Sous-traitance : le spectre de la délocalisation des usines n’est pas un chantage, assure Clifford Apaid 

Publié le 2022-02-25 | lenouvelliste.com

Les usines textiles du Parc industriel métropolitain et celles de la route de l’aéroport n'ont pas pu travailler pour une deuxième journée consécutive ce vendredi. Dans une note publiée mercredi 23 février, l’Association des industries d’Haïti (ADIH) avait expliqué que cette mesure a été adoptée en vue de protéger les ouvriers et les installations. Depuis trois semaines, des syndicats d’ouvriers protestent pour exiger 1500 gourdes comme salaire minimum. L’ADIH a dit déplorer et condamner des attaques visant les usines. 

En interview sur Magik9 jeudi 24 février, le vice-président de l’ADIH, Clifford Apaid, avait indiqué que son association ne s’opposait pas aux revendications des ouvriers mais désapprouvait la méthode. D’un autre côté, Clifford Apaid a expliqué pourquoi l’industrie de la sous-traitance est très sensible, contrairement à d’autres secteurs en Haïti. « Dans certaines usines, on ne paie pas les assurances de l’ONA ou de l’OFATMA pour les employés. Les dépenses sur salaire représentent entre 1 et 5% de leurs produits. En ce qui concerne le secteur textile, le salaire représente entre 60 et 65% des dépenses. Une augmentation de salaire de 10% sur un magasin de produits alimentaires  ne représente que moins de 1/2 % sur son prix de revient, alors que dans le textile, une augmentation de 10% équivaut à une augmentation de 6% », a-t-il analysé.

Selon M. Apaid, le spectre de la délocalisation des usines n’est pas un chantage. « C’est une réalité objective. Pour construire un grand hôtel, on a besoin d’investir 40 à 50 millions de dollars pour créer jusqu’à 300 emplois. Pour construire une usine, on investit 3 000 dollars pour chaque emploi. On investit dans les infrastructures, la formation, les équipements, etc. C’est une structure très légère. Dans ce secteur, le ratio coût-salaire a un impact sur le prix de revient. C’est pourquoi j’invite le pays à surveiller le fonctionnement de ce secteur et d’agir en conséquence », a-t-il plaidé. 

Le vice-président de l'ADIH a également proposé l’augmentation des emplois dans le pays afin de baisser la tension. « Un ouvrier travaille pour nourrir près de sept membres d’une même famille. Il faut changer de dynamique. Il faut trouver une formule pour créer des emplois pour les plus de 60% de ceux qui ne travaillent pas. Il faut permettre à deux autres membres de la famille de travailler par exemple. Ainsi, il y aura trois salaires dans la maison. Quel que soit son salaire, ce sera toujours insuffisant. C’est normal. Il faut augmenter les emplois dans le pays. Il y a la sous-traitance, il y a également le tourisme, l’agriculture, etc., il faut viser tous les secteurs créateurs d’emplois », a-t-il suggéré.

Pour sa part, le syndicaliste Fignole Saint-Cyr a souligné que la menace de délocalisation des usines n’est pas nouvelle. « À chaque fois que les ouvriers exigent une augmentation de salaire, on brandit cette menace. Il n’y a jamais eu de délocalisation. Au contraire, on remarque une expansion. C’est du chantage. En un clic, on peut vérifier le salaire minimum dans les autres pays de la région. Dans ces pays, on offre aussi des avantages sociaux aux ouvriers. Ce qui n’est pas le cas en Haïti », a soutenu Fignolé Saint-Cyr.



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