Rankont Edu / célébration de deux ans d’existence

L’insécurité : les enjeux et les défis pour l’économie haïtienne

Dans le cadre de la célébration de ses deux ans d’existence, l’association Rankont Edu a présenté, le lundi 20 juin 2022 à l’Université Notre-Dame d’Haïti (Lalue), un panel sur l’éducation économique composé d'experts Enerve T. Bordes, énomy Germain étaient invités à intervenir autour d’un sujet délicat qui défraie la chronique : « Insécurité galopante en Haïti : enjeux et défis pour l’économie haïtienne ».

Publié le 2022-06-23 | lenouvelliste.com

Pour ses deux ans d’existence, les jeunes de Rankont Edu ne se contentent pas de faire la fête. Ils ont cédé la place à des experts qui donnent leur avis sur le problème de l’insécurité, ses enjeux et défis pour l’économie nationale.  Pour Michaëlle Paraison, les enjeux se présentent sous deux angles : les enjeux d’influence et les enjeux liés à des territoires. « ses gens du secteur privé des affaires et d’autres sur la scène politique exercent des influences sur les couches les plus vulnérables. Ils mettaient à la disposition des jeunes parfois même des enfants des quartiers populaires des armes à feu. Quand ces jeunes et enfants se trouvent dans l’incapacité de subvenir à leurs besoins, ils vont utiliser ces armes contre les citoyens qui croisent leurs chemins », a-t-elle soutenu.

En ce qui a trait aux enjeux liés à des territoires, Michaëlle Paraison a fait référence à l’absence de l’aménagement du territoire haïtien. « Il y a aussi l’absence d’aménagement du territoire, il existe des zones inaccessibles où la présence policière fait défaut. Dans ces zones, les riverains sont abandonnés à leur sort et sont les proies des bandits », a argué madame Paraison. En termes d’impact de l’insécurité sur l’économie haïtienne, Paraison a mis l’accent sur la libre circulation des marchandises notamment des produits agricoles qui devient difficile. Ce problème, a-t-elle fait savoir, décourage les producteurs agricoles, accélère davantage l’inflation et rend la vie encore plus difficile pour les personnes à faible capacité de revenus. De son point de vue, il faut avoir un climat de sécurité favorable pour espérer un retour vers la croissance économique.  

Pour sa part, l’économiste Enomy Germain, se référant à la situation actuelle d’insécurité, a estimé que les enjeux et les défis peuvent être liés et constituent une sorte de cercle vicieux.  « L’insécurité impacte les activités économiques. Ce sont des impacts qui visent à renforcer les inégalités puisqu’ils favorisent la pauvreté. On sait que par définition, les inégalités sont des sources de tension sociale. On pourrait sortir de la situation de l’insécurité qui secoue sauvagement l’économie nationale pour tomber dans une atmosphère de tension sociale qui est une source d’insécurité », a expliqué l’économiste.

Sans passer par quatre chemins, Énomy Germain a soutenu que le climat d’insécurité est alimenté par des acteurs du secteur privé des affaires pour défaire la concurrence et de réaliser plus de profits et des hommes politiques qui en profitent pour remporter des joutes électorales. M. Enomy appelle à l’éveil de la conscience citoyenne et rappelle que la sécurité doit être publique et non privée.   « La sécurité est un bien public mais le constat est différent. Chaque personne fait ce qu’il peut en fonction de ses moyens pour garantir sa sécurité : garde du corps, véhicule blindé, éviter de circuler dans les zones à risque », a déploré l’économiste.

Le plus gros défi, d’après l’économiste Enomy Germain, consiste à combattre ces gens qui tirent la ficelle de l’insécurité. Il faut aussi rendre fonctionnelles les institutions qui ont un rôle quelconque à jouer pour garantir la sécurité des personnes, des vies, des biens et services. « Ce n’est pas facile de connaître la priorité principale des dirigeants. Dans le budget 2021-2022, les crédits alloués au ministère de la Défense ont augmenté de 10% alors que ceux de la police nationale ont légèrement baissé, passant de 16,7 milliards de gourdes à 16,6 milliards de gourdes. Comment faire de la question de l’insécurité une véritable priorité », a souligné Enomy Germain.     

Cette journée de célébration est une occasion de présenter l’association Rankont Edu au grand public. Dans son allocution, Marly Louis, membre du comité exécutif, a présenté Rankont Edu comme une association de jeunes et d’universitaires qui œuvre dans le domaine de l’éducation. Rankont Edu, a-t-elle poursuivi, vise à développer chez la jeunesse haïtienne le goût du bon et du vrai. Son objectif consiste à mettre à la disposition des jeunes une connaissance de qualité. Les jeunes de ladite association disent avoir visé 9 programmes de développement : agriculture, art et culture, défense, échanges et commerce, éducation, information, justice, santé, sciences et technologie.  

« Nous sommes déterminés à travailler pour faire de la Rankont Edu un mouvement qui inspire et qui invite au changement. Nous voulons avoir des citoyens formés et bien imbu de leur droit et leur devoir envers leur pays, des leaders responsables qui impacteront positivement leurs communautés respectives. Nous voulons aussi favoriser l’émergence de la jeunesse haïtienne, développer le sens du dévouement et de la solidarité chez les citoyens et lancé une image, une vraie image de la jeunesse haïtienne », a promis Marly Louis.

    



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