Un drame dans le drame de l’insécurité

Publié le 2022-05-17 | lenouvelliste.com

Au début du mois en cours, l’Unicef avait sonné l’alarme sur la situation des écoles situées dans les quartiers pris en otage par les gangs. D’après l’agence onusienne, près de 1 700 écoles sont actuellement fermées dans la zone métropolitaine. 500 000 enfants seraient privés du pain de l’instruction.

Selon l’Unicef, qui a repris les chiffres du ministère de l’Education nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), dans la zone métropolitaine, 772 écoles sont fermées à Croix-des-Bouquets, 446 écoles à Tabarre, 274 à Cité Soleil, et 200 autres à Martissant, Fontamara, au centre-ville et bas Delmas.

Quand ce communiqué a été publié le 5 mai dernier les membres du gang 400 Mawozo et de Chen Mechan s’affrontaient encore dans la Plaine du Cul-de-Sac. On ne sait pas si les écoles qui gardent encore leurs portes fermées depuis l’éclatement de ce conflit il y a trois semaines étaient prises en compte dans le rapport du MENFP. Lors de la publication du communiqué, il n’y avait pas encore l’exode massif des habitants de Pernier pour fuir les balles des gangs mécontents d’être pourchassés par la police.

Le communiqué de l’Unicef a soulevé un problème sérieux que la société ignorait ou n’en parlait pas assez. Avec presque 2 000 écoles fermées dans un pays où il n’en avait pas assez, c’est un drame qui devrait inquiéter toute la société. Généralement, on prescrit d’ouvrir des écoles pour fermer des prisons. Nous sommes en train de faire l’inverse.

On ne sait pas ce que deviennent les enfants qui fréquentaient les écoles qui sont fermées. Cette  question doit être répondue avec précision. En attendant, on peut émettre l’hypothèse qu’ils n’ont pas tous le luxe de remplir les formalités pour fréquenter une autre institution scolaire. Personne n’ignore que même en temps normal beaucoup de parents éprouvent de grandes difficultés à payer l’écolage de leurs enfants. Il n’est pas inutile de rappeler que 80% de nos établissements scolaires sont privés alors que la majorité de la population vit dans la pauvreté.

Les conséquences de l’insécurité sur le système scolaire constituent un drame dont le pays subira les effets sur le long terme. Personne ne sait combien d’enfants ne mettront plus jamais les pieds dans une salle de classe. Il faut aussi s’attendre à des répercussions sur la qualité de l’éducation dues à la démotivation des élèves et les jours de classe perdus pour les écoles qui résistent. Les conséquences sont aussi économiques quand on sait que des écoles fermées signifient aussi des emplois directs et indirects perdus.

A l’occasion de la Journée nationale des enseignants, nous avons une pensée spéciale pour les enseignants qui payent un lourd tribut à l’insécurité.



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