Insécurité et criminalité

Au moins 20 civils tués dans la guerre des gangs en plaine du Cul-de-Sac

La guerre des gangs fait rage depuis plusieurs jours en plaine de Cul-de-Sac, banlieue de Port-au-Prince. Les groupés armés qui se font appeler ‘’ Chen mechan ’’ et ‘’ 400 Mawozo’’ s’affrontent violemment pour le contrôle des quartiers populaires de cette zone située dans la région métropolitaine. Selon un premier bilan de la Protection civile, au moins 20 civils ont été tués entre le 24 et le 26 avril, dont une famille de huit personnes, trois jeunes femmes et trois enfants.

Publié le 2022-04-27 | lenouvelliste.com

Assassinat, incendie de maisons, viol de femmes et de filles… les bandits ne lésinent sur aucun acte de terreur pour arriver à leurs fins.  « Les hommes armés du gang ‘’ 400 Mawozo’’ ont mis le feu à ma maison située à Butte Boyer. Ils ont tué plusieurs de mes voisins avant d’incendier aussi leurs maisons », a rapporté au Nouvelliste Lucien, un résident des zones touchées par la guerre des gangs.

« Ils violent les femmes et les filles quand ils parviennent à entrer dans une maison. Je me suis réfugié avec ma mère malade sur une place publique depuis mardi », a-t-il confié.

Elles sont en effet plusieurs dizaines de familles qui se sont réfugiées sur une place publique et des quartiers adjacents non loin des zones de conflit pour échapper à la fureur des gangs. D’autres sont pris au piège chez eux et ne peuvent pas fuir.  

« Nous sommes emprisonnés chez nous depuis dimanche matin quand la guerre a commencé. Nous n’avons plus ni eau ni nourriture. Mon père, diabétique et hypertendu, est actuellement dans un état critique. Aucun moyen d’aller acheter des médicaments et c’est trop dangereux de se déplacer avec lui », se plaint une jeune femme joint au téléphone par Le Nouvelliste.

« Mon petit frère a reçu un projectile à la jambe depuis dimanche alors qu’il était à la maison. Il en souffre beaucoup depuis quatre jours. On a pu stopper l’hémorragie mais on ne peut pas prendre le risque de l’emmener à l’hôpital, on n’a pas non plus de médicaments pour soulager sa douleur », informé un résident de Butte Boyer, l’un des quartiers les plus affectés dans la plaine du Cul-de-Sac.

Selon un premier bilan de la Protection civile, au moins 20 civils ont été tués entre le 24 et le 26 avril, dont une famille de 8 personnes, 3 jeunes femmes et 3 enfants. En date du 26 avril, a-t-elle ajouté, Médecins sans frontières a déjà admis 22 blessés dans leur hôpital à Tabarre. « Malheureusement, une fillette est décédée des suites de ses blessures. Une dizaine de maisons ont été incendiées, en particulier dans les quartiers de Marécage et de la rue Butte Boyer. Les informations collectées auprès des personnes affectées indiquent que la majorité de la population des quartiers de Tabarre 16, Tabarre 14, impasse Bellevue, Aquafine ont fui leurs habitations », a expliqué la Protection civile.

« Le dimanche 24 avril, dès 3 heures du matin, de violents affrontements entre les gangs 400 Mawozo et Chen mechan ont semé la panique au sein de la population et provoqué le déplacement de plusieurs centaines de personnes, dont des familles accompagnées de nourrissons et d'adolescents dans les quartiers de Croix-des-Missions, Santo et Clercine. Selon des informations préliminaires, au moins 18 civils auraient été tués et plusieurs maisons ont été pillées et incendiées », a détaillé la Protection civile dans son rapport.

Les entreprises, les commerces et les écoles des zones affectées ont tous fermé leurs portes. La Protection civile souligne que le conflit pourrait s’intensifier au cours des prochains jours et provoquer de nouvelles victimes parmi les populations ainsi que des mouvements de population additionnels. « Dans ce contexte, l’accès vers le Nord du pays via les routes nationales 1 et 3 pourrait être entravé, ce qui isolerait alors l’ensemble des départements de la capitale, puisque la route nationale no. 2 reliant les départements du Sud est toujours bloquée en raison de l’insécurité persistante », a fait remarquer la Protection civile.

« La zone d’affrontement est située à quelques centaines de mètres à peine au Nord de l’aéroport international Toussaint Louverture. Le lundi 25 avril au matin, alors que les combats continuaient de faire rage, une balle perdue a frappé l’un des hélicoptères du bureau des Nations Unies en Haïti stationné sur le tarmac de l’aéroport domestique Guy Malary qui jouxte l’aéroport international », selon le rapport.

Selon la Protection civile, plusieurs centaines de personnes se sont déplacées entre le 24 et le 27 avril des quartiers de Butte Boyer, Croix-des-Missions, Marécage et Mapou. Ces personnes se trouvent majoritairement en familles d’accueil, alors que quelques dizaines ont été vues sur des sites spontanés situés à la place Clercine, Mairie de Tabarre, Radio Commerce (Sarthe), l’église adventiste, village Ti Baka (Butte Boyer) et la place Hugo Chavez (route de Maïs Gaté).

Pour le moment, les forces de l’ordre ne tentent pas encore de reprendre le contrôle de la plaine du Cul-de-Sac. Ni la police ni le gouvernement n’ont encore communiqué à propos de cette conjoncture dans les zones affectées par la guerre des gangs. La situation est demeurée encore très tendue ce 27 avril…

Il faut souligner que depuis le 1er juin 2021, les autorités avaient déjà perdu le contrôle de la route nationale numéro 2 qui relie Port-au-Prince à quatre départements sur dix du pays. La guerre des gangs dans cette zone avait forcé l’organisation humanitaire Médecins sans frontières à abandonner son centre de prise en charge sanitaire.

Avec ce nouveau conflit armé dans la plaine du Cul-de-Sac, les autorités haïtiennes sont en train de perdre aussi le contrôle de la route nationale numéro 1 qui relie la capitale aux départements du Nord, du Nord'Ouest, du Nord'Est et de l'Artibonite.



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