La justice haïtienne, une défaite qui dure trop longtemps

Publié le 2022-07-01 | lenouvelliste.com

La faiblesse de la justice haïtienne a atteint son point culminant avec la prise en otage du palais de justice de Port-au-Prince par des bandits. Vingt jours après, le ministère de la Justice et de la Sécurité publique, la Police nationale d’Haïti (PNH) et tous les organes de gouvernance du système judiciaire se croisent les bras et acceptent visiblement la défaite du pouvoir judiciaire.

Comme si la justice a cessé d’être un service public indispensable dans le pays, la prise en otage du palais de justice est traitée comme un fait divers par le gouvernement. Les cris d’alarme des responsables des associations de magistrats ne trouvent pas d’oreilles attentives. Le Premier ministre Ariel Henry parait indifférent au sort de la justice haïtienne. C’est ce même Ariel Henry qui se plaint de l’incapacité de la justice à faire la lumière sur le dossier de l’assassinat du président Jovenel Moïse presque un an plus tard.

Est-il nécessaire de rappeler que le pays dispose d’un ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Berto Dorcé, qui est membre du Conseil supérieur de la Police nationale d’Haïti ? On doit aussi rappeler que le pays dispose aussi d’un ministre de l’Intérieur et des Collectivités territoriales en la personne de Listz Quitel. Le pays dispose aussi d’un ministre de la Défense, Enold Joseph. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ces autorités sont fermes à leur poste. Sauf qu’on ignore ce qu’elles font.

A côté de la PNH, chacune de ces autorités comme tout le reste du gouvernement a son mot à dire dans ce qui se passe au Bicentenaire. Il faut peut-être le leur rappeler.

Alors que le palais de justice de Port-au-Prince est sous le contrôle de civils armés, le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) s’apprête à commémorer ses 10 ans d’existence le 3 juillet prochain. Dans un mémorandum aux chefs de juridiction, des cours d’appel et des tribunaux de première instance, le secrétariat technique du CSPJ les invite à célébrer dignement et festivement cette date. Dieu seul sait qui seront les acteurs du pouvoir judiciaire à Port-au-Prince à avoir le courage de répondre à cette invitation alors que la justice est inexistante dans leurs juridictions.

Alors que le CSPJ s’apprête à commémorer ses 10 ans dignement et festivement, la justice haïtienne se porte très mal. Si à Port-au-Prince le palais de justice échappe au contrôle des responsables de la justice, dans d’autres juridictions les portes des tribunaux sont ouvertes mais ils sont dysfonctionnels pour mille et une raisons. Les prisons à travers tout le pays sont surchargées. Des prisonniers y meurent même de faim et de maladies en raison de leurs mauvaises conditions de détention. Il semble que les autorités judiciaires comme les autorités politiques chargées de la bonne marche du pouvoir judiciaire ne sont pas au courant.



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