Hier La Saline, aujourd’hui Plaine du Cul-de-Sac

Publié le 2022-05-10 | lenouvelliste.com

Il y a presque quatre ans, durant la période allant du 13 au 17 novembre 2018, la population de La Saline avait connu l’enfer. Des hommes, des femmes, des enfants en bas âge étaient sauvagement tués. Sous les yeux impuissants de leurs proches, les victimes étaient tuées à coups de couteaux, de machettes, de haches et à l'arme lourde. Les corps des victimes étaient ensuite laissés à l'air libre pour être dévorés par des chiens et des cochons pour ceux qui n'ont pas été carbonisés.

Il a fallu l’insistance des organisations locales et internationales de défense des droits humains pour que les autorités d’alors acceptent d'admettre que quelque chose de grave, voire de très grave s’était passé à La Saline. Pour endormir l’opinion publique nationale et internationale, la justice lançait alors des mandats contre les présumés auteurs de ce qu’on a finalement appelé le massacre de La Saline.

Alors que les auteurs et commanditaires des crimes odieux de La Saline vaquent encore en toute quiétude à leurs activités, La Plaine du Cul-de-Sac comptent des dizaines de morts presque dans les mêmes conditions que La Saline. Le bilan des affrontements entre les gangs à Butte Boyer, Croix-des-Missions et leurs environs a grimpé jusqu’à 148 morts d’après le Réseau national de défense des droits humaines (RNDDH). La Protection civile avait recensé une quarantaine de morts et les Nations-unies une soixantaine.

Difficile de dire quel bilan est exact, mais une chose est sûre, les évènements en Plaine du Cul-de-Sac étaient tragiques. Il y a eu de la violence aveugle. Cela prendra sans doute du temps pour décrire chaque crime, mettre un visage sur chaque cadavre, une identité sur chaque personne disparue. Cela prendra aussi du temps pour que le pays découvre toute la cruauté que les gangs armés avaient exercée pendant leurs affrontements.

Le bilan du RNDDH comme celui de l’ONU sont comme un mauvais carnet pour les autorités haïtiennes qui ont cautionné les événements de la Plaine du Cul-de-Sac. Le pays attend encore le message de sympathie du Premier ministre Ariel Henry aux proches des victimes. Ce qu’il a déjà fait pour les victimes de l’explosion à Cuba.

Le rapport du RNDDH est publié au lendemain de la conférence-bilan des six premiers mois de Frantz Elbé à la tête de la Police nationale d’Haïti. Le chef de la police s’est donné un satisfécit pour avoir agi avec célérité dans le dossier de la Plaine du Cul-de-Sac. Les chiffres du RNDDH comme ceux de l’ONU et de la Protection civile contrastent avec de tels propos.

Le massacre de La Saline avait suscité des réactions en Haïti et à l’étranger, mais rien n’est fait jusqu’ici pour rendre justice aux victimes. Rien n’a été fait pour empêcher que d’autres Haïtiens surtout dans les quartiers populaires soient tués dans des circonstances similaires. Quatre ans après La Saline, les mêmes crimes se répètent en Plaine du Cul-de-Sac sous les yeux des autorités haïtiennes et de leurs alliés de la communauté internationale. Voilà à quoi s’attendre quand dans un pays l’impunité est la norme.



Réagir à cet article