Décote de la gourde et explosion des coûts du fret maritime attisent la flambée des prix

La gourde continue de dévisser sur fond d’explosion des coûts du transport maritime depuis la pandémie. Pour les consommateurs haïtiens, c’est la soupe à la grimace face aux perspectives de nouveaux renchérissements des prix des produits de première nécessité à cause des impacts de la guerre entre la Russie et l’Ukraine.

Publié le 2022-04-05 | lenouvelliste.com

La dépréciation de la gourde par rapport au dollar se poursuit. Le taux de référence de la BRH affichait, le 5 avril 2021, 80 gourdes 32 pour 1 dollar américain contre 105 gourdes 6269. En un an, cela représente 25 gourdes.

Sur le marché informel, pour acquérir un certain montant, le différentiel est plus important. Il faut entre 118 et 120 gourdes pour 1 dollar, a appris le journal Le Nouvelliste d’une source proche de la grande importation de produits agroalimentaires en Haïti.

Les péripéties pour trouver des dollars, les risques de pertes de change entre deux commandes provoquent des anticipations qui impactent les prix des produits de première nécessité, a-t-elle expliqué, soulignant qu’il faut ajouter, depuis la pandémie de Covid-19, l’explosion des coûts du fret maritime qui rendent plus chers des produits de première nécessité sur le marché local.

Par exemple, en glissement annuel -février 2021/ février 2022-, le prix du riz a connu une hausse de 36,1 % sur le marché local. Mais ce produit n’a pas connu de hausse importante sur le marché américain d'où Haïti importe l’essentiel du riz. Entre septembre 2021 et janvier 2022, le prix de la tonne métrique de cette céréale, avec 5 % de brisure, est passé de 400 à 427 dollars américains, soit une augmentation de 6,75 %, selon l’Index Mundi.

« Le fret d’un navire pouvant transporter 15 000 tonnes métriques de riz, soit 600 000 sacs de 25 kilogrammes est passé de 350 000 à 700 000 dollars américains. Avant, le coût du fret par sac, délivré en Haïti, était de 58 centimes, Aujourd’hui, il est de 1 dollar 16 », a-t-elle confié. « Avant la Covid-19, on déboursait entre 4 000 et 6 000 dollars Us pour faire un container de la Chine. Aujourd’hui, on paie 14 000 dollars américains pour ce même container », a indiqué cette source, soulignant que les grandes compagnies maritimes qui font du transport en vrac, entre autres, comme Mersk, MSC, CMA, après des années de contre-performance, « gagnent beaucoup d’argent depuis la pandémie Covid-19 ».

Baisse de l’importation

L’envolée des cours du carburant affecte aussi les prix du fret, a poursuivi cette source, soulignant que les importateurs d’Haïti, minuscules en termes de volume dans les opérations des grandes compagnies maritimes, subissent les prix imposés pour le fret, payés en dollars américains. L’explosion des prix du fret, la décote de la gourde et le renchérissement des cours de certains produits, bien avant la guerre en Ukraine, a impacté les importations, a confié cette source.

« Le volume des importations d’Haïti a diminué. En janvier 2021, le pays avait reçu 6 000 containers. Pour le même mois de janvier 2022, le nombre de containers était de 5 000, soit une baisse de 20 %. Les gens ont peur. Certains paniquent quand les prix augmentent et ont tendance à observer avant de commander », a-t-elle expliqué, soulignant qu’il ne faut pas sous-estimer l’impact sur les prix quand il y a une diminution de l’offre par rapport à la demande.

Flambée des prix, avant la vague inflationniste générée par la guerre Russie/Ukraine

L’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI) vient de publier l’Indice des prix à la consommation (IPC) pour le mois de février 2022. Les variations mensuelle et annuelle de l’IPC ou les taux d’inflation mensuelle et annuelle s’élèvent à 2.1 % et 25.2 %, contre respectivement 0.6 % et 24.0 % en janvier 2022.

L'inflation annuelle observée en février 2022, précise l’IHSI, s'explique par le comportement des différentes divisions, ou composantes principales, de l'IPC.

Les prix des « produits alimentaires et boissons non alcoolisées » ont crû de 3.2 % sur un mois et de 25.9 % sur un an, alors que les prix des « articles d'habillement et chaussures » ont augmenté de 2.6 % mensuellement et de 26.6 % annuellement.

Le poste « logement, eau, gaz, électricité et autres combustibles » a enregistré une hausse de 3.1 % sur un mois et un accroissement de 28.6 % sur un an, pendant que les prix des soins de santé avaient connu une croissance mensuelle de 1.2 % et de 25.2 % en glissement annuel. Pour sa part, la progression des prix du transport était de 6.3 % sur un mois et de 30.2 % sur un an.

L’IHSI note à l’encre forte les produits qui ont le plus contribué à la forte augmentation du niveau général des prix en glissement annuel. Pour le poste « alimentation », on retient le riz (en moyenne 36.1 %), le pain (30.3 %), les viandes (en moyenne 23.2 %), le lait (en moyenne 27.9 %), l'huile comestible (62.2 %), le citron (20.5 %) et le sucre (en moyenne 27.4 %). Pour les articles « d'habillement et chaussures », ce sont plutôt la chemise (27.0 %), le pantalon pour homme (26.1 %), le soulier, le tennis (34.1 %) et les sandales (28.2 %).

Dans la catégorie « logement, eau, gaz, électricité et autres combustibles », les plus grosses variations de prix proviennent du loyer du logement (20.4 %), de l’eau (40.2 %), du charbon de bois (33.6 %), du gaz propane (58.0 %) et du kérosène (119.8 %).

Dans la rubrique « santé », ce sont les prix des médicaments (29.7 %) et des lunettes à verres correcteurs (20.7 %) qui ont connu les hausses les plus importantes. Tandis que dans le secteur « transports », c’étaient plutôt les coûts de l’entretien de véhicule privé (36.9 %) et de l’essence et du gasoil (66.6 %) qui ont connu les hausses les plus significatives. 

« Comme c'était le cas en janvier 2022, une hausse plus importante des prix a été observée au niveau des produits importés, soit 34.2 % en glissement annuel contre 20.2 % pour les produits locaux. », indique l’IHSI, qui confirme également que toutes les régions géographiques avaient contribué à la montée de l'inflation en février 2022. Les variations géographiques les plus significatives par rapport au mois de février 2021 concernent surtout le Reste Ouest et le Sud qui ont affiché des taux respectifs de 26.7 % et de 26.9 %.

Roberson Alphonse



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