Haïti seule dans l’adversité

Publié le 2022-05-05 | lenouvelliste.com

Ce que la population haïtienne vit ces derniers temps est inimaginable. Cela semble dépasser les dix plaies d’Egypte. La guerre des gangs dans la plaine du Cul-de-Sac n’est que la pointe de l’iceberg. Grâce à la magie de la technologie, le monde entier a suivi en direct les scènes horribles de centaines de personnes fuyant leurs maisons pour se mettre à l’abri des balles perdues des gangs. Si le bilan provisoire de cette guerre fait état de 39 morts, il est difficile, voire impossible, d’évaluer ses impacts sur la population. Peut-être ne saura-t-on jamais les conséquences de ces luttes intestines sur la santé mentale des enfants, jeunes et vieux laissés à la merci des bandes armées. Ni le nombre exact des victimes, tuées ou blessées. 

Le système éducatif déjà branlant paie un lourd tribut à ce climat délétère. Depuis deux semaines, la majorité des écoles de la plaine du Cul-de-Sac gardent leurs portes fermées. Certains s’interrogent, à raison, si les élèves ne vont pas perdre le reste de l’année scolaire. Sur le plan économique, il est trop tôt pour dresser un bilan de cette guerre des gangs. Il est cependant à craindre que des entreprises ferment définitivement leurs portes faute de tranquillité pour poursuivre leurs activités.

Ce qui arrive dans la plaine du Cul-de-Sac s’était déjà produit à Martissant et dans certains quartiers de la commune de Croix-des-Bouquets. A cela, il faut ajouter le kidnapping qui sévit dans la zone métropolitaine et dans certaines villes de province. Le Premier ministre Ariel Henry, placé au pouvoir par la communauté internationale, multiplie les vaines promesses de reprendre le contrôle de la situation. Pourtant, le climat sociopolitique se détériore jour après jour.

Le kidnapping, les assassinats en plein jour, le blocage des routes, la prise en otage de quartiers par des gangs sont devenus des faits divers. Ces faits ne sont pas nouveaux, mais s’accentuent sous la gouvernance d’Ariel Henry. Tout cela semble être trop peu pour porter la communauté internationale à voler au secours de la population haïtienne. Il ne s’agit pas de demander à la communauté internationale d’agir à notre place, il revient de lui demander de réparer des torts qu’elle a faits au pays en imposant des incapables à la tête de l’Etat.

À un moment où les pays occidentaux déploient de grands moyens pour soutenir l’Ukraine, en Haïti, les gangs ont carte blanche pour tuer, violer et kidnapper.  La Police nationale d’Haïti, créée, entraînée et armée par les pays « amis » d’Haïti accuse ses limites dans la lutte contre l’insécurité qui met à genoux le pays depuis des années. 

La communauté internationale, notamment la France, les États-Unis, le Canada, multiplie des réunions régulières et dresse des rapports périodiques sur la situation du pays. Ce qui laisse croire qu’elle est informée des malheurs de la population même s’il n’y a pas toujours de réactions à la hauteur des drames quotidiens. Cette attitude envers Haïti prouve que la communauté internationale n’avait rien appris du génocide rwandais il y a presque trois décennies.



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