Semaine nationale de la petite enfance

Importance des micronutriments durant l’enfance

La célébration de la Semaine nationale de la petite enfance, du 5 au 11 juin 2022, rappelle la nécessité de sensibiliser le public à la cause de l’enfance. Cette semaine a été créée afin de parler et de mettre en avant les droits des enfants. Cette date rappelle que l’enfant, défini comme tout être humain âgé de moins de 18 ans, a le droit d’être protégé, nourri, éduqué, de s’exprimer et d’avoir des loisirs. À cet effet, le projet RANFÒSE, financé par l’USAID, prône l’accès pour tous les enfants à une alimentation saine et équilibrée. Les aliments fortifiés peuvent y contribuer afin d’éradiquer la malnutrition et d’améliorer durablement la nutrition en Haïti.

Publié le 2022-06-21 | lenouvelliste.com

L’enfance est une période intense où se mêlent croissance, développement psychologique et moteur. Pour cela, l’organisme des enfants a besoin de nutriments et de micronutriments de qualité, apportés en quantité suffisante.

D’après les estimations dans les pays en voie de développement et en Afrique subsaharienne, des milliers de nourrissons et d’enfants d’âge préscolaire souffrent de carence en micronutriments dont 190 millions souffrent d’avitaminose A et 293 millions d’enfants de cette même tranche d’âge sont anémiés[1]. Les micronutriments sont des composants diététiques. Ils comprennent les vitamines, les minéraux, les oligo-éléments et les composés phytochimiques. Ils sont essentiels au développement, à la prévention des maladies et au bien-être, même s’ils ne sont requis par l’organisme qu’en petites quantités. La majorité des micronutriments ne sont pas synthétisés par l’organisme et doivent être amenés par l’alimentation.

Les carences en micronutriments tels que le fer, l’iode, les vitamines B, la vitamine A et le zinc peuvent entraîner des conséquences dévastatrices sur la santé. La carence en fer, dans sa forme la plus sévère, résulte en anémie. Les enfants anémiques sont intellectuellement moins performants et présentent des troubles de comportement ainsi qu’une taille inférieure à la normale avec une dynamique de croissance ralentie[2]. Selon la même source, la résistance aux infections et l’immunocompétence se retrouvent diminuées. La carence en vitamine A est la principale cause de cécité et de troubles visuels (xérophtalmie) et augmente les risques de morbidité et de mortalité, probablement par un effet sur l’intégrité des barrières épithéliales et des fonctions immunologiques[3].  Elle augmente le risque de carence en fer et d’anémie, notamment par un effet négatif sur la mobilisation des réserves en fer. La carence en iode est responsable de la formation de goitre mais surtout une altération du développement intellectuel pouvant aboutir au crétinisme[4].  Elle a un impact négatif sur la croissance et elle est associée à une baisse de la résistance aux infections. La carence en zinc a un impact négatif sur le système immunitaire et sur la croissance et elle est associée avec un risque plus élevé de morbidité, notamment de gastroentérite sous forme de diarrhée[5].

NOURRITURE EQUILIBREE, ALIMENTS FORTIFIES, SOURCES DE BIEN-ETRE POUR LES ENFANTS !

La nutrition est une composante cruciale universellement reconnue du droit qu’a l’enfant de jouir d’un niveau de santé le plus élevé possible. Une bonne nutrition passe d’une génération à l’autre, et l’avenir nutritionnel d’un enfant commence par l’état nutritionnel de sa mère, même avant la conception. Les enfants ont droit à des aliments sains et nutritifs. Il convient également de rappeler que le repas est un des moments importants de la relation entre la mère et le nourrisson, puis entre les parents et le jeune enfant, favorisant ainsi le renforcement des liens psychoaffectifs.

