Plus de 82% des Haïtiens rêvent de quitter le pays, révèle une enquête

Les résultats de l'« Enquête nationale sur les préoccupations de la population et ses perceptions des valeurs et des institutions de la démocratie » menée par l'OCID (Observatoire citoyen pour l'institutionnalisation de la démocratie), en partenariat avec le National Democratic Institute (NDI), l'USAID, entre autres, viennent d'être rendus publics. Ces derniers ont été présentés à l'hôtel Karibe en présence des représentants de partis politiques, de parlementaires, d'acteurs de la société civile, jeudi 27 janvier 2021. À partir de plusieurs paramètres considérés, les rapporteurs estiment « inquiétantes » les données montrant la baisse de l'intérêt des citoyens à la vie politique en Haïti. Le rêve de la grande majorité d'entre eux est d'aller vivre ailleurs.

Publié le 2022-01-27 | lenouvelliste.com

Les données récoltées sur le terrain du 9 au 17 octobre 2021 ont été comparées à celles d'une enquête réalisée par l'OCID en 2015. Elles révèlent une hausse du taux de citoyens qui se désintéressent de la politique de 2015 à 2021. 32.5 % des citoyens questionnés n'ont pas l'intention d'aller voter aux prochaines élections alors que 23% se retrouvaient dans cette catégorie dans un contexte électoral semblable en 2015. Si 64% des citoyens s'étaient préparés à aller voter en 2015, ce pourcentage chute à 46%, 6 ans plus tard.

Plaçant leur enquête dans un contexte pré-électoral, l'OCID s'est penché vers l'ONI (Office national d'identification) pour avoir une idée de l'état d'avancement d'enregistrement des citoyens sur la liste électorale. « On a pas pu avoir toutes les données. Les employés de L'ONI ont refusé de répondre à nos questions sur ordre de leurs supérieurs hiérarchiques. Nous avons écrit aux responsables de l'ONI pour obtenir l'autorisation de questionner les employés, mais en vain », explique un rapporteur de l'OCID selon qui le système de l'ONI n'est pas transparent. Cependant une bonne partie des citoyens questionnés disposent déjà de leur carte ou ont déjà entamé le processus pour la recevoir, poursuit-il.

Les enquêteurs se sont aussi intéressés, à part les élections, aux formes de participation citoyenne « moins traditionnelles » à la vie démocratique, comme la pétition, les manifestations, la grève, les protestations à travers les réseaux sociaux et les actes de désobéissance civile. Seuls 12.9% d'Haïtiens ont déjà signé une pétition, rapportent les enquêteurs de l'OCID. Un peu plus ont déjà pris part à des « manifestations pacifiques », 17.8% et les grèves, 23.2%. À un moment où à travers le monde, les protestations sur les réseaux sociaux deviennent courantes, 14.2% des citoyens haïtiens s'y versent. 10% posent des « actes de désobéissance civile » et très peu, 2.4%,  des « actions directes », selon le rapport de l'OCID. Sont considérées comme telles: les barricades, les pneus enflammés et le jet de pierre sur les voitures.

Par ailleurs, d'autres facteurs ont été pris en compte pour mesurer l'intérêt que portent les Haïtiens au pays, à la politique et la démocratie. 82,4% des Haïtiens veulent quitter le pays, révèle le travail de l'OCID. Les hommes sont majoritairement intéressés à émigrer, précise t-il. Le pourcentage monte à 84% quand seuls les gens de sexe masculin sont considérés. Quand nos enquêteurs ont posé la question aux personnes rencontrées, la plupart d'entre elles ont ri et fait savoir que la question ne se pose même pas, raconte le rapporteur de l'OCID. 77.1% des citoyens haïtiens pensent que le développement économique est « certainement plus important » que la démocratie. 15.9% choisiraient la démocratie au détriment du développement économique  et 7% pensent que les deux sont d'importance égale. 

« Pour la réalisation de l'enquête, l'OCID a déployé 1020 enquêteurs et enquêtrices, répartis en 510 paires à travers les 10 départements géographiques du pays », lit-on dans un document de présentation. Les interviews ont été menées auprès d'un échantillon de 3600 Haïtiens, « un échantillon aléatoire et très représentatif qui permet d'extrapoler les résultats de l'enquête à la population, avec une faible marge d'erreur (1.5%) et un niveau de confiance de 95% », indique le document.



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