« On ne peut rien attendre de l’Église protestante comme on ne peut rien attendre de l’Église catholique », dixit Auguste D’Meza

Alors qu’elle était jadis une référence en étant une église conscientisante, l’Église catholique, indique Auguste D’Meza, a perdu sa légitimité et sa crédibilité. Parallèlement, l’Église protestante n’a jamais réussi à se constituer comme une vraie force dans le pays, affirme le professeur sur le plateau de Haïti, Sa k ap kwit, sur télé 20, mardi 28 juin 2022. 

Publié le 2022-06-28 | lenouvelliste.com

Le professeur Auguste D’Meza croit fermement que la situation actuelle du pays n’est pas un hasard et cela ne devrait étonner personne. Pour lui, ce que nous vivons de nos jours en Haïti est plutôt le résultat d’une « série d’erreurs successives et, fondamentalement de l’échec de la pensée » dans le pays. Invitée à l’émission Haïti, Sa k ap kwit du mardi 28 juin 2022, D’Meza ne veut pas croire qu’il y a des élites dans ce pays. « S’il y avait une élite qui émergeait vers 1962-1963, Duvalier (François, NDLR) a porté un coup dur aux élites de ce pays ; il les a vassalisées », a lancé le professeur d’université.

Cette élite qui pouvait s’organiser après la chute des Duvalier en 1986 semble avoir été tuée dans l’œuf. « Les forces se sont organisées autour d’un pillage systématique des restes de la nation », a indiqué D’Meza, qui croit que nous vivons une crise de la pensée en Haïti. « Depuis la période post-57, ce sont les Haïtiens qui s’organisent à détruire de manière systématique ce pays », a-t-il martelé sans langue de bois. Le professeur en est même venu à dire qu’au lieu des intellectuels, nous n’avons que des sachant-lire dans le pays. 

Que ce soient la presse, le secteur des droits humains, ou encore l’Église, tous les secteurs ont failli à leur mission, a affirmé D’Meza. Pour le cas de l’Église par exemple, le professeur n’y est pas allé avec le dos de la cuillère.  « On ne peut rien attendre de l’Église protestante comme on ne peut rien attendre de l’Église catholique, sauf si au niveau même de celle-ci il y a une prise de conscience réelle », a-t-il soutenu, en se basant sur le modèle d’organisation de l’Église catholique qui est plus structurée. 

L’Église catholique a précisé le professeur, était une référence autrefois, est victime de cette léthargie qui caractérise les institutions du pays. « Il y avait une église conscientisante, une église qui développait sa propre théologie de la libération. […] À un certain moment, cette église s’est cassée. Elle s’est vidée de toute substance », a-t-il déclaré en répondant aux questions de Robenson Geffrard. 

L’Église catholique, poursuivi D’Meza, s’est trouvée divisée en trois. D’abord, a-t-il énuméré, il y a ceux qui rêvaient des temps des Duvalier et des privilèges auxquels ils avaient droit, ensuite, l’on retrouve ceux qui disaient oui, il faut s’engager sans entrer dans la politique et avoir un discours extrémiste, et enfin ceux qui avaient ce discours d’extrême gauche autour des petits comités d’église. « Nous sommes passés d’un mouvement populaire à une mouvance populiste. Toute mouvance est obligatoirement destructrice », a souligné le professeur, qui croit que l’Église catholique n’a pas pu suivre le rythme. 

« Après 2010 on pensait que l’Église allait renaitre. Malheureusement, elle n’a jamais pu porter une réponse originale. Même l’élévation de l’évêque Chibly Langlois au rang de cardinal qui aurait dû être une fierté, une grande fête, n’a mobilisé personne », a-t-il remarqué avant d’ajouter que l’Église catholique, qu’il considère comme une Église en cendres, a perdu de sa légitimité, de sa crédibilité. « Où est cette Église engagée ? Quelle est la politique sociale de l’Église ? Cette charité, est-ce qu’elle ne peut pas se traduire en solidarité, en partage ? […] Quelle est la position de l’Église sur la crise actuelle ? Pas une position théorique, une position consciente et conscientisante. Quelle est la capacité de l’Église à mobiliser ceux qui possèdent pour avoir un projet social ? », a interrogé Auguste D’Meza, qui croit que les gens sont déçus de leur Église.

S’agissant de l’Église protestante, le professeur Auguste D’Meza a été plutôt laconique sans pour autant l’épargner. « Si vous représentez 52% de la population, vous devriez avoir honte », a-t-il lancé avant d’ajouter que chaque église protestante constitue un château fort.  Il dézingue le comportement des dirigeants protestants qui ne sanctionnent ni même réprimandent jamais des pasteurs qui sont accusés ou éclaboussés dans des scandales. « Cette Église est divisée », a-t-il affirmé. 

Pour le professeur d’université, l’Église protestante n’a jamais constitué une vraie force dans ce pays. « L’Église protestante est une Église de richesse personnelle et non d’une richesse au service des plus pauvres », a-t-il lâché.



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