Des journalistes marchent pour dénoncer l’insécurité et exiger justice

Publié le 2022-03-10 | lenouvelliste.com

Des dizaines de journalistes, majoritairement issus des médias en ligne, ont foulé le macadam, ce mercredi 10 mars, pour dénoncer le meurtre de leur confrère Maxiben Lazarre. Ce dernier a été tué par balle alors qu’il assurait la couverture d’une manifestation d’ouvriers du secteur textile le mercredi 23 février dernier. Les participants se sont rassemblés au Champ de Mars, sur la place de la Constitution, avant de longer les avenues John Brown, Martin Luther King et la route de l’aéroport. Ils ont accusé des agents de l’Unité départementale de maintien de l'ordre (UDMO) d’avoir perpétré le crime. « Nous réclamons justice pour tous les journalistes assassinés, notamment le dernier en date, Maxiben Lazarre. Il a été assassiné sur la route de l’aéroport par des policiers. La police a annoncé une enquête administrative et une enquête judiciaire. Aucun résultat est enregistré jusqu’à date. Il n’y a aucune avancée », a dénoncé Robest Dimanche, porte-parole du Collectif des médias en ligne, l’association à l’origine de la marche.

Jusqu'à présent, fait savoir Robest Dimanche, la police n’a auditionné que des journalistes et la femme du journaliste tué. Aucun policier n’a été auditionné, a-t-il fait savoir. « Cela traduit une négligence de la part de la police. Les présumés policiers coupables bénéficient d’une impunité puisqu’ils sécurisaient les entreprises des patrons. Il y a assez d’indices même pour des résultats préliminaires de l’enquête », a-t-il ajouté. Sur Magik9 le 8 mars, Robest Dimanche avait révélé qu’aucune autopsie n’est encore réalisée sur le corps de Maxiben Lazarre. « Le commissaire du gouvernement avait rendu une ordonnance pour la réalisation de l’autopsie, mais le responsable de l’Institut médico-légal a indiqué que l'institution qu'il dirigeait n’était pas en mesure de le réaliser parce qu’un appareil est tombé en panne. Il n’y a qu’un médecin légiste en Haïti. Mais il ne bénéficie d’aucun support de l’Etat pour effectuer son travail », avait-il déploré.

Pour le journaliste Robenson Geffrard de radio Magik9 et du Nouvelliste qui participait à la marche, les policiers impliqués dans les brutalités sur des membres de la population et sur les journalistes en particulier doivent être identifiés et sanctionnés. « Aucun journaliste ne devrait être tué dans l'exercice de ses fonctions. Nous attendons aujourd'hui encore les résultats de l'enquête sur l'assassinat en 2019 du journaliste de Radio sans fin (RSF) Pétion Rospide et de Néhémie Joseph. Vladjimir Legagneur, du journaliste de radio Vision 2000 Diego Charles en 2021. Des journalistes Wilguens Louissaint et Amady John Wesley en janvier 2022. De Léopold Dominique en 2000... la liste des journalistes tués en Haïti est longue, trop longue. Il faut que l'impunité cesse... », a dénoncé Robenson Geffrard.

Jacques Desrosiers est le secrétaire général de l’Association des journalistes haïtiens (AJH). Sa présence a été remarquée au rassemblement. Il a indiqué que l’AJH supporte toutes les initiatives visant à exiger protection pour les journalistes. « Nous dénonçons les actes d’intimidation envers les journalistes. Nous exigeons le libre accès à l’information. Nous dénonçons les brutalités policières et l’impunité dont bénéficient ceux qui assassinent les journalistes », a fait savoir Jacques Desrosiers, qui a déploré la dégradation des conditions de travail des journalistes depuis trois ans. « Certaines fois, ils sont victimes de répression et d’intimidation lors des manifestations. Dans d’autres occasions, ils sont tués ou sont portés disparus en réalisant des reportages dans des zones sensibles. Cela prouve que le libre accès à l’information et la liberté de presse est en péril », a tranché M. Desrosiers.

Les journalistes étaient seuls dans les rues mercredi. Aucune présence des acteurs politiques, des organisations de défense des droits humains qui, à une certaine époque, sous Jovenel Moïse, étaient partie prenante dans toutes les manifestations visant à dénoncer l’insécurité et ses corollaires. Un cas de figure qui n’étonne pas Robest Dimanche. « Nous sommes conscients de l’hypocrisie qui ronge la société haïtienne. On ne fait pas communauté devant l’horreur. De notre côté, comme journaliste, nous sommes convaincus que l’insécurité n’épargne aucun secteur. En conséquence, chacun doit assumer ses responsabilités », a fait savoir Robest Dimanche.



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