La chronique de la grande vie

Je mène la grande vie

Publié le 2022-07-01 | lenouvelliste.com

Chronique

Est-ce que tu as lu tous ces livres ?  me demande mon amie M.  Silence. Je fais semblant de ne pas entendre sa voix. Après la cérémonie de bienvenue, elle me demande à chaque fois si j’ai lu tous les centaines de livres qui sont éparpillés dans tous les coins de mon studio. Je déteste qu'elle me pose cette question. Comme si mes livres sont un fardeau qu’elle n’imagine pas que je pourrais porter. 

Il ne faut jamais poser cette question quand on entre dans la bibliothèque personnelle de quelqu’un. Un véritable lecteur n’a jamais assez de livres. Un vrai lecteur est un être insatiable. Il se laisse toujours tenter par un titre, une phrase, une couverture.  

Je pense qu’un livre est un bon parent qui aide un lecteur à comprendre le monde qui l’entoure. On n’a jamais assez de livres. Moi, j’aime collectionner des livres. J’aime quand il y a des livres partout. Sur la table, sur les chaises, dans les étagères, sur le lit. Partout. Et je ne me donne aucune obligation de les terminer. Je passe d’un texte à l’autre. Il y a des livres qui souffrent dans ma bibliothèque depuis plus de dix ans. J’aime l’idée qu’un livre m’attend. Daniel Pennac a parlé dans son petit livre « Comme un roman », les dix droits du lecteur : le droit de ne pas lire ; le droit de sauter des pages ; le droit de ne pas finir un livre ; le droit de le relire ; le droit de lire n'importe quoi ; le droit de nous taire etc. La lecture est un acte libertaire.


Mes journées avec Bolaño

Lors de ma lecture de 2666 de Roberto Bolaño à la bibliothèque Monique Calixte de la FOKAL quelqu’un m’avait demandé avec quel courage j'ai pu lire toutes ces pages. Pourtant c’est un roman extraordinaire et inépuisable qui est composé de cinq parties dont chacune doit se relire à la lumière des autres. C’est un texte qui ne cesse de m’émouvoir. Durant cette époque, ce livre a comblé ma solitude et m’a évité de sombrer dans la folie. 

Mon amie M. qui pose toujours cette question aime pourtant l’objet-livre. Elle a l’habitude de les caresser et de contempler les quatrièmes de couverture. Pour elle, les écrivains ce sont des êtres exceptionnels qui vivent non pas au cœur de la réalité, mais dans leur univers romanesque. « Écrire ne coûte rien, ce n’est pas comme la peinture, le cinéma, ou la musique. Je comprends ta passion. Quand on est très jeune, on éprouve ni respect ni peur face aux questions les plus essentielles de la vie. On les affronte sans peur. C’est merveilleux la jeunesse », dit-elle, souriante.

Pour M., je suis un petit fou.«Tu dois être réaliste. En Haïti être écrivain ça ne coûte pas grand-chose en termes de moyen . Les gens n’ont pas d’argent pour acheter des livres. »
Elle pense que je veux être un lecteur qui écrit. Souvent elle m’a surpris en train de recopier dans mon cahier de lecture des poèmes. Des bouts de phrases. J’aime cette manie d’écrire les belles phrases des livres que j’affectionne. 

Mais écoute M. on n’écrit pas pour avoir de l’argent.On écrit pour dire le monde et ses douleurs. On écrit pour créer la vie. On écrit pour faire parler le silence. Écrire c’est transformer la douleur en jouissance. Écrire c’est offrir un geste d’amour à l’éternité.



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