Jaar, Handal, visa pour les étudiants haïtiens en République dominicaine, le chancelier Jean Généus fait le point

Dans une interview écrite accordée mardi au Nouvelliste, le ministre haïtien des Affaires étrangères a apporté certaines précisions sur l’arrestation à l’étranger de Rodolph Jaar et de Samir Handal, pour leur implication présumée dans l’assassinat du président Jovenel Moïse. Jean Victor Généus s’est exprimé aussi sur les questions relatives au visa étudiant pour les Haïtiens en République dominicaine et l’expulsion des femmes haïtiennes enceintes du territoire voisin.

Publié le 2022-01-13 | lenouvelliste.com

Le Nouvelliste : Le gouvernement haïtien compte-t-il introduire auprès des autorités américaines une demande d'extradition de Palacios ?

Jean Victor Généus : Il existe un traité d’extradition entre Haïti et les USA. Le crime odieux du 7 juillet passé a été commis sur le territoire haïtien. Les autorités haïtiennes peuvent étudier l’opportunité d’une telle demande tout en fournissant toutes les garanties sur les plans légal et sécuritaire. Une telle demande rentre dans le cadre de la coopération dans la lutte contre le crime transnational.

Le Nouvelliste : Comment avance le dossier Samir Handal avec la Turquie ? 

Jean Victor Généus : Les dossiers exigés par la justice turque dans le cadre de l’affaire Handal ont été transmis à  l’ambassade de Turquie en République dominicaine.

L. N. : Avez-vous abordé avec les autorités dominicaines la situation de Rodolphe Jaar qui est recherché par la justice haïtienne pour son implication présumée dans l’assassinat du président Jovenel Moïse ?

J.V.G : La question relative à l’arrestation du fugitif et suspect Rodolphe Jaar n’a pas été abordée. Les deux délégations se sont rencontrées dans l’après-midi du 6 janvier alors que la nouvelle de l'arrestation du fugitif a été annoncée le 7 janvier. J’ai insisté auprès des autorités dominicaines sur la nécessité du renforcement de la coopération entre les deux pays dans le combat contre le crime transnational. La stabilité et la paix des deux côtés de la frontière en dépendent.

L.N : La bonne nouvelle de la fin de semaine écoulée est le rétablissement du processus de délivrance de visa aux étudiants haïtiens en République dominicaine. Comment la diplomatie haïtienne a-t-elle pu obtenir le déblocage de la situation ? Quelles ont été les étapes ? Combien de visas vont être délivrés par mois ? A quelles conditions ?

J.V.G : Comme nouvelle approche, nous estimons qu’il faut faire preuve de sérénité à travers une réflexion stratégique au bénéfice de nos intérêts nationaux et des priorités établies. Dans cet objectif, il faut rétablir une relation apaisée, consensuelle et constructive avec la République dominicaine. En d’autres termes, réinstaller le « vivre-ensemble » malgré le déséquilibre économique et commercial et les différends qui ponctuent souvent les relations entre les États voisins.

Nous avons rencontré la délégation de la République dominicaine le 6 janvier en marge du Sommet de la Celac. D’entrée de jeu, j’ai fait connaître au chancelier dominicain qu’Haïti n’a aucun doute sur les bonnes intentions du président Abinader d’aider Haïti à retrouver le chemin de la stabilité, de la paix et de la croissance économique. Toutefois les démarches qui se font au niveau international doivent être effectuées en concertation avec les autorités haïtiennes. Comme tout bon médecin qui dialogue avec son patient, la RD doit d’abord s’adresser à nous pour des questions qui nous concernent directement.

Nous n’avons pas la prétention d’imposer des limites aux interventions du président. Nous partageons ses préoccupations et souhaitons continuer la route ensemble. Nous avons abordé avec le chancelier la question du visa pour les étudiants haïtiens. Il y a eu un arrêt à la suite de la décision des autorités dominicaines de procéder à un filtrage pour éviter que des indésirables ou des personnes non qualifiées ne bénéficient de ce statut. Le chancelier a annoncé la reprise de ce processus et de sa conclusion à la grande satisfaction des étudiants haïtiens. Le suivi sera assuré par notre ambassade.

L.N. : Pendant vos pourparlers avec les diplomates dominicains, avez-vous soulevé le rapatriement forcé des femmes haïtiennes enceintes en République dominicaine ? Si oui, que va-t-il se passer concrètement ? Si nom, pourquoi la diplomatie haïtienne préfère-t-elle éviter ce sujet ?

J.V.G : La question de la présence des femmes haïtiennes dans les hôpitaux dominicains et les divers cas d’expulsion qui s’en sont suivi a été aussi abordée. La solution durable à ce problème ne se fera pas de façon unilatérale mais avec une coopération étroite entre les deux pays. Des projets binationaux envisageant la mise en place de structures sanitaires (polycliniques materno-infantiles) n’ont pas encore démarré. Les femmes  haïtiennes dûment autorisées continueront à avoir accès à certains centres hospitaliers. D’autres seront refoulées. C’est une décision souveraine. Entre-temps, les deux pays doivent prendre toutes les dispositions pour que soient neutralisés les réseaux de passeurs encourageant les femmes haïtiennes à utiliser les hôpitaux dominicains tout en les exploitant financièrement.

L. N : Le ministère des Affaires étrangères a-t-il pu retrouver la trace des millions de dollars provenant de l’émission de passeports qui se sont volatilisés ou qui ne sont pas encore perçus dans les différentes missions aux USA ?

J.V.G : Notre diplomatie est marquée par une certaine inertie. Elle est aussi ternie par des scandales au sein de certaines représentations faisant parfois la une des journaux et le menu de la presse haïtienne elle-même. La présence scandaleuse d’un nombre assez élevé de fonctionnaires et de contractuels coûte très cher à l’État haïtien et ne garantit en rien l’efficacité dans la gestion de notre diplomatie. Il faut d'urgence se pencher sur ce dossier et entamer cette réforme administrative à partir de critères objectifs et transparents.

Des audits ponctuels seront effectués dans des missions où des cas avérés de corruption ont été signalés. Chaque mission aura à adresser périodiquement à la chancellerie son rapport financier et s’assurer que tous les frais collectés au nom de l’État soient transmis régulièrement et sans retard à la Direction générale des impôts. Les missions recevront leurs feuilles de route qui correspondront aux priorités définies dans chaque zone d’accréditation.

Propos recueillis par Robenson Geffrard



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