Vivre l’effondrement de l’Etat

Publié le 2022-05-02 | lenouvelliste.com

Hier les déplacés de Martissant, aujourd’hui ceux de la Plaine du Cul-de-Sac. Alors que l’Etat haïtien n’a pas pu débloquer l’entrée Sud de la capitale depuis environ un an, il doit faire face aujourd’hui à une situation similaire au Nord de Port-au-Prince. Depuis plus de huit jours, les habitants de la Plaine du Cul-de-Sac perdent leur droit de vaquer librement à leurs activités. Les écoles sont contraintes de fermer leurs portes. Les activités économiques dans la plupart des quartiers de la commune de la Croix-des-Bouquets sont au point mort. L’Etat qui, en théorie, a le monopole de la violence, a failli à sa mission de protéger les vies et les biens. La population est à la merci des gangs qui ne se cachent plus.

Si la police dit être à pied d'œuvre pour reprendre le contrôle de la situation, les faits prouvent tout le contraire. Même les gangs dans leurs déclarations publiques reconnaissent qu’ils se substituent à des autorités inexistantes. Personne n’ose les démentir. D’ailleurs, il est un fait que les groupes armés gagnent la bataille de la communication à chaque nouveau conflit. 

L’image des déplacés de Martissant, l’abandon de la route nationale # 2 au niveau de Martissant aux gangs armés, la situation en Plaine du Cul-de-Sac cette semaine traduisent un fait: la faiblesse de l’Etat. On dit faiblesse de l’Etat pour être clément, mais on pourrait dire tout simplement l’inexistence de l’Etat. Le paradoxe, il y a des autorités en place, mais l’Etat n’existe plus. D’ailleurs, il n’y a aucune obligation de résultats pour nos autorités. Les postes ont des privilèges, sans responsabilité.

Si la situation est telle qu’elle est sur la route de Martissant et en Plaine du Cul-de-Sac, il y a cependant un Conseil supérieur de la Police nationale en place. Le pays a un gouvernement avec un ministre de l’Intérieur et un ministre de la Justice en poste. Se sentent-ils coupables de la détérioration des conditions sécuritaires à travers le pays?

En parlant de la justice, le 28 avril a marqué le 20e mois de l’assassinat du batonnier de l’ordre des avocats de Port-au-Prince, Me Monferrier Dorval. 20 mois après, la justice est-elle sur le point de faire la lumière sur ce dossier? En attendant la réponse des autorités judiciaires, on doit souligner que la justice haïtienne est comme à l’arrêt ces derniers jours. La Cour de cassation est aujourd’hui dysfonctionnel et les greffiers sont en grève depuis près d'un mois. Cette justice qui se bat pour sa survie oublie sans doute s’il y a un dossier Monferrier Dorval à traiter. Et un dossier Jovenel Moïse. Et mille autres dossiers. 

Quel autre signe que nos autorités ont-elles besoin pour reconnaître ou accepter la faillite des institutions et l’effondrement de l’Etat?



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