Une envie de vivre intacte

Publié le 2022-05-19 | lenouvelliste.com

La fête du Drapeau a été commémorée cette année dans un contexte de crise aiguë, marquée par la multiplication des cas de kidnapping dans la zone métropolitaine et la prise en otage de certains quartiers par des gangs armés. Beaucoup d’établissements scolaires de la capitale haïtienne ont alors renoncé à la célébration de la fête du Drapeau cette année ou  marqué la fête le 17 mai par mesure de précaution. 

Dans plusieurs villes de province, le décor était différent. Au Cap-Haïtien, à Jérémie, à Jacmel, aux Cayes, aux Gonaïves notamment le bicolore a été salué avec faste. Des élèves royalement vêtus ont défilé dans les rues au pas de la musique sous l’admiration de membres de la population.

Au-delà de la Dessalinienne mise en scène un peu à travers le pays, des enfants qui dansent allègrement, des jeunes vêtus comme des paons aux couleurs du drapeau, il y a eu un message transmis à qui de droit : l’espoir n’est pas mort sur ce coin de terre. Enfants, jeunes, éducateurs, et parents ont renouvelé leur déclaration d’amour à ce pays mis à genoux par une mauvaise gouvernance chronique qui engendre insécurité, notamment kidnapping, désastre écologique, crise économique, insécurité alimentaire, chômage… Grâce aux réseaux sociaux, on a pu vivre en direct les festivités commémoratives des 219 ans de notre bicolore un peu partout à travers le pays.

Dans toute la diaspora le mois de mai en général et le 18 de ce mois en particulier sont l'occasion de la commémoration. Haïtiennes, Haïtiens d'origine et étrangers ont communié ensemble autour du drapeau. S'il nous reste un fil qui nous unit, aussi fin soit-il, c'est encore le drapeau national. 

Au moment même de la commémoration de la fête du Drapeau, les kidnappeurs n’ont pas chômé. A Port-au-Prince, ils ont poursuivi leur sale besogne en enlevant plusieurs personnes. De quoi porter des membres de la population à mettre des quartiers de la capitale tels que Bois-Verna, Lalue en effervescence ce jeudi. Les protestataires exigeaient la libération des citoyens enlevés la veille. Parallèlement, le secteur médical exige la libération du Dr Benetty Augustin, enlevé et séquestré depuis deux semaines. Il exige aussi la libération du Dr Pierre Pierre, directeur médical de l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti, enlevé mardi dernier. C’est dans ce contexte que l’hôpital Bernard Mevs annonce la fermeture de ses portes pour trois jours.

Les informations qui font écho dans les médias et sur les réseaux sociaux ce jeudi contrastent avec les images des enfants et des jeunes qui commémoraient la veille les 219 ans de notre drapeau. Et les autorités haïtiennes dans tout ça ? Ont-elles vu les défilés ? Sont-elles au courant des cas de kidnapping perpétrés dans la zone métropolitaine ?

La situation actuelle ne fait pas honneur à nos ancêtres qui s’étaient sacrifiés pour nous libérer du joug de l’esclavage en nous donnant ce drapeau que nous honorons le 18 mai de chaque année. Le Premier ministre Ariel Henry, qui dirige un exécutif monocéphale, détenant un pouvoir étendu avec le dysfonctionnement du Parlement et de la Cour de cassation, a la responsabilité de combattre le kidnapping et d’autres maux qui déshonorent nos ancêtres. Le chef du gouvernement est-il conscient d’une telle responsabilité ?



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