La politique haïtienne de plus en plus prise en charge par l’étranger

Publié le 2022-01-19 | lenouvelliste.com

Près d’un mois après la tenue d’une réunion de haut niveau sur Haïti convoquée par les États-Unis d’Amérique, c’est au tour du Canada de faire pareil. 

Le Canada, depuis sa mésaventure avec les élections de 2010-2011, s’était tenu loin de la cuisine politique haïtienne. Il revient en acteur de premier plan en 2022.

Le premier ministre du Canada Justin Trudeau et celui d’Haïti, Ariel Henry, prendront part à cette rencontre qui réunira au chevet de la crise haïtienne un Core Group élargi.

La réunion américaine de décembre avait donné de l’oxygène au gouvernement Henry et permis au pays de récolter des promesses en termes d’appui pour renforcer sa sécurité.

Concrètement, on ignore ce qui a été délivré comme formation, armement et stratégie aux forces de sécurité haïtienne, mais le bilan depuis décembre est bien meilleur que celui des mois d’octobre et de novembre 2021.

Même le dossier entourant l’assassinat du président Jovenel Moïse a bougé depuis la dernière conférence internationale sur Haïti. Les États-Unis ont pris les choses en main. La Jamaïque, le Panama, la République dominicaine et même la Colombie ont coopéré pour permettre arrestations ou extraditions de suspects. Des juges américains sont à l’œuvre pendant que la justice haïtienne fait du sur place.

La conférence internationale du 21 janvier intervient alors que de plus en plus de voix soulignent que le mandat d’Ariel Henry arrive à son terme le 7 février 2022 avec la fin du mandat du président Jovenel Moïse qui l’avait nommé.

Il y a eu aussi ces derniers jours des changements sur l’échiquier politique. Une entente a été trouvée entre les accords de Montana et du PEN, le sommet de Louisiane s’est tenu et les dépôts de candidatures pour les postes de président et de premier ministre sont complétés. Des élections sont annoncées.

La conférence canadienne va-elle déboucher sur un prolongement du mandat d’Ariel Henry, sur une clarification de ce mandat ou va-t-elle imposer un échéancier précis au premier ministre ?

Quelles que soient les conclusions du sommet canadien sur Haïti, la communauté internationale a l’obligation de vraiment aider Haïti à renforcer ses moyens sécuritaires et économiques.

Trouver une solution politique crédible est une chose, mais il ne faut pas laisser le pays et les Haïtiens partir à la dérive en 2022.

Après l’augmentation significative des prix des produits pétroliers, l’inflation et la croissance négative du Produit Intérieur Brut pèsent sur le quotidien de la population. Il faut des ébauches de solutions. On a bu le remède de cheval, mais pas encore reçu les carottes.

Il n’y a pas encore une prise en main véritable de la PNH ni sa fusion opérationnelle avec les FAD’H pour permettre au pays de disposer de forces de sécurité plus efficace. 

L’inaction, le flottement ou l’hésitation permanente qui empêche de mettre les forces publiques en ordre de marche sont préjudiciables à la bonne marche du pays.  Il est temps d’être clair sur l’avenir qui se dessine plus de six mois après l’assassinat du président Moïse.

La conférence canadienne va-t-elle insuffler plus de confiance dans le leadership politique en charge de nos institutions ou laisser entrevoir un autre chemin ? 

Cette année plus qu’avant, chaque acteur politique haïtien affiche son allié étranger : un général, un ancien diplomate, un élu du Congrès américain, un ambassadeur ou autre. Que les intérêts d’Haïti et des Haïtiens restent le dénominateur commun de tous car le temps passe. 



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