposent leur loi. Le cas le plus récent est celui de l’agent de l’UDMO, Anthony Dumas, dans l’Artibonite la semaine écoulée.

Entre-temps, le Premier ministre Ariel Henry et son cabinet continuent de diriger le pays comme si de rien n’était. A quand remonte la dernière réunion du Conseil supérieur de la Police nationale d’Haïti ? Soit le Premier ministre Ariel Henry, chef du CSPN, les ministres de l’Intérieur, de la Justice et celui de la Défense agissent dans l’ombre, soit ils oublient qu’il y a des responsabilités attachées à leurs fonctions.

Alors que la situation sécuritaire du pays se dégrade et que la misère se renforce, les Haïtiens qui risquent leur vie dans des embarcations de fortune à la recherche de cieux plus cléments sont en nette augmentation. Des voyages qui tournent certaines fois en catastrophe. A la fin du mois de juillet, les corps de 17 compatriotes ont été récupérés dans les eaux des Bahamas. Cinq autres corps d’Haïtiens ont été retrouvés dans les eaux portoricaines. Un autre drame a été évité suite au naufrage d’une embarcation de fortune remplie d’Haïtiens dans les eaux cubaines le week-end écoulé.

Ces drames, qui deviennent monnaie courante depuis l’aggravation de la crise haïtienne, n'étonnent plus personne. Cela ne fait bouger ni les autorités haïtiennes ni nos élites. Quant à la communauté internationale, elle laisse au petit Bureau intégré des Nations-Unies dont le mandat vient d’être renouvelé la tâche de rédiger des rapports sur nos tragédies. Pour être fidèle à son objectif, le BINUH vient de publier un nouveau rapport sur les affrontements armés dans la zone métropolitaine entre les mois d’avril et mai derniers. Un rapport qui fait état de 188 personnes tuées, 120 blessés et 12 disparus.

Rien n’empêche aux gangs de continuer à s’affronter et à semer le deuil au sein de la population. Cela donnera de la matière pour d’autres rapports. Il est une évidence que la population haïtienne, désarmée face à la crise, doit boire le calice jusqu’à la lie.



Réagir à cet article