BRH : « Les perspectives pour l’économie haïtienne en 2022 demeurent mitigées »

Publié le 2022-01-27 | lenouvelliste.com

« Les perspectives pour l’économie haïtienne en 2022 demeurent mitigées », a prévenu la BRH dans le chapitre « perspectives » de la note de politique du premier trimestre de l’exercice fiscal (octobre-décembre 2021) rendue publique en début de semaine. La décote de la gourde par rapport au dollar s’est poursuivie, soit  de « 2,1 % contre 7,4 % un trimestre plus tôt ». Les prix ont continué de flamber. « En glissement annuel, le taux d’inflation s’est fortement accéléré pour atteindre 24,6 % en novembre 2021, après 13,1% en septembre dernier », selon cette Note de politique monétaire qui soutient que « le comportement du taux de change et de l’inflation dépendra, au-delà des chocs exogènes, de l’amélioration du climat des affaires ». 

Plus loin, la BRH a indiqué que « sur le plan externe la poursuite du renchérissement des produits de base sur le marché international risque d’alourdir la facture d’importations du pays et d’amplifier les pressions inflationnistes ». « En ce qui a trait aux produits de base sur le marché international, les prix de la plupart de ces derniers ont poursuivi leur hausse enclenchée depuis août 2021. En effet, l’indice FAO des prix des produits alimentaires a augmenté de 3,48 % en rythme trimestriel pour atteindre 133,7 points en décembre 2021 », lit-on dans cette Note de politique monétaire du premier trimestre de l’exercice (octobre/décembre 2021). Il n’y a pas que les facteurs externes à avoir une incidence sur les pressions inflationnistes. « Ces dernières, pourraient être exacerbées, au niveau interne, par la dégradation des conditions sécuritaires qui peut restreindre les conditions d’approvisionnement des marchés à travers le pays », a fait savoir la BRH, qui a évoqué la dégradation du climat des affaires.

« Au premier trimestre de l’exercice 2021-2022, l’activité économique a été marquée par la dégradation du climat des affaires tributaires de la détérioration des conditions sécuritaires et des périodes prolongées de rareté de carburant », a indiqué la BRH, soulignant que « cette situation a affecté la production des biens et des services et a renforcé davantage la posture attentiste des agents économiques ». « En effet, a expliqué la BRH, les difficultés liées au transport, entre autres, ont occasionné des raretés de certains intrants et ont poussé certaines entreprises à la suspension temporaire ou définitive de leurs activités, pendant que d‘autres ont dû fonctionner à horaire réduit ».

D’autres ombres planent sur ledit tableau. Reprenant, pour le secteur agricole, les données de la Coordination nationale de la sécurité alimentaire (CNSA) et celles de Famine Early Warning Systems Network (FewsNet), la Note de politique monétaire fait « état d’une faible disponibilité de semences pour les mois d’octobre et de novembre, en raison d’une production en-deçà de la moyenne lors des périodes précédentes ». « Parallèlement, les conditions sécuritaires ont interrompu une fois de plus les chaines d’approvisionnement locales, alimentant les anticipations négatives des agents économiques », a indiqué la BRH. « Cet attentisme, poussant à reporter ou à annuler certaines décisions de consommation et d’investissement, s’est reflété dans l’évolution de tous les secteurs de l’économie, particulièrement au niveau du crédit ». Pris ensemble, le crédit aux entreprises et à la consommation a reculé de 1,5% par rapport au trimestre précédent, poursuit la BRH qui souligne l’impact sur les entreprises, sur des emprunteurs des banques. « De même, une augmentation du taux d’improductifs a été observée, ce qui témoigne d’une détérioration de la situation financière des entreprises et des ménages débiteurs », a indiqué la BRH .

Marché des changes

En dépit d’une hausse de la demande de devises alimentée notamment par les besoins aux fins migratoires, et le repli de 8,37 % des transferts par rapport aux deux premiers mois du trimestre passé, le taux de change a connu une évolution relativement stable, passant de 97,84 en septembre à 99,86 gourdes pour un dollar ÉU en décembre 2021. Ainsi, sur le trimestre, la gourde s’est dépréciée de 2,1 % contre 7,4 % un trimestre plus tôt, selon cette note de politique monétaire.

La BRH, dans ses interventions sur le marché des changes « dans un contexte marqué par un financement monétaire élevé et la persistance de chocs négatifs sur les investissements », a indiqué avoir « a procédé à des injections totalisant 127 millions de dollars ». « Ce qui a aussi permis, a expliqué cette note de politique monétaire, de stériliser environ 12 milliards de gourdes de liquidité ».

