Josepha Dumas, rigueur et sensibilité

La force du travail artistique de Claire Marie Estelle Josepha Dumas: la liberté du mouvement dont la toile devient le réceptacle, capturant l’empreinte de ce qui a été, mémoire de l’élan de vitalité. Née le 27 novembre 1994 à Pétion-Ville, cette Franco-Haïtienne a étudié avec succès à l’Université Concordia de Montréal et y réside depuis plusieurs années. Son art est un art de l’équilibre : celui d’une artiste qui, dans un monde en mouvement perpétuel, insuffle à sa peinture la liberté et l’énergie.

Publié le 2022-08-05 | lenouvelliste.com

La peinture de Josepha Dumas nous touche tellement qu’elle nous aide à exister si nous savons voir avec les yeux de notre cœur-conscience. Ainsi va la vie : plus les valeurs essentielles se perdent, plus l’homme s'éloigne des symboles. Passant aisément d’un medium à l’autre, de la photographie à la vidéo, sans oublier la musique et l’écriture, son œuvre est un refuge. Une échappatoire qui nous rappelle d'où nous venons et où nous devons aller. Son travail photographique est tout autant particulier que son travail plastique, qu’il s’agisse de ses portraits, de ses œuvres de photographie, à travers lesquelles la réalité autobiographique, sociologique et planétaire transparaît, mais sont toujours retravaillées et fictionnalisées.

Entre paysage et portrait, s’épanouit son enthousiasme de peindre, avec une spontanéité qui communique des sensations chaleureuses. Il y a dans ses peintures la couleur bleu qui reflète sa passion pour la nature. Au fond, il y a toutes sortes de couleurs vives, très envahissantes, orageuses. Le ciel, la mer, les êtres humains. Dans « On The Edge Tilting vers La Lune », elle met en scène deux hommes face à la lune. Il y a un mystère dans ce tableau qui exprime une liberté d’expression qui confère à ses œuvres un charme à la fois tonique et attachant.

Les paysages de Josepha Dumas bouillonnent d’énergie omniprésente. Face à la beauté et à la densité de la nature, elle ressent des affinités instinctives qui favorisent une complicité esthétique créative. Avec un regard empreint de tendresse, elle traduit, toile après toile, l'histoire de sa séduction intarissable envers ce qui l’entoure. Avec « Lakay Lakay » (marqueur sur papier. 7 × 10), Josepha Dumas transmet, par son art, une vision sublimée de la nature. Comme si pour elle l’art est le reflet de la complexité extravagante des formes et des couleurs qui nous entourent, qu’elle cherche à reproduire dans une architecture bouillonnante recréant une nouvelle vision de la réalité.

Peinture et vie 

Dans son œuvre titrée « Natif natal » qui fait partie d'une série en cours sur Haïti, elle nous plonge dans le quotidien haïtien, le réel haïtien. On y retrouve le vivre ensemble. Lakay. Les madan Sara et le konbitisme. La peinture de Josepha Dumas interroge dans un style contemporain les codes sociaux. Ses œuvres sur Haïti se développent par fragments successifs, comme des êtres vivants. D’une subtilité soutenue, elle peint l’homme avec la notion de sa durée, limitée, non moins vertigineuse. Ancrée dans le XXIe siècle et peu conformiste, à la frontière de la figuration et de l’abstraction, Josepha Dumas, goûtant à l’humour, peint les paysans, les enfants, les femmes en mouvement, les décors troublants, les travailleurs, etc.

Jalonnée de savoirs, d’énigmes, de motifs, sa peinture est parfois une tentative de mise en mémoire. La peinture ne représente pas seulement ce qui lui fait directement face, mais elle manipule les reflets pour ouvrir des fenêtres sur ce qui se trouve derrière elle, à l’extérieur du cadre. Ramenant ainsi ce qu’elle ne peut percevoir à la surface du tableau. Chaque œuvre de cette série sur Haïti apparaît comme une singulière énigme. Une énigme d’autant plus paradoxale que le premier regard porté sur ces œuvres décrypte immédiatement des formes reconnaissables (humains, animaux, végétaux, sol, ciel, accessoires) peintes avec une dextérité doublée d’une incroyable liberté. C’est une peinture résolument éclectique mais rien sur ses papiers n’apparaît à sa place habituelle ou prévisible.

Avec un élan panoramique et plus compact, elle nous plonge dans le réel avec des couleurs, des scènes, des émotions. Le réel ne serait-il pas tout simplement ce que nous pouvons réinventer à chaque instant comme une ouverture vers d’autres possibles. D’une nature exaltée, Josepha Dumas apparaît ici comme une artiste engagée, prompte à déjouer les apparences, à court-circuiter les écoles et dogmes. Chaque toile est un défi à relever et un rêve à matérialiser. Comme une texture enguirlandée, son trait se déroule sur la toile ou le papier, les formes surgissent entrelacées, les espaces se construisent tels des méandres, à profusion.

Presque tous les tableaux de Josepha Dumas nous parlent de la nature et de l’être humain ; elle nous propose des sortes de rebus, véritables chemins de vie aux confins d’un imaginaire compulsif. Lorsque l’on regarde une œuvre de cette artiste, on est tout de suite appelé à entrer dans un univers que l’on pourrait nommer « labyrinthe ». On va d’un symbole à un autre, tentant de découvrit le fil d’Ariane qui nous permettra d’arriver au bout du chemin. Avec la richesse de ses sujets et messages, elle nous aide à dépasser notre condition humaine pour nous élever et nous permettre de faire de la peinture une fête permanente.



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