La littérature a prouvé qu’il existe un lien étroit entre le mauvais développement de l’enfant et des pratiques d’alimentation complémentaire inadéquates[6]. Quand un enfant atteint l’âge où il est temps de commencer l’école, il grandit à un rythme impressionnant et devient de plus en plus actif. Par conséquent, les enfants ont besoin de certains nutriments plus que les adultes, et il est essentiel de leur fournir les aliments nécessaires en vue d’un développement adéquat.

Apres l’âge de 5 ans, les enfants devraient suivre un régime conforme à l’approche préconisée par le gouvernement en matière de saine alimentation, selon le guide de l’alimentation du nourrisson et du jeune enfant du Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP).

Les principes de base peuvent être résumés comme suit :

Manger au moins 5 portions de fruits et de légumes par jour.

Baser chaque repas sur des féculents, tels que des pommes de terre, du riz, des pâtes alimentaires ou du pain.

Inclure certains produits laitiers ou substituts laitiers approuvés par l’autorité compétente.

Inclure des aliments protéiques tels que le poisson, les légumineuses et les haricots.

Manger des graisses avec modération (choisir principalement des huiles polyinsaturées).

Essayer de boire entre 6 et 8 verres d’eau par jour.

La fortification alimentaire, qui consiste à ajouter une petite quantité de micronutriments dans des aliments de base, est utilisée avec succès pour réduire la prévalence de certaines carences nutritionnelles. Les carences en micronutriments tels que le fer, la vitamine A, le zinc et l’iode peuvent causer des retards de développement chez les jeunes pendant toute l’enfance et l’adolescence, les rendant moins productifs une fois devenus adultes. Les aliments fortifiés offrent une opportunité d’augmenter l’apport en nutriments pendant l’enfance et ils ont le potentiel d’augmenter la croissance[7]. La fortification alimentaire s’est d’ailleurs révélée plus efficace que la supplémentation chez les jeunes enfants. Il a été démontré que l’utilisation des aliments fortifiés permettrait de prévenir jusqu'à 40 % des décès d’enfants attribuables à la malnutrition, de diminuer du tiers le taux de mortalité maternelle en post partum, d’augmenter jusqu'à 40 % la capacité de travailler, d’améliorer le quotient intellectuel de la population de 10 à 15 points et d’augmenter de 2 % le produit national brut (PNB)[8].

CONCLUSION

Les trois premières années de la vie d’un enfant représentent une période de croissance rapide et une occasion d’établir une base nutritionnelle et immunologique solide. Il est important que les parents soient conscients de l’importance de la nutrition dans la croissance des enfants et essaient de les éduquer à une alimentation adéquate dès leur plus jeune âge. Les recommandations de base consistent à leur fournir des aliments de chaque groupe et à contrôler l’apport en graisse et en sucre raffiné en provenance des sucreries et pâtisseries qu’on remplacera par des morceaux de fruits et de légumes crus.

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[1] Evaluation du potentiel de couverture des besoins en vitamine A des jeunes enfants à partir des sauces accompagnant les aliments de base consommés au Bénin (core.ac.uk)

[2]https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/pcn.12656

https://www.who.int/health-topics/anaemia/#tab=tab_2

[3]https://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/44719/9789242501797_fre.pdf

[4] Réduire la malnutrition en Haïti : Estimations à l’appui du plaidoyer en faveur de la nutrition – Haïti PROFILES 2013 (fantaproject.org)

[5] Stratégies de lutte contre les carences en micronutriments, en particulier en fer, dans les pays en développement (ird.fr)

[6] Ruel MT, Menon P: Child feeding practices are associated with child nutritional status in Latin America: innovative uses of the demographic and health surveys. J Nutr 2002; 132: 1180–1187.

[7] Angeles-Agdeppa I, Magsadia CR, Capanzana MV: Fortified juice drink improved iron and zinc status of schoolchildren. Asia Pac J Clin Nutr 2011; 20535–543

[8] biographie (imist.ma)

Dr Vania Jean

Officier Santé et Nutrition RANFOSE

ranfose@gmail.com

Dr Vania Jean
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