Les points de vue d’Etzer Emile en vue d’un redressement économique du pays

À l’initiative de la Chambre franco-haïtienne de commerce et d’industrie, un déjeuner-débat a été tenu le mardi 19 janvier à l'hôtel Karibe. C’était l’occasion pour des professionnels de l’économie et de la finance de donner leur point de vue sur l’urgence d’un redressement économique dans le pays. L’économiste Etzer Emile, à partir de cinq considérations, a fait le tour du sujet et proposé des solutions à ce redressement.

Publié le 2022-01-24 | lenouvelliste.com

Trois mois se sont déjà écoulés dans le nouvel exercice fiscal. Tandis qu’on vient de connaitre une croissance économique négative pour la troisième année consécutive, aucun chantier n’est annoncé. L’on prend les mêmes et l’on recommence. Pourtant tous les indicateurs sont au rouge. Dans l’optique d’un réveil citoyen, la Chambre franco-haïtienne de commerce et d’industrie a invité des professionnels chevronnés à donner des pistes de solutions en vue de stopper cette léthargie dans laquelle sont plongées trop longtemps les autorités du pays et une frange importante de la société civile.

En présence d’un auditoire composé, pour la grande majorité, d'entrepreneurs  d'étudiants, Etzer Emile a passé en revue la performance du pays pour le dernier exercice avec un produit intérieur brut (PIB) qui ne cesse de chuter, une croissance économique négative, des investissements publics ne dépassant pas les 90 millions de dollars américains, des recettes domestiques avoisinant les 31% des dépenses totales de l’État et un secteur bancaire porté par la vente des devises américaines. Par rapport à ce climat d’échec et de déficit d’initiatives, l’économiste avance cinq considérations incluant à la fois problèmes et solutions.

L’histoire et le présent ont guidé une partie du raisonnement de l’économiste. C’est une économie qui ne produit pas de richesses. En témoigne le PIB et la croissance économique du pays pour les trois dernières années. La situation devient encore plus corsée quand on fait le rapprochement entre croissance économique et croissance démographique. Des données qui démontrent plus clairement que l’Haïtien devient plus pauvre chaque année.

Cette situation n’est pas le produit du hasard, de l’avis du PDG de Haïti Efficace, c'est toute une construction. « On ne pouvait pas espérer mieux quand nos dirigeants n’ont fait choix d’aucun modèle économique », a-t-il soutenu. Au lendemain de l’indépendance, on a assisté à la destruction des plantations. La main-d’œuvre n’était plus disponible, et on n’arrivait pas à construire un autre modèle de travail.  L’isolement de l’international, les dépenses de l’État concentrées sur la défense nationale, le morcellement du pays sont des facteurs non négligeables à considérer dans la situation de l’heure. De 1825 jusqu’au début du XXe siècle, les recettes maigres de l’État étaient destinées à payer la dette de l’indépendance. Autrement dit, cent ans de retard qu’on n’arrive pas encore à compenser.

Ajoutez à tout cela les grandes vagues de libéralisation du marché en 1987 et en 1995, sans oublier la période de l’embargo, les catastrophes naturelles et les crises sociopolitiques à répétition. La question économique a rarement été prise en compte dans l’agenda politique des différents régimes qui se sont succédé.

Quoiqu’on soit dans une situation urgente de redressement économique, Etzer Emile croit qu’on doit prendre le temps de tout remettre en place. Le quick réponse ne fonctionne pas toujours. Il invite, par ailleurs, les décideurs à surseoir aux petits projets. Les balises sont, a-t-il fait savoir, aussi importantes que les réalisations. Ainsi, a poursuivi le conférencier, en vue de ce redressement, ce n’est plus le temps de réformer mais de transformer en commençant par la fiscalité.

Le redressement, assure l’économiste, est une chose profonde. Il déplore le fait que fiscalité rime avec recettes dans le pays. La transformation prônée par Etzer Emile est que la fiscalité devienne un objet économique, une fonction économique. Il est inconcevable, a-t-il déploré, que les prêts de l’État soient orientés vers le fonctionnement. « Cette nouvelle façon de faire doit prendre également en compte l’éducation de nos enfants. Elle doit également toucher cette administration publique anti-investissement, anti-croissance ».

« C’est le temps d’un replâtrage complet », a ajouté l’intervenant, ajoutant qu’avant toute chose, il s’avère nécessaire qu’on définisse un modèle économique. Pour le moment, a-t-il constaté, c’est un modèle basé sur l’importation qui prévaut dans le pays. « Comment redresser la barre dans une telle économie ?», s'est-il questionné, mentionnant également la concentration du marché où les 18 produits les plus consommés dans le pays sont dans une situation d’oligopole.

Ainsi, le redressement prendra du temps, a prévenu M. Emile. Il en faut beaucoup pour changer la donne. Pour y parvenir, Etzer Emile promeut un État développementaliste, un État avec des initiatives. Donc, il faut commencer par redresser l’État, car, a-t-il insisté, le développement économique n’est pas sorcier. Il faut toute une planification, tout un cheminement. « On doit commencer par rompre d'avec la création des petits projets pour mettre l’emphase sur la planification sur le long terme », a-t-il recommandé.



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