BRH/ Note sur la politique monétaire

L’économie haïtienne dans un gouffre, l’insécurité alimentaire a empiré

Publié le 2022-08-03 | lenouvelliste.com

Jour après jour, l’économie haïtienne va de mal en pis. La note sur la politique monétaire pour le troisième trimestre de l’exercice fiscale, publié ce mardi 2 août, par la Banque de la République d’Haïti (BRH) sur son site Internet, en dit long sur la situation désastreuse de l’économie haïtienne. « Les conditions macroéconomiques ont été impactées par différents chocs liés à la détérioration du climat sécuritaire du pays et aux aléas entourant le secteur agricole. Le dysfonctionnement des marchés a été renforcé au cours du troisième trimestre 2022 par les difficultés d’accès aux produits pétroliers dans un environnement d’incertitudes accrues », soutient la banque centrale.

Durant le troisième trimestre de cet exercice, l’agriculture haïtienne a souffert à cause d’une faible pluviométrie inferieure à la moyenne. « Il en est résulté une performance mitigée de la campagne de printemps pour l’année 2022. Selon la Coordination nationale de la sécurité alimentaire (CNSA), l’intervalle allant de mars à juin renvoie à la période de soudure caractérisée par une pénurie de produits alimentaires », lit-on dans cette note à travers laquelle la banque centrale met les projecteurs sur les indicateurs macroéconomiques.   

« La faiblesse de la production alimentaire nationale, jumelée au renchérissement des prix des produits importés, a amplifié les pressions inflationnistes en Haïti au cours du trimestre sous revue. En effet, de 25,9 % en mars 2022, l’inflation annuelle s’est établie à 27,8 % en mai 2022. Après 1,6 % en mars, le taux d’inflation, considéré en rythme mensuel, a atteint 1,9 % en mai 2022 », informe la BRH, qui en déduit que la chute de l’activité économique réduisant les opportunités d’emplois et combinée à la hausse généralisée des prix a ainsi renforcé le niveau d’insécurité alimentaire en Haïti.   

Les données disponibles sur les huit premiers mois font état d’une évolution contrastée entre les importations et les exportations et d’un repli des transferts privés sans contrepartie, indique la banque centrale. « En effet, les importations, atteignant 2, 96 milliards de dollars américains, ont accusé un fléchissement de 1,31 % comparativement à la même période un an plus tôt. Toutefois, sous l’effet de l’envolée des cours du brut sur le marché international, la valeur des importations pétrolières a crû de 32,2 % alors qu’en volume, une baisse de 19,2 % a été enregistrée. Parallèlement, les exportations se sont élevées à 818,1 millions de dollars américains, soit une augmentation de 16,8 % en glissement annuel. De l’évolution combinée des importations et des exportations, il en est résulté une amélioration de près de 6,8 % du solde commercial sur les huit premiers mois de l’exercice sous étude. »

Présentant les chiffres relatifs aux transferts privés, la BRH fait état d’une baisse en raison de l’accélération des mouvements migratoires.  « Les transferts privés sans contrepartie ont totalisé une valeur de 2, 64 milliards de dollars américains sur les 9 premiers mois de l’année fiscale, soit une diminution de 2,6 % en glissement annuel. Il importe de souligner que l’accélération des mouvements migratoires, en particulier vers la République dominicaine, en raison de la situation sécuritaire, aurait contribué à rogner une partie des transferts privés généralement reçus par Haïti. »

La BRH soutient que cette baisse des transferts privés, principale composante de l’offre sur le marché des changes, et l’augmentation de la demande des devises, liée aux anticipations négatives des agents économiques en raison de la situation sociopolitique et sécuritaire, ont créé des tensions sur le marché des changes. « En dépit de l’amélioration du solde commercial et des interventions de la BRH (154,11 millions de dollars américains sur le trimestre), le taux de référence a atteint 113,84 gourdes pour un dollar américain au 30 juin 2022 contre 104,88 gourdes pour un dollar en mars, marquant une dépréciation de 7,9 % de la gourde.  Par ailleurs, les réserves nettes de change ont accusé un repli de 6,57 % pour se porter à 345,36 millions de dollars ÉU au 30 juin 2022 », écrit la BRH, qui rassure concernant les réserves brutes du pays. Elles sont à un niveau supérieur au seuil de trois (3) mois d’importations requis, selon la BRH.



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