336 enlèvements en trois mois: le CARDH fait des recommandations

Les ravisseurs n'ont pas chômé pour ce 2e trimestre de l'année en cours. 336 personnes ont été enlevées, selon les chiffres avancés par le Centre d'analyse et de recherche en droits de l'homme (CARDH) à travers sa Cellule d'observation de la criminalité. Sur cette liste, figurent 36 étrangers de 9 pays, 15 enlèvements collectifs et 290 enlèvements d'Haïtiens. Le CARDH dit croire qu'il faut déclarer l'état de siège dans le pays contre l'insécurité qui est intenable.

Publié le 2022-06-30 | lenouvelliste.com

Pour le 2e trimestre de l'année 2022, la Cellule d'observation de la criminalité du Centre d'analyse et de recherche en droits de l'homme (CARDH) confirme avoir recensé 290 cas d'enlèvement d'Haïtiens et de 36 étrangers de 9 pays. 40 étrangers au total de janvier à aujourd'hui. 15 enlèvements collectifs. Ces chiffres sont répartis ainsi : 53 pour le mois d'avril contre 118 pour le mois de mai et 155 pour le mois de juin. 225 cas d'enlèvement ont été recensés pour le 1er trimestre contre 326 pour le 2e trimestre, soit une augmentation de 44,8%. 

Pour réaliser certains de leurs méfaits et renforcer leur entreprise criminelle, les ravisseurs auraient utilisé des plaques du corps diplomatique et une voiture du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH). Ces véhicules sont détenus par les bandits. 

Plusieurs faits ont été avancés par la Cellule d'observation criminelle, dont celui du policier Luckson Misère qui venait de déposer son enfant à l’école à Pernier, qui a été tué par des individus dans une voiture du BINUH et son corps a été emporté. Dans la matinée du 8 juin, une voiture immatriculée corps diplomatique CD-00414 a ouvert le feu sur une patrouille de police à Bourdon (rue Théodule). 

Le CARDH s'insurge du fait qu’aucune mesure concrète n’a été prise par rapport à cette situation, notamment les contrôles spécifiques des zones où les voitures sont détenues à partir du GPS et d’autres technologies dont disposent les Nations unies et le corps diplomatique, informer l’opinion des spécificités desdites voitures, renforcer le Bureau de lutte contre les véhicules volés (BLBV) par rapport à ces nouveaux développements.

« Ce n’est que tardivement que huit plaques d'immatriculation officiel, corps diplomatique et de la police ont été communiquées à l’opinion par la police le 20 juin : 1-00884 ;1-01015 ;1-01001 ;1-01046 ;1-01189 ;1-00984 ; OF 4079 ; CD-00414 », a fait remarquer la CARDH. 

Selon l'analyse de l'organisme des droits humains, l’augmentation des cas de kidnapping et de la criminalité est survenue dans le contexte du processus controversé du renouvellement du mandat du BINUH dont la réunion sur son renouvellement au Conseil de sécurité avait eu lieu le 16 juin dernier. Le CARDH dans ce document, critique sévèrement les dix-huit ans de missions onusiennes au cours desquelles environ 15 milliards de dollars américains ont été dépensés.

Le CARDH dit observer les deux tendances se jouant dans le couloir du Conseil de sécurité. La première veut qu’Haïti soit remise sous le chapitre 7 de la Charte, ce qui donnerait lieu à une mission de paix (militaire / policière). La deuxième tendance (États-Unis et alliés) veut qu’Haïti reste sous le chapitre 6 de la Charte. On pourrait alors avoir une force policière bilatérale qui encadrerait la police dans ses efforts et créerait les conditions sécuritaires minimales devant favoriser les élections, desquelles sortiront des autorités légitimes et légales. Le BINUH va se renouveler sans d’importants changements. En effet, le CARDH estime que les missions des Nations unies telles que définies et implantées en Haïti ne sont pas nécessairement la solution, sinon Haïti ne serait pas dans cette situation chaotique près de trente ans après. 

Le CARDH dit croire mordicus que la sécurité doit être abordée sous l’angle des moyens concrets par rapport à la nouvelle réalité criminelle et non sous l’angle des postures, des promesses...

De l'avis du CARDH,  la police, dont les efforts sont mesurables, ne peut pas résoudre le problème de l’insécurité et la criminalité auquel le pays est confronté. Leurs causes seraient liées à des luttes politico-économiques, sociales entre autres. 

Toutefois, appelle l'organisme des droits de l'homme, de manière immédiate, il faut donner à la police des moyens et un accompagnement concret pour affronter ce problème :  matériel et accessoires appropriés : chars, hélicoptères, armes et munitions, équipements de protection individuelle, drones équipés, furtifs… ; technologies, centre de commandement ; formation des unités adaptées au développement de la réalité.

Le CARDH appelle par ailleurs à un état de siège qui devrait être déclaré au cours duquel des unités spéciales d’autres pays viendraient supporter les forces de l'ordre haïtiennes car le pays a besoin d'opérations d’envergure et spécialisées sur plusieurs fronts en même temps pour neutraliser les quatre axes du « mal », à savoir :  Martissant et ses environs (gangs de Grand-Ravine, de Village-de-Dieu et de TiBwa ainsi que leurs alliés) ; Croix-des-Bouquets et une partie de Tabarre (400 Mawozo et ses ramifications dans la plaine) ; Cite Soleil (G9/G-pèp) ; Tabbare/ Torcel/Pernier (Vitelhome Innocent).



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