« Ce qui se déroule au palais de justice de Port-au-Prince est un leurre », estime l'ANAMAH

Depuis l’attaque armée du vendredi 10 juin contre les locaux du palais de justice, ce sont les bandits de Village-de-Dieu, qui font la loi à la place des juges et des avocats. L’Association nationale des magistrats haïtiens (ANAMAH) dit observer que cette mise en scène cache encore des projets plus sombres et participe d'un vaste complot qui tend à imposer aux citoyens une architecture judiciaire qui verrait des bourreaux se vêtir en toge.

Publié le 2022-06-22 | lenouvelliste.com

En plus d’être un acte scandaleux, l’attaque du palais de justice de Port-au-Prince, la plus grande juridiction du pays, par les bandits de Village-de-Dieu, enfonce davantage l’institution judiciaire dans le gouffre, estime L’Association nationale des magistrats haïtiens (ANAMAH). Dans une lettre adressée au Premier ministre Ariel Henry en date du mardi 21 juin 2022, ladite association dit percevoir ce complot contre la justice haïtienne comme un attrape-nigaud. « Il faut bien comprendre que ce travail de sape de l’image du Pouvoir judiciaire est orchestré et exécuté à plusieurs niveaux, ce qui se déroule au palais de justice est un leurre, une sorte de bulldozer rasant le village peu de temps après que des mains expertes se sont occupées d’effectuer (le vrai boulot) ».

« Naturellement, dans ce pillage et effaçage de corps du délit, la bande à Izo s’en donne cœur joie, croyant peut-être s’extirper eux aussi des conséquences judiciaires de leurs propres méfaits », a analysé l’ANAMAH, qui croit que dans cette situation la responsabilité de l’État est directement engagée. « Des hommes aux commandes aujourd’hui devront tôt ou tard répondre de leurs obligations ».

 L’ANAMAH avertit le chef de la Primature que des autorités de l’État conspirent à ternir l’image de la justice. « Des bandits au plus haut sommet de l’État tentent désespérément de disposer pour l’avenir, d’une part, du concept (libéré faute de preuves), d’autre part, ils veulent démontrer, à force d’exemples montés de toutes pièces, que le pouvoir judiciaire n’existe plus », précise la lettre portant la signature de Jean Wilner Morin, président de l’ANAMAH.          

L’Association nationale des magistrats haïtiens en a profité pour alerter le Premier ministre sur des rumeurs selon lesquelles d’autres institutions telles que la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA) et les prisons civiles de Port-au-Prince et de la Croix-des-Bouquets seraient susceptibles de connaître le sort du palais de justice de Port-au-Prince.

L’ANAMAH dit voir clair dans le jeu. L’idée, affirme cette structure, est de ternir au maximum l’image du pouvoir judiciaire déjà dans un état lamentable, pour solliciter ensuite sa mise sous tutelle sous forme d’assistance internationale. « Les initiateurs et promoteurs de ce projet doivent revoir leur stratégie parce que les magistrats de la République ne se laisseront pas faire », conclut la lettre dont une copie a été transmise à la rédaction du journal.

Jean Junior R. CELESTIN celestinjunior30@gmail.com
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