Insécurité et crise politique

Restaurer la sécurité en Haïti : la diaspora s’y intéresse

La diaspora haïtienne à Connecticut aux États-Unis suit avec intérêt et inquiétude la recrudescence de l’insécurité en Haïti. En présence de plus d’une centaine de membres de la diaspora haïtienne en grande majorité des leaders notamment dans le secteur évangélique, le samedi 7 mai au local de Darien Connecticut à Tokeneke Road, l’ancien député Jerry Tardieu a répondu à la question suivante : « Comment restaurer la sécurité en Haïti et sortir de la crise politique ? »

Publié le 2022-05-11 | lenouvelliste.com

Pour que règne la paix des rues, l’ordre et la stabilité en Haïti, l’ancien député de Pétion-Ville  estime qu’il faut d’abord « une volonté politique farouche et inébranlable au plus haut niveau de l’État. Il ne doit exister aucune tentation de relation de type collusoire entre des forces criminelles et l’Etat. La toute première des conditions à remplir pour réussir un plan de sécurité, est que la volonté politique soit ferme et inébranlable. Sans cette volonté, la Police nationale d'Haïti (PNH) n’aura pas les coudées franches et ne sera pas mise dans des conditions psychologiques idéales pour faire son travail », a affirmé Jerry Tardieu.

Selon l’ex-parlementaire pendant ces 30 dernières années en Haïti, il s’est développé des relations de type collusoire entre les politiciens et des éléments mafieux. « Des candidats jusqu’à des chefs de gouvernement et des présidents, il est de notoriété publique que des gangs ont été tolérés, choyés et utilisés, soit pour influencer le cours des élections par la violence soit pour contenir des manifestations populaires dans les quartiers défavorisés ».  

Jerry Tardieu croit ensuite qu’il faut une structure de réflexion sur la sécurité nationale. « …une entité qui définit les grandes lignes d’un plan sécuritaire. C’est ce conseil qui va identifier les types de menaces sécuritaires qui pèsent sur le pays et décider des stratégies et moyens pour les combattre », a-t-il précisé, soulignant au passage que le Conseil supérieur de la police nationale n’est pas efficace.

Pour l’ancien député, il faut mettre sur pied des forces de sécurité publique (armée et police) équipées, entraînées et motivées pour donner des résultats. « Il faut un vetting de la PNH. Les années de leadership politique malsain ont favorisé une grande corruption au sein de la PNH, dont plusieurs agents sont inféodés aux gangs ou à la pègre. L'institution policière doit être purgée des éléments qui la décrédibilisent et la fragilisent pour ne garder que les agents en mesure d’exécuter sans contrainte le plan national de sécurité », a exhorté Jerry Tardieu.

Il plaide pour la cohabitation de la PNH et de l’armée. « Notre police doit arriver un jour à compter 50 000 hommes et femmes dédiés à la tâche de protéger et servir la population. Parallèlement nous recommandons la mise sur pied d’une armée d’élite antiguérilla de 5 000 hommes de troupes », a-t-il soutenu.  

Jerry Tardieu pense qu’il faut une collaboration exemplaire entre la police et la justice. « Faire de la PNH une police efficace est possible seulement si le système judiciaire est efficace. C’est le bon fonctionnement de ce binôme qui peut garantir un état de droit ou tous les citoyens sans distinction sont assujettis aux mêmes règles et sont égaux devant la loi ».

S’agissant de la crise politique, M. Tardieu appelle à « un dialogue sérieux, un vrai, pas un jeu de dupes ou de coquins. Un dialogue pour trouver un consensus suffisant sur deux points : la gouvernance de la transition et le contenu de la transition », a-t-il dit.

Guy Bocicaut, le coordonnateur du mouvement «En avant» à Connecticut qui a organisé l’activité, a invité les Haïtiens de partout à œuvrer pour mettre le pays sur une nouvelle voie. « La situation en plaine du Cul-de-sac est le résultat de l'indifférence des Haïtiens capables », a-t-il fait savoir.

Il a appelé les Haïtiens de la diaspora à se regrouper dans leur communauté aux Etats-Unis pour, a-t-il ajouté, réfléchir sur comment sauver le pays. Si les choses ne changent, M. Bocicaut estime que c'est d'abord la faute des Haïtiens.

Carlo Balthazar vit aux États-Unis depuis 21 ans, il évolue dans le domaine de la santé. Pour lui, la situation sécuritaire du pays est terrible. « C’est du jamais vu. Une catégorie de personnes met toute une population dans la misère, dans la détresse, l’incertitude et la désolation… », a-t-il tancé.

« J’ai peur de la situation dans laquelle se trouve actuellement mon pays. Mais si je dois m’y rendre, je suis prêt à le faire. ''Lakay se lakay''. Si nous restons accrocher uniquement à l’image qu’on voit du pays, on dirait que tout est fini pour Haïti. Mais je crois qu’il reste encore du souffle au pays », a indiqué au Nouvelliste Carlo Balthazar à l’issue de la conférence.

Pour le Dr Florénal Joseph, professeur d’université à New York, si la diaspora participe dans la vie économique d’Haïti, elle peut aussi contribuer à résoudre le problème de l’insécurité du pays.  Il a critiqué vivement certains individus de la diaspora qui font le commerce d’armes et de munitions avec des groupes armés en Haïti. Selon lui, les membres de la diaspora doivent dénoncer ceux qui font ce genre de trafic.

Résidant aux Etats-Unis depuis 35 ans, Réginald Siméon est enseignant et le propriétaire de la station de radio Fierté haïtienne émettant depuis New York, pour eux, la crise politique et sécuritaire en Haïti a une solution. « La solution passera par un leader compétent, conséquent qui a la confiance de la population », a-t-il conseillé.



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