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Nostomanie, la vendange littéraire de Pierre Josué Agénor Cadet

Nostomanie, la 27e plaquette de poésie de Pierre Josué Agénor Cadet, vient de sortir sous les presses d'Imprimeur. La vente-signature de ce recueil dont le prix est fixé à mille gourdes (1 000 gdes) se fera le vendredi 11 février, 3 h - 7 h p.m. au coin du Village, Vivy Mitchell. Pour une belle soirée poétique, BIC, Jeanjean Roosevelt, Violène Dazné, Wooly Saint-Louis, Romy Pierre (Roro) pour ne citer que ces artistes, a signalé l'auteur de Nostomanie.

Publié le 2022-01-28 | lenouvelliste.com

« Toute poésie commence par la métamorphose du poète, qui devient sur l’injonction des muses prophète et prêtre du verbe ». Alexandre Sergueïevitch Pouchkine, (1799-1837).

Nous avons dévoré avec une humble délectation les pages lyriques de cette 27e plaquette de poésie de Pierre Josué Agénor Cadet : Nostomanie. Les vers du chantre de Saint-Louis du Nord se veulent un jaillissement et le long murmure d’un ruisseau d’amour qui coule et s’épanche sous le regard des premiers lecteurs. Du coup, cette phrase éclairante de Paul Éluard (1895-1952) chantonne dans notre mémoire de commentateur et d’analyste austère :

« Tourne sans reflet aux courbes sans sourires des ombres à moustaches, enregistre les murmures de la vitesse, cherche sous des cendres froides les plus petits oiseaux, ceux qui ne ferment jamais leurs ailes, résistent au vent ».

Mon propos autour de cet acte de création participe de l’intention généreuse d’accompagner les bibliophiles francophones à travers le cheminement de ce livre. Le lectorat se doit d’être accompagné et guidé dans la forêt dense de la signifiance plurielle de cette poésie innovante. C’est déjà André Chénier (1762-1794) qui disait excellemment :

« Sur des pensés anciens, faisons des vers nouveaux ».

Ce texte regorge ainsi de multiples enjeux littéraires qui feront les délices de ces consommateurs intellectuels et de fine sensation. Ce propos de prolégomènes aura pour effet de fournir des balises à la réception hospitalière de ce recueil. Ce qui aura pour finalité de les accompagner dans la vendange des fruits juteux de la création littéraire. Les thèmes de référence de cet opuscule participent d’une richesse de tonalités allant de la poésie légère des madrigaux, des épigrammes et pamphlets, bref à des coups de griffes contre des loups amers de la cité. En effet, il médite avec une verve digne d’un Vigny (1797-1863) sur les dédales de la destinée humaine. Certains de ses chants picturaux sont des tranches d’histoire romancée, stylisée selon la fantaisie du coloris de son imaginaire.

Dans des vers émouvants, il s’élève à la contemplation du Divin et de la poésie sacrée. Ce qui nous permet de faire un clin d’œil à Michel Ange (1475-1564) dans son testament.

« De sorte que je sais bien, maintenant, combien l’affectueuse imagination qui fit de l’art mon idole et mon roi. Ni peindre ni sculpter ne pourra plus apaiser mon âme toute tournée vers cet amour divin qui ouvrit ses bras en croix pour nous prendre ».

Ajouter à cela que ses métaphores croustillantes, sa fascination pour la prose poétique succulente et libre font éclater son génie excentrique. Savourons ces vers :

« Depuis que nos regards se sont croisés

Dans l’espace de la liberté des livres

Combien de mots grimés ne m’as-tu envoyés

Pour m’écrire le poème de l’amitié ? »

Son lyrisme époustouflant vous permettra, chers lecteurs, de débusquer un homme vrai, sincère, entier, sans fard ni maquillage. Encore moins celui de la fiction. Cette randonnée à travers l’univers de son Moi, dans des bouts de texte de facture introspective, soignés comme des joyaux, vous aura encore permis de découvrir les neuf visages de Pierre Josué Agénor Cadet. Ces tableaux qui le présentent comme sur une fresque le panorama de la plénitude de son être, au sommet de son art. Décapsulons sa poésie pour découvrir en lui, par cette œuvre : un poète ardent, un pamphlétaire véhément, un patriote chauvin, un philosophe profond qui s’ignore, un styliste du verbe, un thanatophobe inspiré, un psalmiste passionné de la figure féminine, un « pater familias » attendri, bref un observateur social sagace. Pierre Josué Agénor Cadet en 9 tableaux d’une netteté de timbre absolu. Nostomanie est un voyage de plaisance et de fantaisie à travers les expériences intérieures de l’auteur. C’est François René de Chateaubriand (1768-1848) qui disait tout bas, à cet effet:

« Tout le monde regarde ce que je regarde, mais personne ne voit ce que je vois »

Epris de fraternité républicaine, d’une Haïti sans barricades, il coud, au fil d’or, son rêve de replâtrer le tissu social haïtien.

Interrogeons et scrutons, au peigne fin, chaque strophe de ce recueil pour découvrir les velléités et les volitions d’un cœur ingénu. Pierre Josué Agénor Cadet s’y met à nu, avec sa sensibilité à fleur de peau, son humanisme intégral, tressaillant, les métamorphoses de son âme riche de vertus et d’imperfections toutes humaines. Lisons Nostromanie avec une gloutonnerie intellectuelle et sensitive pour voir ce que voit l’auteur dans le labyrinthe de son âme endeuillée par le mal du siècle et les turpitudes du pays, à l’heure actuelle.

Lisons Nostomanie avec boulimie, sans césure ni dichotomie, pour découvrir l’alchimie d’une âme poétique dénuée de la monotonie des manies propres à ses concitoyens Gilles Deleuze (1925-1995) et Félix Guattari (1930-1992) ont vu juste quand ils disaient admirablement :

« L’art est le langage des sensations qu’il passe par les mots, les couleurs, les sons ou les pierres ».

Bonne dégustation, chers lecteurs. Et mangez à belles dents ces fruits poétiques de saveur toute nouvelle.

Thibeaud Jean-Louis Hervé
Auteur


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