Expulsion de Jean Charles Moïse des Etats-Unis, le Miami Herald évoque « des contacts douteux »

Publié le 2022-01-28 | lenouvelliste.com

Les «contacts douteux» de l’ex-sénateur Jean-Charles Moïse « pourraient lui avoir coûté son visa américain », a indiqué le Miami Herald, vendredi 28 janvier 2022, deux jours après son interpellation, son incarcération et son expulsion par l’immigration et la police des frontières à Miami. Au cours d'au moins un de ses voyages au Venezuela, Jean-Charles Moïse « avait rencontré le numéro deux du régime, Diosdado Cabello, réputé être à la tête d'un cartel de drogue vénézuélien », peut-on lire dans cet article qui cite des sources off the record.

« Cabello et Maduro font tous deux l'objet d'accusations de trafic de drogue aux États-Unis, et leurs têtes sont respectivement mises à prix pour 10 et 15 millions de dollars », a indiqué l’article, qui revient sur les évènements ayant précédé le renvoi de Jean-Charles Moïse en Haïti.

La saga de Jean-Charles Moïse a commencé lundi lorsqu'il est arrivé à Miami avec les membres d'une délégation haïtienne qui l'avaient accompagné pendant le week-end au Nigeria. Alors qu'ils transitaient par l'aéroport international de Miami, l'ex-parlementaire a été abordé par des agents des douanes et de la protection des frontières des États-Unis et emmené dans ce qu'il a décrit comme une pièce glaciale pour être interrogé. Là, il a été interrogé sur sa visite au Nigeria et sur une visite au dirigeant vénézuélien Nicolás Maduro, a-t-il déclaré. Des sources au fait de l'incident ont déclaré au Miami Herald que durant sa détention, le smartphone de Moïse a été contrôlé par des agents après qu'il avait tenté de le leur cacher. Lors de cette vérification, ils ont trouvé des «contacts douteux» et des photos de lui avec des membres clés du régime vénézuélien, lit-on dans cet article.

La vérification de tout passager aux frontières américaines « peut-être aléatoire ou résulter d'une information préalable des agents du CBP ». Dans le cas de Moïse, il a été signalé, selon le Miami Herald. Lorsqu'on lui a demandé son téléphone, il a d'abord présenté un téléphone analogique non intelligent. Les agents ont ensuite retrouvé ses compagnons de voyage et ont récupéré son téléphone intelligent. En le parcourant, ses photos et ses contacts n'ont pas aidé sa cause. Parmi eux, une photo avec Carolys Helena Pérez González, ancienne ministre vénézuélienne de la Femme et de l'Égalité des sexes dans le gouvernement de Maduro, qui fait souvent office de dépanneuse et de lien entre le régime vénézuélien et ses contacts en Haïti, a indiqué le Miami Herald. Selon une source, a poursuivi cet article, Pérez a organisé une rencontre en juin à Caracas entre Moïse et Cabello. Moïse, qui fait souvent la promotion de ses voyages sur les médias sociaux, n'avait pas révélé publiquement la rencontre, mais une photo partagée avec le Miami Herald montre les deux hommes souriant et s'empoignant les uns les autres. Une autre photo montre les deux hommes avec Pérez debout devant un drapeau vénézuélien. Selon son compte Twitter, Jean-Charles Moïse était au Venezuela la semaine du 21 juin, environ deux semaines avant l'assassinat de Jovenel Moïse, qu'il considérait publiquement comme un ennemi politique, pour assister à la célébration des «200 ans de la bataille de Carabobo», qui a scellé l'indépendance du Venezuela, a détaillé cet article.

Les États-Unis pensent que Cabello et Maduro dirigent tous deux le Cartel des soleils, une organisation qui implique des hauts responsables du régime et qui contrôle le trafic de drogue au Venezuela. En mars 2020, le ministère américain de la Justice a inculpé Maduro, Cabello et 13 autres responsables gouvernementaux de trafic de drogue et a placé d'importantes primes sur leurs têtes. Le Venezuela, qui est depuis longtemps un ennemi diplomatique des États-Unis, est de plus en plus considéré comme une halte pour les cargaisons de drogue à destination des États-Unis en provenance de Colombie, qui passent souvent par Haïti ou la République dominicaine, selon cet article.

Interrogé par le journal Le Nouvelliste, l’ex-sénateur a donné sa version des faits et annoncé des poursuites contre les Etats-Unis. « En allant au Nigéria, j’avais transité par les États-Unis. J’avais fait la même chose pour rentrer en Haïti après une visite de cinq jours au Nigeria. Arrivé devant l’agent de l’immigration, deux agents m’ont interpellé. Ils m’ont interrogé de quatre heures de l’après-midi à minuit. Ils m’ont posé uniquement trois questions : de quoi ai-je parlé avec le président Maduro lors d’une rencontre en novembre 2021 ; qu’est-ce que j’étais allé faire au Nigéria, qui j’ai rencontré et avec qui j’avais parlé ; qui m’avait aidé à planifier le rassemblement que j’avais réalisé au Trou-du-Nord le 2 janvier dernier ? », a rapporté au Nouvelliste Jean-Charles Moïse.

Le leader politique avait indiqué au journal  avoir refusé de répondre aux questions des agents de l’immigration. « Ils ont de force introduit un objet dans ma bouche pour prélever des empreintes. Les agents m’ont interrogé dans une chambre froide pendant plusieurs heures ». « J’ai été par la suite enfermé dans une cellule à l’aéroport de minuit à 7h du matin avant d’être déporté en Haïti ; ils ont fouillé dans mon téléphone, ils ne m’ont pas menotté. Les agents m’ont accompagné jusqu’à la porte de l’avion. Les Américains ont annulé mon visa et m’interdisent d’entrer aux Etats-Unis pendant cinq ans », a dénoncé l’ex-sénateur, qui a fait part de son intention d’intenter une action en justice contre les Américains. « Les Etats-Unis doivent me dire pourquoi ils ont fait tout ça. Mon emprisonnement était illégal… », a-t-il fulminé.

Expulsion d’un détenteur de visa, les Etats-Unis ont le droit

L’ex-représentant de l’OEA en Haïti, le Brésilien Ricardo Seitenfus a confié au journal Le Nouvelliste que les Américains ont le droit d’expulser un détenteur de visa. « Selon le droit international, la déportation et l'expulsion sont des actes discrétionnaires de l'État dont il n'a pas l'obligation légale de les justifier ou donner les raisons. Donc, pas de jugement de valeur. Par ailleurs, le visa d'entrée ou de rester dans le territoire d'un État étranger n'est pas un droit subjectif mais uniquement une attente de droit », a-t-il confié au Nouvelliste.



Réagir à cet article