Bilan catastrophique pour Ariel Henry sur le plan économique

Un an après avoir accédé à la tête de la Primature comme l’unique chef du pouvoir exécutif, le docteur Ariel Henry peine à relancer l’économie nationale. Au contraire, la situation économique se détériore davantage. Interrogés par le journal sur les réalisations du gouvernement du docteur Ariel Henry sur le plan économique, des économistes et experts en finance ont dressé un bilan négatif, catastrophique et de détresse.

Publié le 2022-07-22 | lenouvelliste.com

Sans langue de bois, l’auteur de l’ouvrage, « Pourquoi Haïti peut réussir », l’économiste Enomy Germain a expliqué l’échec du numéro un de la primature sur le plan économique.  Chiffres à l’appui, il a montré comment l’économie haïtienne va en decrescendo depuis la prise du pouvoir par Ariel Henry, le 20 juillet 2021. L’inflation, le taux de change, l’insécurité alimentaire, la croissance économique, les finances publiques sont autant d’indicateurs analysés par le patron de Pro Eco Haïti.       

En juillet 2021, l’inflation était autour de 12,2% en glissement annuel, a souligné l’économiste consultant. Pour ce mois-ci, l’inflation a plus que doublé pour atteindre le niveau de 27,8% donc, les prix ont augmenté en moyenne de 27,8%. Quant au taux de change, à l’arrivée de docteur Ariel Henry au pouvoir, il fallait avoir 94 gourdes pour un dollar américain. Aujourd’hui, le taux de change communiqué par la banque centrale est autour de 115 gourdes pour un dollar US. « Il y a une perte de valeur d’environ 22,5%. Le docteur Ariel Henry n’a pas su stopper l’hémorragie du taux de change », a affirmé Enomy Germain.

Pour l’auteur de Pourquoi Haïti peut réussir, il y a plus de 100 000 personnes sous le gouvernement de Henry qui s’ajoutent au nombre de 4,5 millions d’Haïtiens qui vivaient déjà dans l’insécurité alimentaire. « De plus en plus, des Haïtiens s’appauvrissent chaque jour et le nombre de personnes se trouvant en insécurité alimentaire ne cesse d’augmenter. L’inflation ronge le pouvoir d’achat des ménages. Quand on constate l’enrichissement des produits et du même coup les revenus des ménages n’ont pas augmenté, c’est la pauvreté qui prend du terrain », a dénoncé Enomy Germain, considérant, l’inflation et le taux de change comme des défis à adresser de toute urgence par le gouvernement.   

Pour l’économiste, Ariel Henry n’arrive pas jusqu’à présent à redresser les finances publiques malgré son constat et sa déclaration faite l’année dernière : « Leta ap woule sou jant ». À cette époque-là, le financement monétaire était chiffré à environ 47 milliards de gourdes. Cette année le financement monétaire a déjà atteint le niveau de 46,4 milliards de gourdes.  

En ce qui a trait à la prévision de 0 ,3% de croissance économique pour cet exercice fiscal en cours, l’économiste Enomy Germain ne parait pas trop optimiste. Pour lui, l’économie haïtienne ne sortira pas de la dépression cette année. S’il fallait accordée une note au gouvernement de Henry, l’économiste n’hésiterait pas à le noter à 2 sur 10. « Le gouvernement ne cesse de claironner qu’il a mis 3 milliards de gourdes dans le budget pour des programmes sociaux. Jusqu’à présent, il n’y a aucune action posée. Il parle de programmes sociaux sans aucun projet ou de document de projets », a indiqué M. Germain.

Pour sa part,  John Earl Etzer Legros, comptable agrée et  spécialiste en gestion financière a, lui aussi, estimé que le gouvernement du docteur Ariel Henry a un bilan  catastrophique. Il dit constater une détérioration de l’environnement des affaires, de la situation financière des agents économiques et du climat sécuritaire. « Plusieurs entreprises ont fermé leurs portes ou du moins fait des compressions à cause de la baisse des activités économiques.  De nombreuses familles n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Les gangs pullulent un peu partout dans le pays et l’insécurité provoque la fuite des cerveaux et des capitaux. Les résultats de ces phénomènes sont connus : délocalisation des entreprises et pertes d’emploi », a déclaré M. Legros.     

« Il faut résoudre ce problème d’insécurité, en éliminant les poches de gang. Il est impératif de trouver comment atténuer l’inflation. Il y a l’inflation importée face à laquelle le gouvernement ne peut rien faire pratiquement. Mais, il faut agir sur les autres paramètres internes qui affectent le taux d’inflation comme l’instabilité politique, l’insécurité, l’amélioration du climat politique. L’hyper inflation est toujours à nos portes », croit le spécialiste en gestion des finances, invitant le gouvernement à réduire certaines dépenses non nécessaires pour éviter qu’il y ait d’injonction de trop de gourdes dans l’économie afin de combattre l’inflation.    

Des mesures doivent être prises aussi sur le plan politique de l’avis de John Earl Etzer Legros. Il plaide en faveur d’un accord pour améliorer le climat politique, combattre les gangs afin que les investisseurs puissent être en mesure de mener leurs activités.  C’est la seule façon, selon lui, de renouer avec la croissance économique et de relancer l’économie, sinon ce sera encore la dépression économique. « Il n’y a pas d’espoir pour le moment et c’est une année de plus perdue avec ce gouvernement », a-t- il affirmé.

Un autre économiste qui requiert l’anonymat se dit douter que l’équipe gouvernementale actuelle ait pris la peine d’avoir une politique publique pour chaque secteur spécifique de la vie nationale. A ce sujet,  il a soulevé pas mal de questions : « Est-ce que le PM avait une politique générale gouvernementale à suivre ?  Si oui, quels sont les secteurs prioritaires visés par le PM ? »

« On ne peut même pas parler de bilan. Il n’a pas de bilan. On ne peut pas non plus parler de résultats (mitigés ou pas) puisqu’il n’a rien fixé comme objectif(s) concret(s). On se rappelle dans quel contexte il a pu saisir les rênes de la Primature ou du pays. Il se comporte, depuis son assertion à la Primature comme un PM et un président à la fois. Pour lui, aucun besoin ne se fait sentir, même celui de combattre l’insécurité puisque la situation s’est empirée depuis la mort du président Jovenel Moïse », a regreté cet économiste.

La baisse du pouvoir d’achat des ménages, la dévaluation de la gourde par rapport au dollar, la cherté de la vie, l’augmentation des prix des produits importés sont autant de points négatifs constatés depuis l’accession du docteur Ariel Henry. Parallèlement, dit-il, la corruption fait rage dans le pays. « Les autorités dominicaines ont déclaré : plus de 50% des exportations de la République dominicaine ne sont pas déclarées à la douane haïtienne », a déploré l’économiste, dénonçant, en passant, les autorités de la douane qui sont souvent fiers de l’augmentation des recettes, alors que cette augmentation est liée au volume d’importations qui ne fait qu’augmenter.

 L'économiste en a profité de cette interview pour donner son point de vue sur la décision du gouvernement d’augmenter à nouveau les prix des produits pétroliers dans le pays. « Il existe aussi le problème lié à la rareté de carburant qui pèse très lourd sur le quotidien des ménages haïtiens. Ce sont les ménages à faibles revenus qui paient les pots cassés. Et si l’on considère l’essence comme un bien normal et nécessaire, une éventuelle augmentation du prix du gallon d’essence dans les stations d’essence aura des conséquences  encore plus graves sur le pouvoir d’achat des ménages », a- t-il conclu.



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