Palais de Justice/Groupes armés

La justice totalement inexistante dans la juridiction de Port-au-Prince depuis le 10 juin 2022

Publié le 2022-06-30 | lenouvelliste.com

Déjà vingt jours depuis que les bandits du groupe armé de Village-de-Dieu s’installent au palais de justice de Port-au-Prince. En toute quiétude et en toute impunité, ces malfrats se pavanent d’un cabinet d’instruction à l’autre. Pour des juges et des greffiers de la juridiction de Port-au-Prince, la justice est maintenant totalement inexistante dans la capitale et ses environs.

Si vous vivez à Port-au-Prince, vous n’avez pas accès à la justice, même sous sa forme la plus élémentaire. Tout simplement. Le vendredi 10 juin 2022, les bandits du groupe armé de Village-de-Dieu ont fait irruption au palais de justice chassant  juges, greffiers, parquetiers, policiers et personnel qui se trouvaient sur les lieux. Depuis, les forces de l’ordre n’ont jamais tenté de reprendre le contrôle du palais de justice de la plus grande juridiction du pays. Le gouvernement évite le sujet en espérant que les bandits s’en iront un jour…

« Bien avant l’attaque des bandits sur le palais de justice, la justice était déjà dysfonctionnelle dans la juridiction de Port-au-Prince. Mais depuis le 10 juin dernier, la justice est maintenant totalement inexistante dans la juridiction », s’est alarmé le juge d’instruction Marthel Jean-Claude, président de l’Association professionnelle des magistrats haïtiens dans une interview accordée au Nouvelliste.

Depuis 20 jours, les juges sont bien obligés de rester chez eux, a-t-il dit. Dans des cas d’urgence, le doyen du tribunal de première instance de Port-au-Prince, le juge Bernard Saint-Vil, qui s’est réfugié au local du tribunal de paix de la section sud, peut rendre des ordonnances en référé et trancher des actions en habeas corpus, a souligné le juge Jean-Claude.

« 20 jours après, les bandits occupent toujours le palais de justice de Port-au-Prince », a dénoncé le président de l’Association nationale des greffiers. Me Ainé Martin a révélé au Nouvelliste que, jeudi dernier, le doyen Bernard Saint-Vil et les autres membres du personnel judiciaire qui se trouvaient dans les locaux du tribunal de paix de la section sud ont dû prendre la fuite à cause de détonations d'armes automatiques dans la zone.

« Ce n’est que cette semaine que le doyen Bernard Saint-Vil est revenu au tribunal de paix de la section sud », a-t-il confié.

Me Ainé Martin a dit constater que depuis le 10 juin dernier la justice est inexistante dans la juridiction de Port-au-Prince. « Actuellement, aucune chambre d’instruction ne fonctionne. Seul le doyen du tribunal de première instance de Port-au-Prince peut traiter des dossiers en référé ou décider du sort des actions en habeas corpus », a expliqué le président de l’Association nationale des greffiers.

« Nous continuons à demander au gouvernement de prendre toutes les mesures nécessaires afin de reprendre le contrôle du palais de justice. Cela permettra aux autorités judiciaires de faire le constat et un inventaire sur les documents emportés par les assaillants », a argué le juge Marthel Jean-Claude. Il en a profité pour demander à nouveau la relocalisation du palais de justice.

Le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Me Berto Dorcé ; le doyen du tribunal de première instance de Port-au-Prince, le juge Bernard Saint-Vil ; le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, Me Jacques Lafontant ; le directeur général de la Police nationale d'Haïti, Frantz Elbé sont tous aux abonnés absents depuis l’occupation du palais de justice par des hommes armés le 10 juin dernier.

En conférence de presse cette semaine, le porte-parole de la police nationale, l’inspecteur divisionnaire Gary Desrosiers, a annoncé qu’un plan d’opération est en cours avec des objectifs et des orientations clairs pour reprendre le contrôle du palais de justice de Port-au-Prince.



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