L’immobilité comme stratégie

Publié le 2022-06-22 | lenouvelliste.com

Il y a de cela des dizaines d'années, quand on voyait encore des caméléons dans les arbres en Haïti. Il vous prenait des heures pour les voir esquisser un mouvement rapide pour attraper une proie. Nos fameux aganman changeaient plus souvent de couleur que de position.

Nos hommes politiques les imitent à merveille. Ils font même mieux. Ils ne font rien pour sauter sur une occasion ou pour saisir une opportunité. L’immobilisme est leur credo, l’immobilité leur posture.

Dans moins d’un mois, le 20 juillet prochain, le Dr Ariel Henry aura un an à la tête de l’État. Seul premier ministre à disposer de tous les pouvoirs sans aucun contre-pouvoir (Marc Bazin avait les Forces Armées d’Haïti qui le contrôlaient) depuis que le poste existe, le PM Ariel Henry n’a pris aucune initiative sérieuse depuis qu’il est en poste.

Le PM Henry n’a rien changé à la mauvaise marche de l’État. Bien entendu, il n’a pas poursuivi la tentative mort-née du président Jovenel Moïse de changer la Constitution, il a renvoyé à plus tard l’entrée en vigueur des nouveaux Code pénal et de procédure pénale.

Ces deux inactions mises à part, quelles sont les grandes décisions du neurochirurgien ?

Dans l’autre camp, celui de l’accord dit de Montana, la situation est quasi similaire. Peu de mouvements, peu d’initiatives, peu de demandes. Un pas en avant et un mois de silence, semble être la règle pour la seule coalition qui joue le rôle d’opposition depuis une année.

Le temps qui passe ne dérange personne de la classe politique. Le large rassemblement de partis et de mouvements politiques réuni autour du premier ministre ne réclame ni élections, ni sécurité, ni mesures sociales, ni résultats probants. Tous les opposants imaginables sont tout aussi cléments envers le premier ministre et de son gouvernement. Ils se taisent de peur de les pousser à bien faire. Les deux camps évitent tout mouvement pour ne pas provoquer une faute funeste pour leur destin d’immobiles heureux.

En tenant la chandelle autour du lit dans cette longue lune de miel macabre, la communauté internationale encourage la recherche du plaisir chez nos politiciens par ses actions, inactions, silences et omissions. Elle réclame en vain le dialogue comme signe de leur amour. Même pas un souffle partagé n’émane de la chambre nuptiale.

« Ne rien faire, c’est déjà trop faire », telle est la religion commune de tous les acteurs de la crise haïtienne.

Sauf celle des victimes, bien entendu.



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