« Haïti, le Printemps de l’Art » : vernissage de l’exposition Possédée

Expression galerie d’art a réalisé, le samedi 29 janvier 2022, le vernissage de « Possédée », une exposition qui met en valeur les œuvres d’une seule artiste : Anne-Isabelle Bonifassi. Entre syncrétisme et exaltation de l’histoire haïtienne, « Possédée » est l’expression d’une spontanéité artistique, une série d'œuvres délivrées au dictat « des âmes prodigieuses » qui ont conduit Haïti vers l’indépendance.

Publié le 2022-01-25 | lenouvelliste.com

Pour sa deuxième édition, « Haïti, le Printemps de l’Art » accorde une large place aux femmes. 25 sont en exposition à la Maison Dufort à l’initiative du Centre d’art. Expression Galerie d’art, pour sa part, a choisi d’accorder son espace à une seule :  Anne-Isabelle Bonifassi. L’artiste a sorti le grand jeu pour attirer les regards curieux. Elle propose « Possédée », une série d'œuvres consacrées au vaudou et à l'histoire haïtienne.

Les travaux scénographiques de « Possédées » donnent à voir depuis le seuil de la salle d’exposition des portraits de Erzulie Dantor avec des harmonies de couleurs différentes : orange, bleu ou rose. D’autres de Erzulie Freda avec des harmonies de couleur jaune et rose. Les deux portraits de Sanite Belair, situés un peu à droite des patronnes de la mythologie haïtienne, sont aussi sujets à l’appétence. Composés chacun d’une harmonie bleue et d’une harmonie rouge, ils sont incrustés dans des encadrements confectionnés par l’artiste. « Possédée, c'est aussi le portrait de Makandal. Mais le Nègre Marron apparaît sous une allure autre que celle qu’on lui reconnaît. La tête recourbée avec une chevelure, des barbes portant un collier fait avec des paillettes. L'une des plus belles pièces de la série reste cependant le portrait d’un guerrier réalisé sur du vitre.

L’inspiration de ces œuvres est pour le moins mystérieuse. Anne-Isabelle, persuadée que l’indépendance haïtienne est le fruit de la bienfaisance d’esprits magiques et rebelles, des loas puissants et omniprésents, a révélé avoir été possédée par ces âmes prodigieuses pour réaliser cette série d'œuvres. « Je rêve de mes tableaux. Ils sont presque tous venus de mes rêves. J’ai été guidée par toutes ces âmes qui m’ont demandé de les peindre », a confié l’artiste, qui ne se considère ni comme peintre vaudou ni comme vaudouisante. Elle a confié que, souvent, elle était obligée de mener des recherches pour déterminer l’identité des personnages de ses peintures après les avoir réalisés. Par exemple, elle a avoué qu’elle ne savait pas que la sirène était un loa avant d’avoir fait des recherches approfondies.

Durant la réalisation de cette série, Anne-Isabelle a rapporté que peindre était un devoir avant d’être une tentative d’évasion. « Plus je suis stressée, plus je peins. Durant la période de peyi lòk (2019) j’ai fait beaucoup plus de rêves ou de cauchemars que d’habitude. Au lendemain, à mon réveil, je devais peindre ; c’était plus fort que moi. Même si j’avais d’autres choses à faire, j’allais dans mon atelier et je peignais les images que je voyais dans mes rêves », a-t-elle raconté, soulignant que ses premiers travaux sur la série « Possédée » ont commencé entre 2017 et 2018.

L’histoire et le vodou ont toujours été les thèmes dominants de la peinture haïtienne ; les sources d’inspiration les plus éxploitées par nos artistes. Si Anne-Isabelle s'en inspire également, elle a sa marque d’originalité : l'expérimentation de plusieurs variétés de techniques et de matériaux. Madame Bonifassi fait de la peinture sur bois à grande échelle recouvertes de résine et agrémentées de métal découpé. Elle a expérimenté également la technique mixte sur bois et verre. Comme peintre, Anne-Isabelle travaille aussi l’acrylique sur toile et l’acrylique sur harboard. Elle peint des tableaux au couteau, d’autres aux doigts, et certains aux pinceaux. « J’ai l’avantage d’avoir appris dans mon passé tellement de techniques et de matériaux différents que les mettre ensemble a donné des résultats assez intéressants », s’est-elle réjouie.

L’artiste n’a fait ni école d’art, ni fréquenté de maîtres dans la peinture. Elle a tout appris sur le tas. Son avantage, comme elle le dit souvent, c’est d’avoir été au portail de plusieurs cultures différentes. Elle a grandi entre le Mali, la Côte d’Ivoire, la Guyane, le Vietnam et le Canada. 

« Possédée » est la première exposition de Anne-Isabelle Bonifassi. C’est une exposition-vente qui durera jusqu’au 14 février 2022.



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