Le BINUH de l'ONU a échoué, reconnaissent des acteurs de la société civile

Publié le 2022-07-14 | lenouvelliste.com

Le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh) dont le renouvellement de mandat sera discuté vendredi 15 juillet au Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies, après un report du vote mercredi dernier, fait rugir des acteurs de la société civile haïtienne.

Si la Chine avait appelé à des consultations à huis clos sur le projet de résolution, le responsable du Collectif 4 Décembre, Jean Robert Argant, dit souhaiter que le report soit sine die. « On ne voit aucun progrès du BINUH en Haïti. Cette mission ne nous apprend rien, n'a absolument rien fait », a fait savoir M. Argant, joint par téléphone ce jeudi. M. Argant dénonce une gouvernance apatride qui développe des relations malsaines avec l'international pour rester au pouvoir.

« Nous au niveau du Collectif 4 Décembre, nous n'allons pas nous plaindre devant les instances nationales pour dire non au renouvellement. Les Haïtiens doivent prendre leur destin en main. La honte est de voir des dirigeants sans orgueil. Les Nations unies sont aussi coupables que nous », a martelé Jean-Robert Argant 

De l'avis de Rony Desroches de l'Initiative de la société civile (ISC), la mission du BINUH ne convenait pas parce qu'il y avait une erreur de diagnostic.

« Il faut une mission avec des moyens disponibles en termes de maintien de la paix. Il faut une sérieuse évaluation de la situation haïtienne ainsi qu'une évaluation des actions du BINUH », a recommandé le professeur Desroches. Il a plaidé par ailleurs pour une plus grande coopération avec les pays amis d'Haïti avec la partie « saine » de la société civile pour définir des objectifs afin d'arriver à des résultats concrets. 

Toutefois, Rony Desroches a reconnu que la part de responsabilité des Haïtiens est beaucoup plus grande par rapport à cette mission qui a été déjà renouvelée à maintes reprises. 

L'une des missions du BINUH assorties de la résolution adoptée le 25 juin 2019 reposait sur la réduction de la violence dans des quartiers.  Actuellement des quartiers à Port-au-Prince sont en proie à la violence armée. Selon M. Desroches, cette violence dans des quartiers vient de la sphère politique avec des acteurs politiques qui arment de jeunes citoyens afin de protéger leurs intérêts. 

La réaction du directeur exécutif du RNDDH, Pierre Espérance, ne diffère pas des autres acteurs de la société civile. Le défenseur des droits humains va plus loin en critiquant vertement la mission onusienne. « Le BINUH n'a pas réussi 1% de la mission qui lui a été confiée. La mission a cautionné toutes les exactions dont la coalition du groupe armé G9 an fanmi. Le BINUH cautionne la banalisation de la vie en Haïti », a balancé M. Espérance pour qui il est clair que le mandat du BINUH sera renouvelé malgré le report du vote. 

« Ce n'est pas la première fois que le vote est retardé. Le mandat sera renouvelé malgré nous. La coopération onusienne doit passer par les agences de l'ONU en Haïti. On n'a pas besoin d'une mission qui coûte aussi cher », a laissé entendre Pierre Espérance, lui qui pense que le renouvellement du BINUH avec le même leadership sera considéré comme une gifle pour le peuple haïtien. Le défenseur des droits humains a évoqué un leadership catastrophique et qui a échoué. 

De son côté, le Centre d'analyse et de recherche en droits humains (CARDH), qui s'opposait au renouvellement du mandat du BINUH, dit observer les deux tendances se jouant dans le couloir du Conseil de sécurité. La première veut qu’Haïti soit remise sous le chapitre 7 de la Charte, ce qui donnerait lieu à une mission de paix (militaire / policière). La deuxième tendance (États-Unis et alliés) veut qu’Haïti reste sous le chapitre 6 de la Charte. On pourrait alors avoir une force policière bilatérale qui encadrerait la police dans ses efforts et créerait les conditions sécuritaires minimales devant favoriser les élections, desquelles sortiront des autorités légitimes et légales.

Selon le CARDH, le BINUH va se renouveler sans d’importants changements. En effet, le CARDH estime que les missions des Nations unies telles que définies et implantées en Haïti ne sont pas nécessairement la solution, sinon Haïti ne serait pas dans cette situation chaotique près de trente ans après. 


Suivant les objectifs généraux de la résolution créant le Bureau intégré des Nations unies en 2019, l'article 1 traite des élections, du renforcement de la capacité du secteur de la justice et de la Police nationale d'Haïti (PNH), de l’amélioration de la gestion de l’administration pénitentiaire de la réduction de la violence dans les quartiers. Le Bureau intégré des Nations unies en Haïti  (BINUH) devrait épauler le gouvernement haïtien dans les activités qu’il mène pour agir dans ces domaines.



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