Osny Zidor : quelle tragédie!

Publié le 2022-05-13 | lenouvelliste.com

Pris entre deux obligations ce samedi sanglant, je n'ai pas vu passer la nouvelle. Mon téléphone était fermé, l'espace d'un après-midi. 
J'aurais préféré ne pas l'avoir ouvert, si cela pouvait changer le cours des choses.

On s'est rencontré au détour d'une réunion en petit comité lors de la campagne électorale du vice-doyen sortant de la Faculté de médecine de l'Université d'État d'État, le Dr Jude Milcé.

Il est étonnant qu'une femme comme elle s'implique autant dans la gouvernance d'un espace qu'elle fréquente. On te disait «différente», moi je te savais brillante.

Tes interventions ce jour-là sur ce qu'il fallait améliorer et l'offre académique désirée par des centaines d'étudiants  témoignent d'une tendresse que Simone Weil aurait qualifiée de poignante. L'amour d'une chose belle, précieuse, fragile et périssable. Comme toi, en effet. Mais tu ne le savais pas encore.

Tes prises de parole, d'une voix aiguë, résonnent encore dans cette petite salle de chez Lamy. Elles traduisent ton intérêt pour un espace académique. Après y avoir accédé, tu l'as observé, pénétré, compris et même dominé. Tout le monde t'écoutait avec l'admiration sculptée sur le visage Osny.

En général, les jeunes filles comme toi viennent à la Faculté de médecine pour voler sous le radar, ne pas se faire repérer... faire son temps, et sortir, comme l'aurait écrit si bien Paul Scheuring. Toi, tu as vu les choses autrement, tu t'es impliquée dans la vie de la faculté, tu t'es intéressée à son avenir jusqu'à devenir une figure remarquable dans la dernière campagne électorale.
Tu es animée par cette fibre progressiste qui pousse à dire non quand la force des choses impose une réalité à laquelle tes convictions refusent d'adhérer.

L'œuvre inachevée de ta vie si belle et si courte t'empêchera peut-être de t'asseoir à la même  table que Jeanne Philippe, Yvonne Sylvain et des centaines d'autres femmes qui t'ont devancée. Peut-être que tu seras dans 10 ans un souvenir aussi lointain que le lieu où l'on t'a enterrée. Rien n'est certain quand on y est plus.
En revanche, tu resteras à jamais le symbole de ces filles qui venant de loin, l'éducation comme boussole et la conscience sociale chevillée au corps, arrivent à marquer le temps de leur court passage tel un météore.

Ce maudit projectile qui a mis fin à ta vie, la colère des tiens, et le mépris des autorités résument parfaitement ce vieux proverbe chinois : « Si la pierre tombe sur l'œuf, malheur à l'œuf. Si l'œuf tombe sur la pierre, malheur à l'œuf.» 

Osny, une semaine après ton départ, le Dr Jude Milcé, son frère Euphèle Milcé, ton ami Dave Bastien et moi nous nous sommes réunis pour faire le point sur le mois d'avril et la désillusion électorale, on a parlé de toi. On n'a malheureusement pas pu aller au-delà d'une exclamation. Quelle tragédie !



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