Fritz Alphonse Jean : le redressement économique est tributaire de la paix sociale

Lors d’un déjeuner-débat tenu mardi au Karibe Convention Center auquel ont pris part des professionnels de l’économie et de la finance, plusieurs propositions ont été formulées en vue de sortir le pays de ce bourbier dans lequel patauge une frange importante de la population depuis plusieurs décennies. Prenant part à cette causerie organisée par la Chambre franco-haïtienne de commerce et d’industrie, l’ancien gouverneur de la banque centrale Fritz Alphonse Jean plaide en faveur d’un consensus débouchant sur la paix sociale en vue du redressement économique du pays.  

Publié le 2022-01-28 | lenouvelliste.com

Assises, conférences-débats, causerie, déjeuner-débat, la situation économique du pays est débattue partout et sous plusieurs appellations. L’idée est de proposer des solutions afin de faire face à la dépression économique et redresser le pays économiquement. Il y a l’urgence en la demeure et le secteur privé se montre impliqué. Des professionnels sont consultés. Ces derniers ont analysé la situation du pays au cours du dernier exercice fiscal et proposé des pistes de solution pour sortir le pays définitivement du marasme économique et de la crise chronique.

De l’avis de l’ancien président de la Chambre de commerce et d’industrie du Nord-Est, la paix sociale demeure la principale voie conduisant à la relance économique. Cette paix sociale, poursuit-il, est le point d’ancrage pour arriver aux élections et redéfinir l’État. Celle-ci est tributaire d’un consensus entre les différents acteurs et dépend particulièrement de la mise en commun des potentiels des fils du pays. Pour y parvenir, l’économiste croit qu’il est urgent d’initier un dialogue autour de ce qu’on veut faire de ce pays. Il faut, insiste-t-il, tout faire pour sortir le pays de ce capitalisme de connivence dans lequel il se démène.

À l’ère de l’économie du savoir, il est plus qu’urgent de redresser l’économie, au dire de M. Jean. Pour y arriver, l’un des points indispensables est la redéfinition de l’État. Pour le moment, fait remarquer M. Jean, l’État faillit à sa mission à tous les niveaux. La faillite de l’État est visible, rappelle-t-il, dans la santé, la justice, l’éducation et la sécurité. L’économiste déplore le fait que l’État se montre aussi incapable d’apporter des réponses aux problèmes de la population. Prenant l’exemple de Sainte-Suzane, l’intervenant désapprouve la qualité d’éducation que reçoivent les enfants.  

De l’avis de l’ancien gouverneur, l’économie du pays est structurée de telle sorte qu’elle produit de la pauvreté ; en témoigne sa politique monétaire. Entre le taux de change officiel et celui pratiqué dans le pays, il y a une différence d’environ 15 gourdes. Considérant que ce sont les plus pauvres qui reçoivent les transferts, Fritz Jean affirme qu’il n’est pas possible que l’État agisse ainsi à l’endroit de cette importante tranche de la population. Citant l’économiste Pierre Mary Boisson, l’ancien gouverneur assure que si l’on tient compte de l’inflation, le receveur d’un transfert, dans de telles conditions, perd environ 40% de son pouvoir d’achat.

Tout compte fait, l’homme qui aspire à la présidence provisoire du pays croit qu’il faut à tout prix arriver à la paix sociale afin de lancer les grands chantiers visant le développement du pays. Se montrant très critique à l’encontre des anciens dirigeants du pays, Fritz Jean affirme qu’il est urgent pour le pays d'être redressé économiquement. On ne peut pas y arriver, soutient-il, avec une masse aussi importante de gens non éduqués, avec un pays aussi inégalitaire. Voilà pourquoi le redressement demeure un chantier qui exige une autre forme de gouvernance, avec l’intégration de tous les Haïtiens, propose-t-il.



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