Assassinat de Jovenel Moïse : d’anciens hauts fonctionnaires sollicitent l’OEA, la chancellerie haïtienne proteste

Publié le 2022-01-28 | lenouvelliste.com

L'ancien Premier ministre par intérim et ministre des Affaires étrangères Claude Joseph, l’ancien ministre de la Justice Rockfeller Vincent et l’ancien commissaire du gouvernement Me Bedford Claude ont rencontré, jeudi 27 janvier 2022, le secrétaire général de l’OEA, Luis Almagro. Les discussions se déroulaient autour de l’enquête sur l’assassinat du président Jovenel Moïse. Sur Twitter, Claude Joseph a indiqué que lui et ses collègues ont sollicité du secrétaire général de l’OEA « une réponse régionale face au blocage systématique de l’enquête par M. Ariel Henry (NDLR le Premier ministre) afin d’aboutir à la vérité ».

Joint par téléphone ce vendredi, l’ancien chancelier a fait savoir que la rencontre avait eu lieu à la demande des anciens hauts fonctionnaires, ce, poursuit-il, afin d’évoquer le blocage de l’enquête sur l’assassinat de Jovenel Moïse. « Le dossier implique plusieurs pays de la région, soit les pays où des suspects ont été arrêtés, soit les pays desquels ils sont ressortissants, ou encore les pays où ils sont emprisonnés. Nous avons demandé au secrétaire général de faciliter une réponse régionale au blocage systématique de l’enquête par le PM Ariel Henry », a déclaré l'ancien chef du gouvernement.

L’ancien ministre des Affaires étrangères a également indiqué qu’ils ont démontré au secrétaire général de l’OEA que l’actuel chef du gouvernement haïtien est un suspect qui fera tout pour que l’enquête n’aboutisse pas. « Quelques minutes après l’assassinat, il s’est entretenu avec Joseph Félix Badio, le principal suspect. Ce dernier, selon les révélations de Rodolphe Jaar, a rendu visite à Ariel Henry à plusieurs reprises alors qu’il était recherché par la police. Nous avons expliqué au secrétaire général de l’OEA que le PM a fait obstruction à la justice en révoquant le ministre de la Justice Rockfeller Vincent et le commissaire du gouvernement Bedford Claude. Ce sont des preuves convaincantes de sa volonté de bloquer l’enquête », a soutenu Claude Joseph, qui estime que de par sa fragilité, Ariel Henry ne peut pas engager l’Etat dans de grands projets, notamment l’organisation d'élections.

Claude Joseph indique que le secrétaire général a été très réceptif aux discussions. Selon lui, la demande des anciens hauts fonctionnaires sera examinée au sein de l’organisation. « Selon la charte fondamentale de l'OEA, une agression contre un Etat membre est une agression contre tous les Etats du continent. L’agression perpétrée contre la démocratie en Haïti justifie une intervention de l’OEA. Le secrétaire général avait déjà dit que tant que justice ne soit pas rendue en Haïti, la démocratie n’y aura aucun avenir. Il a été très réceptif à notre demande. Nous lui avons soumis un document qui expose notre point de vue. Ce document va être examiné. Nous allons poursuivre notre croisade auprès de toutes les organisations internationales qui peuvent aider à l’avancement de l’enquête », a promis Claude Joseph.

Le gouvernement haïtien proteste 

Le ministre des Affaires étrangères haïtien Jean Victor Généus s’est adressé au secrétaire général de l’OEA dans une correspondance en date du 27 janvier. Il a signifié au secrétaire général de l’OEA la « désapprobation du gouvernement haïtien face à son attitude ». « Le gouvernement haïtien vient d'apprendre avec stupéfaction que vous avez reçu aujourd'hui au siège de l'Organisation des Etats Américains (OEA) un groupe de personnes qui, sous le prétexte de faire avancer l'enquête en cours sur l'assassinat du président Jovenel Moïse vous utilisent à des fins de déstabilisation d'Haïti en vue de poursuivre des objectifs politiques personnels. Notre surprise est d'autant plus grande, Monsieur le Secrétaire général, que l'Organisation que vous avez le privilège de diriger est partie prenante avec le gouvernement à ce difficile processus d'instauration et de consolidation d'un climat de stabilité, de sécurité et de paix afin de pouvoir organiser cette année même ces élections libres, honnêtes et démocratiques devant doter au plus vite le pays d'un Président et d'élus afin d'assurer le fonctionnement démocratique de ses institutions. Ce dont les Haïtiens ont le plus besoin actuellement ce n'est plus de l'agitation, mais de préférence d'un climat d'apaisement permettant d'initier le processus devant aboutir à une amélioration des conditions socio-économiques de la population à travers cette entreprise de reconstruction des régions dévastées par les ouragans et les derniers tremblements de terre que le Gouvernement s'efforce d'initier avec divers partenaires de la communauté internationale. Ce que les Haïtiens attendent aujourd'hui de ceux qui se disent ses « amis », c'est qu'ils se sentent véritablement concernés par ses souffrances et qu'ils se joignent à ceux qui s'efforcent d'apporter des solutions à ses problèmes immédiats et non s'unissent à ses détracteurs, des pêcheurs en eau trouble dont la spécialité est d'alimenter en permanence dans le pays une situation de tension, unique voie pour parvenir à leurs fins », peut-on lire dans la correspondance.

Le ministre Généus a dit comprendre le souci du secrétaire général de l’OEA de montrer au monde qu’il est un démocrate, dont les portes sont ouvertes à tous les américains du continent. Cependant, il a appelé Luis Almagro à faire preuve d’objectivité. « Toute action entreprise avec un secteur au détriment d'un autre, toute prise de position en faveur d'un camp ou d'un autre dans le cadre de différends au sein des pays de la région peut être interprétée comme un acte politique, injuste et partial. C'est justement pour éviter cette confusion et protéger l'Institution que la Charte de l'Organisation, en vue de poursuivre la réalisation de ses buts, a pensé à créer différents organes ayant chacun une mission spécifique », a fait remarquer Jean Victor Généus. 

« Nous nous attendons à ce que ce mode de comportement ne se reproduise plus. Nous espérons pouvoir continuer à compter sur l'accompagnement de cette prestigieuse Organisation régionale que vous avez l'honneur de diriger en notre nom à tous pour nous aider à stabiliser et sécuriser le pays, consolider ses institutions démocratiques et le mettre finalement sur la voie du développement économique nécessaire au bien-être de la population », conclut le chancelier dans sa lettre. 



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