Si la BRH stérilise, agi pour qu’il y a moins de liquidités en gourdes à pourchasser le dollar, elle poursuit son action dans un contexte de « repli de 8,37 % des transferts par rapport aux deux premiers mois du trimestre passé » et « des mouvements saisonniers à la baisse, attendus pour le trimestre à venir ». La banque centrale, a révélé cette note de politique monétaire, « a dû moduler ses interventions sur le marché des changes de façon à préserver ses réserves nettes de change ». « Des achats nets de l’ordre de 11 millions de dollars ont été enregistrés d’octobre à décembre 2021, contre celui de 2,8 millions de dollars au trimestre précédent », a détaillé la BRH qui rassure par rapport à ses réserves nettes internationales. « En dépit des interventions de la banque centrale pour lisser les fortes variations du change, la BRH », lit-on dans cette note de politique monétaire « a pu conforter son coussin de réserves internationales nettes (RIN), lesquelles ont atteint 507,71 millions de dollars américains en décembre 2021 contre 457,61 millions au trimestre précédent. Dans le même temps, les réserves brutes ont été estimées à plus de 3,5 mois d’importations ».

« Quant au secteur externe, une baisse des transferts et une faible progression du taux de change ont été constatées, tandis que de l’évolution combinée des importations et des exportations s’est traduite par une amélioration du solde commercial en octobre 2021. Ainsi, a poursuivi cette note de politique monétaire, les importations se sont élevées à 293,78 millions de dollars américains, en baisse de 5,69 % par rapport à juillet 2021 ». « Parallèlement, a indiqué la note de politique monétaire, les exportations ont crû de 25,68 % par rapport à juillet pour atteindre 130,72 millions de dollars américains. Les transferts privés sans contrepartie, provenant des États-Unis (67 %) et du Chili (8 %), se sont établis à 535,87 millions de dollars américains d’octobre à novembre 2021, tout en reflétant la saisonnalité constatée récemment au niveau de ces envois de fonds ».

Hausse des recettes mais poursuite du financement monétaire

« Nonobstant la paralysie partielle des activités au début de l’exercice qui a significativement impacté les organismes publics, les taxes et impôts collectés par l’État haïtien sur le trimestre ont connu une hausse de 3,3 % comparativement au trimestre précédent, passant de 24 871,57 milliards de gourdes à 25 692,2 milliards de gourdes. La hausse des recettes est conforme à la tendance généralement observée au cours de cette période, traduisant le paiement annuel de certaines taxes, notamment celles relatives à l’émission des nouvelles plaques d’immatriculation », selon la note de politique monétaire.

« L’analyse des opérations budgétaires et de trésorerie pour le premier trimestre de cet exercice indique que les recettes fiscales ont représenté 37,94 % des ressources totales de l’État. Cependant une tendance inverse a été enregistrée dans les dépenses publiques qui ont baissé de 13,8 % pour totaliser ainsi 45 220,9 milliards de gourdes au cours du trimestre sous étude, soit 51 % du total des décaissements effectués par l’État et 2,7 % du PIB de 2021. Ces opérations du Trésor public se sont soldées, a quand même indiqué la note de politique monétaire, par un déficit donnant lieu à un financement de la BRH à hauteur de 20 878,3 milliards de gourdes, en dépit des émissions des bons du Trésor ». « En effet, sur le trimestre sous-étude, l’encours de ces titres s’est porté à 35 844,32 milliards de gourdes. En termes nets, les émissions de bons du Trésor sur le premier trimestre 2022 ont permis de couvrir des besoins de financement à hauteur de 1 644,32 milliards de gourdes », selon cette Note.

BRH, le pacte de gouvernance et les jalons d’un accord avec le FMI

« La mise en place d’un budget réaliste et la recherche d’une meilleure coordination entre les politiques fiscale et monétaire à travers le suivi rigoureux d’un pacte de gouvernance économique et financière, devraient limiter l’effet monétaire dans l’alimentation des pressions inflationnistes », a indiqué la BRH. « De même, l’engagement et les actions des autorités publiques dans le sens de l’amélioration du cadre macroéconomique, devraient jeter les bases pour la discussion et la signature d’un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) », a indiqué la BRH, soulignant qu’un  « tel accord faciliterait la matérialisation de l’engagement des bailleurs dans le cadre de la relance du grand Sud et viendrait renforcer les ressources de l’État nécessaires au financement des dépenses d’investissement susceptibles de stimuler l’investissement privé ». « Parallèlement, ceci permettrait de limiter le recours au financement monétaire et faciliter ainsi la stabilisation du change ainsi que l’atténuation des effets rémanents de l’ajustement des prix à la pompe sur les prix à la consommation », selon cette Note, qui a partagé les éléments pour soutenir ses prévisions de « perspectives » qui demeurent mitigée pour l’économie haïtienne en 2022.

Comme à chaque fois, le système bancaire reste rentable. « L’analyse des indicateurs et ratios financiers, calculés à partir des données disponibles au 30 novembre 2021, font état d’une amélioration de la structure financière et de la rentabilité du système bancaire. En effet, les actifs du système ont augmenté de 1,31 % par rapport au 4e trimestre de l’exercice précédent. Ce résultat positif résulte de la progression, entre autres, des « Avoirs dans les banques locales » de 34 % », peut-on lire dans cette Note de politique monétaire du premier trimestre.



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