Merci, Docteur Paul Farmer

Publié le 2022-02-21 | lenouvelliste.com

Ce texte publié le 27 janvier 2020, garde toute son actualité en ce jour du décès du Dr Paul Farmer. Il y était déjà dit comment le Dr Farmer avait beaucoup donné à Haïti et si peu reçu en retour de la communauté médicale, des universitaires et des autorités publiques. Le Nouvelliste soutient l’appel pour que l’Hôpital Universitaire de Mirebalais porte le nom du Dr Paul Farmer. Le Plateau central et lui, là où il est tombé en amour pour Haïti et pris femme, continueront ainsi le compagnonnage.

À travers une série d’articles, Le Nouvelliste rend hommage, dans cette édition, au Dr Paul E. Farmer, le fondateur de Zanmi Lasante et acteur majeur du monde de la santé en Haïti. 

Depuis sa résidence à Cange, dans le Plateau central, cet anthropologue et médecin, diplômé de Duke et de Harvard, marié à une Haïtienne, père de trois enfants, observe et traite Haïti.

Au fil des années, l'expérimenté médecin a étendu au monde entier son savoir et partage son expérience avec des milliers de praticiens pour changer la médecine pour les plus pauvres. 

Le Dr Farmer est le premier professeur « Kolokotrones » à l’université de Harvard, la plus haute distinction de cette prestigieuse université pour un membre du corps professoral. Il a publié dans les plus importantes revues scientifiques du monde. Dr Farmer est reconnu par ses pairs, et avec 17 livres ou manuels pour la communauté médicale ou scientifique, il partage son amour pour Haïti autant que ses connaissances médicales et anthropologiques.

Paul Farmer, ancien envoyé spécial adjoint de l'ONU pour Haïti après le séisme du 12 janvier, a été l’un des premiers, l’un des rares, à avoir plaidé en faveur de l'octroi direct de l'aide internationale à l'Etat haïtien afin d'accélérer la reconstruction, de renforcer les institutions, de créer des emplois et d'améliorer les services public. Dans un rapport officiel, publié en juin 2011, il avait souligné : «le fait que 99% du financement de secours contourne les institutions publiques haïtiennes rend par exemple le leadership du gouvernement d'autant plus difficile». On connaît la suite.

Haïti ne lui a jamais rendu d'hommage ni lui a demandé de présenter sa vision, de raconter ses expériences, encore moins n’a cherché à s’inspirer de ses travaux. 

Comme souvent en Haïti, on laisse passer sans la voir une sommité qui a tant de choses à nous dire, tant de choses à partager avec nous. 

Le ministère de la Santé publique et de la Population, les facultés de médecine, les gestionnaires de politiques publiques auraient pourtant intérêt à l’entendre, lui et d’autres qui sont sur le terrain de nos problèmes, pour des partages de solutions.

Aux Centres Geskhio, à Zanmi Lasante, à Médecins sans frontières (MSF), à la Fondation St-Luc, comme dans les plus anciennes implantations médicales en Haïti, celles qui étaient là avant que le concept d’Organisation non-gouvernementale (ONG) ne prenne naissance. Il y a tant à apprendre qu’il est dommage que nos responsables préfèrent jouer à l’autruche pour mieux se conforter dans leurs errements.

Pour toutes les vies qu’il a contribué à sauver, pour les souffrances qu’il a permis d’alléger, pour les malades qui ont trouvé traitement dans les centres de Zanmi Lasante, pour les milliers de petites mains réunies en organisation efficace qu’il a aidé à former et à déployer, pour les milliers de médecins qui apprennent de l’expérience haïtienne, pour le scientifique et l’humaniste qu’il est, Merci Docteur Farmer !



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