La police fait ce qu’elle peut, la justice absente

Publié le 2022-05-20 | lenouvelliste.com

Les greffiers sont en grève ou seraient en grève depuis plus d’un mois. Des médias en ligne rapportent ce vendredi 20 mai 2022 des déclarations de plusieurs avocats qui dénoncent cette grève illimitée qui paralyse certaines activités dans les tribunaux. A part les complaintes des hommes de loi, rien ne laisse croire que les tribunaux sont dysfonctionnels. Le sujet n’est pas dans l’actualité. Il parait que la paralysie de la justice est devenue un fait divers. Les justiciables comme les acteurs du système judiciaire s’en accommodent. Le ministère de la Justice et de la Sécurité publique semble ne pas être au courant qu’il a une grande responsabilité dans le bon fonctionnement de l’appareil judiciaire. C’est quand même bizarre que les greffiers soient en grève depuis le début du mois d’avril et que cela ne préoccupe personne, même pas les grévistes.

Pendant que la justice est sur pause, l’insécurité prend des proportions alarmantes dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince et dans certaines villes de province. Tous les yeux sont rivés sur la police nationale d’Haïti pour reprendre le contrôle de la situation. En dépit de la détérioration du climat sécuritaire, personne ne peut nier que la police tente de sortir la tête sous l’eau. Ces dernières semaines, il ne se passe pas une journée sans que la police n’annonce l’arrestation d’au moins un présumé bandit. Au cours du mois d’avril, le directeur général a.i. de la police, Frantz Elbé, avait même présenté le bilan de ses six premiers mois à la tête de la police. Preuve que la PNH travaille tant bien que mal.

Pendant que la police fait ce qu’elle peut pour mettre hors d’état de nuire les bandits, la justice est en plein sommeil. Face à un tel constat, on est droit de s’interroger sur le sort des personnes accusées ã tort ou raison d’alimenter l’insécurité arrêtées par la police. La lutte contre l’insécurité ne requiert pas seulement des arrestations. Elle implique aussi que les accusés soient fixés sur leur sort et que les victimes soient dédommagées pour les torts subis. Sans une justice forte fonctionnant à plein rendement ce volet dans la lutte contre l’insécurité restera un vœu pieux.

La grève des greffiers pour exiger de meilleures conditions de travail est une preuve parmi d’autres que le bon fonctionnement de la justice n’est pas une priorité chez nous. Depuis des années, le fonctionnement des cours et des tribunaux est une exception, leur paralysie pour toutes sortes de raison la règle. Cela explique pourquoi l’impunité, la corruption et l’insécurité prennent de l’ampleur chaque jour à travers le pays.

Le mépris du système judiciaire a sans aucun doute contribué à nous conduire à la croisée des chemins où nous sommes aujourd’hui. Sortir le pays du bourbier notamment et combattre l’insécurité de façon durable exigent qu’on donne à la justice la place qu’elle mérite.



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