La gourde en chute libre, la misère se renforce

Publié le 2022-07-25 | lenouvelliste.com

La gourde perd de sa valeur au quotidien au profit du dollar américain. Vendredi, le taux officiel de la Banque de la République d’Haïti était de 114,74 gourdes pour un dollar. Pourtant, dans la réalité, il faut plus que 130 gourdes pour un dollar. 140 gourdes pour un dollar pour certains montants.  La chute libre de la gourde par rapport au dollar américain se répercute sur notre quotidien, surtout sur celui des plus pauvres. L’augmentation vertigineuse au quotidien des prix des produits de première nécessité dans les marchés publics et dans les supermarchés en est une conséquence directe.

Le 31 juillet 2021, soit il y a environ un an, la Banque de la République d’Haïti affichait 93.66 gourdes pour un dollar américain. Cela peut donner une idée du niveau d’appauvrissement des ménages en un an.

S’il est vrai que le gouvernement a ajusté le salaire minimum dans l’intervalle, l’inflation a cependant réduit à néant le pouvoir d’achat des uns et des autres. Le gouvernement a aussi récemment ajusté le salaire des fonctionnaires publics. Le gouvernement Joute avait pris la même mesure. Malgré l’ajustement des salaires dans le secteur public, nous sommes comme dans une logique de +1-1. Ce + que le gouvernement donne dans la main droite, l’inflation – l’une des conséquences du taux de change – le prend dans la main gauche dans une grosse soustraction.

En dépit de tout, les fonctionnaires publics sont mieux lotis que bon nombre d’employés du secteur privé qui n’ont pas eu droit à une augmentation de salaire depuis des années, quel que soit le niveau de dépréciation de la gourde par rapport au dollar. Les entreprises du secteur privé ont des explications à cela. La détérioration du climat socioéconomique les touche de plein fouet. Elles jettent la responsabilité sur l’Etat qui ne crée pas les conditions optimales pour le bon fonctionnement des entreprises qui payent cependant leurs taxes. Quelle que soit l’explication, cela ne changera rien dans les conditions de vie exécrables de cette catégorie de la population.

Dans sa dernière adresse à la nation le 20 juillet en cours, à l’occasion du 1er anniversaire de son investiture, le Premier ministre Ariel Henry s’était gardé de dresser le bilan de son gouvernement. Il laissait le soin aux autres de le faire à sa place. Ceux ou celles qui veulent se prêter à cet exercice doivent y mettre la dévaluation accélérée de la gourde et toutes les conséquences qui en découlent.

Le gouvernement peut toujours évoquer la crise en Ukraine, l’inflation mondiale et d’autres facteurs pour expliquer l’augmentation du coût de la vie chez nous. Il n’aura pas tort, mais quand est-il du marché noir des produits pétroliers ? De la corruption qui s’érige en norme ? Autant l’environnement économique mondial influence notre situation, la mauvaise gouvernance l’est davantage.

On n’a pas besoin d’être expert en économie pour comprendre que nous ne sommes pas au bout de notre peine. Sauf si le Premier ministre Ariel Henry déciderait de diriger le pays autrement.



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