La violence à Martissant a un an et ce n’est pas la pire nouvelle

Publié le 2022-06-01 | lenouvelliste.com

Depuis le 1er juin 2021, Martissant, quartier de la sortie sud de Port-au-Prince, est devenu une zone de non-droit où la violence aveugle fait la loi.

Les exactions commises par les gangs à Martissant défrayent l’actualité mais personne ne peut faire le décompte des morts et des blessés survenus dans le périmètre de ce quartier ou le long de la route nationale numéro 2 qui le traverse.

Chacun connaît quelqu’un qui a dû quitter la zone mais personne ne peut préciser combien de personnes ont dû abandonner leur domicile, changer d’adresse ou perdre totalement la jouissance de leur bien immobilier.

Il n’existe plus de vie économique à Martissant mais personne ne peut dresser l’inventaire des entreprises qui ont fermé leurs portes et qui ont disparu tout simplement du jour au lendemain.

Personne ne compile les statistiques des chiffres d’affaires qui se sont envolés en fumée, et ce, sans aucun recours.

Les implications sur le transport de passagers, sur la circulation des marchandises, sur les prix pour une partie du département de l’Ouest, pour les départements du Sud-Est, des Nippes, du Sud et de la Grand’Anse, ne sont pas comptabilisées.

Personne ne peut expliquer pourquoi exactement les gangs se battent à la sortie sud de la capitale haïtienne un an après le début des affrontements. Il y a des hypothèses qui ne sont pas validées.

Quels sont les buts poursuivis ? Les objectifs ? La finalité ? Pourquoi cette obsession de la table rase ? Rien n’est clair.

Un an après le début des hostilités, les bilans humain, social, économique et sécuritaire sont autant de nébuleuses, de trous noirs. Martissant échappe à toute analyse rationnelle.

En dépit de tout et pour le plus grand malheur du pays et des Haïtiens, la situation a Martissant n’est pas la pire des nouvelles sur le front de l’insécurité. La pire des nouvelles est que Martissant n’est pas une exception. Martissant n’est pas un îlot de violence.

Un an plus tard, Martissant appartient à l’archipel de l’insécurité et de la violence.

Le drame qui a pris naissance à Martissant le 1er juin 2022 se comporte comme un organisme vivant. Il s’étend, colonise d’autres zones.

Processus dynamique, la mécanique des zones de non-droit issue de la situation à Martissant a imposé sa logique. Le pays est pris dans un engrenage. Il y a des Martissant partout. Avec plus ou moins de violence. Et le même tableau de déchéance de quartiers autrefois paisibles.

La principale caractéristique de la situation à Martissant est l’absence de réponse de la part des autorités politiques et/ou des forces de l’ordre. Cette faiblesse est constatée dans tous les autres quartiers où la violence surgit un matin.

L’Etat haïtien et ses institutions assistent comme le commun des mortels à la multiplication des zones de non-droit dans un non-dit confortable et confondant. S’il existe des Martissant, nos autorités en sont les géniteurs ou les pères nourriciers. Ils encouragent, laissent faire ou ignorent les problèmes qui dégénèrent.

Martissant a un an ce 1er juin et aucun responsable n’en parle. Il n’y a même pas une promesse de redressement. Rien.

La pire nouvelle est que le pays s’installe dans la gestion du pire et la cohabitation avec la violence aveugle sans aucune visibilité sur un retour à la normale.



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