Sans surprise, personne ne cherche encore le chemin de la sortie de crise en Haïti

Publié le 2022-05-16 | lenouvelliste.com

Il y a de cela près de trois ans, en 2019, les élections pour renouveler la Chambre des députés auraient dû se tenir. 

Depuis janvier 2016, toute la classe politique savait que le 13 janvier 2020 le mandat de la 50e législature touchait à sa fin. 

Chacun pour ses raisons, et sans surprise aucune, s'employa pour ne pas laisser les élections se tenir.

« Pas d’élections avec Jovenel, il n’est pas légitime », disait l’opposition. 

« Attendons le départ de tous les élus pour changer la Constitution », escomptait le pouvoir.

L’absence des députés était le premier grand pas sur le chemin de la disparition des institutions de la démocratie représentative en Haïti.

Les parlementaires avaient tous les défauts et le mérite d’exister. Ni les élus sortants ni les opposants ne firent campagne pour l’organisation rapide d’un scrutin. Le vide arrangeait toutes les parties.

Mai 2022, plus personne ne parle de la tenue d’une quelconque élection en Haïti. Le Sénat n’existe que sur le papier, toutes les institutions dont l’existence légale est liée au travail du Parlement sont en défaut de légitimité.

Tout le monde occupe de facto des fonctions et l’actuel premier ministre n’a ni mandat ni ne subit de contrôle d’aucune sorte. « Ariel a un pouvoir absolu même s’il n’en fait absolument rien », comme disent les loustics.

Depuis le 7 juillet 2021, le président Jovenel Moïse, qui l’a nommé, a été assassiné. Le premier ministre n’a même pas prêté le serment de respecter la Constitution et les lois de la République. Cela n’est pas prévu par nos lois ni par nos usages.

Sans surprise, le pays vivote, le gouvernement fait comme si, l’insécurité augmente, l'État disparaît et la population se lamente.

Nos politiciens de tous bords, pour expliquer leur refus d’avancer, évoquent chaque jour la situation sécuritaire. Les difficultés sont réelles mais personne ne rappelle que la situation sécuritaire était meilleure en 2019 et qu’en dépit de cela les élections n’étaient pas à l’ordre du jour. Comme aujourd’hui.

Sans surprise, si la majorité des acteurs s’accordent pour dire qu’avant de parler d’élections il faut une amélioration de la sécurité, personne ne se dévoue à la tâche. Depuis juillet 2021, les deux premiers ministres qui ont dirigé le pays n’ont émis que des souhaits et l’opposition des prières muettes.

Sans sécurité pas d’élections ou sans élections pas de sécurité, sans surprise, aucun intervenant du pouvoir, des oppositions ou de la communauté internationale ne veut poser l’équation, encore moins tenter de la résoudre.

Haïti s’enfonce, pris dans une spirale, une force centrifuge destructrice qui se renforce chaque jour un peu plus. Pendant ce temps, sans surprise aucune, personne, ni du pouvoir ni de l’opposition, ne se présente comme voulant à tout prix trouver le chemin de la sortie de crise.



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