Le triste sort des Haïtiens qui laissent le pays par la mer

Publié le 2022-01-28 | lenouvelliste.com

Il y a ceux qui rêvent de partir. 82.4% des Haïtiens, selon les résultats d’une enquête réalisée pour le compte de l’OCID. 

Il y a ceux qui attendent le moment propice pour partir en bonne et due forme parce qu’ils ont un parent ou un ami à l’étranger qui leur fournira documents ou adresse. 

Il y a ceux qui vivent en République dominicaine qui ne laissent pas l’île mais changent de pays au gré des circonstances. Un jour ici, si les Dominicains font la chasse aux migrants. Un jour là-bas, si les conditions sont clémentes. 

Il y a enfin ceux qui prennent la mer sur de frêles esquifs.

Les Américains ont dévoilé cette semaine des statistiques qui indiquent l’ampleur du phénomène. 

D’octobre 2019 au 30 septembre 2020, sur l’année fiscale, 418 Haïtiens ont été secourus en mer par les garde-côtes américains. 

Pour l’année fiscale 20-21, 1 527 migrants haïtiens ont été interceptés en mer par les bateaux américains de surveillance. 

Depuis le 1er octobre 2021, sur les quatre premiers mois de l’année fiscale en cours, les équipages des garde-côtes américains ont secouru 802 Haïtiens. 

Deux fois plus en quatre mois que pendant toute l’année fiscale 2019-2020.

A chaque fois, il y a des enfants, des femmes et des hommes dans les bateaux. Ils mettent en jeu leur vie pour quitter le pays à tout prix.

Ceux qui sont secourus, repêchés ou capturés échappent aux statistiques des disparus et des noyés. Ils sont ramenés en vie au point de départ. Aucun d’eux n’a eu la chance d'entrer aux USA et d’y vivre librement.

Les survivants échouent des fois dans d’autres pays de la région qui ne sont pas plus accueillants que les States. 

Le sort de tous nos compatriotes qui ont choisi la mer, à court ou à moyen terme, est de revenir en Haïti ou de mourir en mer.

Au temps de la dictature des Duvalier, fin 70, début des années 80, quand Radio Haïti Inter présentait pour la première fois au grand public la vie des candidats au départ dans les Kantè, il n’était pas rare d’avoir comme explication : « dan reken pi dous pase prizon ».

Qu’est-ce qui alimente aujourd’hui le rêve de partir et donne la motivation suffisante pour qu’un Haïtien, une Haïtienne, décide de mettre sa vie dans la balance sur une improbable embarcation vers l’inconnu ?



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