Mauvais traitements aux migrants haïtiens à Del Rio, une action en justice intentée contre le gouvernement américain                          

Publié le 2021-12-22 | lenouvelliste.com

 Alléguant des violences physiques, de la discrimination raciale, le refus de fournir des produits de première nécessité et des traitements médicaux, ainsi que l’absence totale de traitement des demandes d’asile, Haitian Bridge Alliance, 11 demandeurs d’asile haïtiens, Justice Action Center et Innovation Law Lab ont intenté aujourd’hui une action en justice contre l’administration Biden, a révélé un communiqué obtenu par le journal Le Nouvelliste, mercredi 22 décembre 2021.                 

Le recours collectif fédéral allègue que le gouvernement américain a violé les droits statutaires et constitutionnels des demandeurs d’asile haïtiens lorsqu’ils ont été détenus dans un campement à Del Rio, au Texas, à la mi-septembre 2021, selon ce communiqué.

Les plaignants, selon ce communiqué, cherchent non seulement à demander des comptes pour les abus racistes du gouvernement à Del Rio, mais aussi le retour des milliers d’Haïtiens expulsés par l’administration Biden du campement de Del Rio depuis septembre, afin qu’ils puissent poursuivre leurs demandes d’asile aux États-Unis.   

L’action en justice souligne également le caractère illégal de la politique du Titre 42, invoquée par l’administration Trump et adoptée par le président Biden qui utilise la pandémie de Covid-19 comme prétexte pour fermer la frontière aux demandeurs d’asile, a indiqué ce communiqué.

« Les histoires que j’ai entendues dans le campement de Del Rio me hanteront à jamais : des mères avec des nouveau-nés à qui l’on refusait des produits de première nécessité tels qu’un abri et des soins médicaux, des enfants à qui l’on ne donnait rien à manger ou seulement du pain, et la dérision et la discrimination flagrantes des autorités américaines », a déclaré Guerline Jozef, cofondatrice et directrice exécutive de Haitian Bridge Alliance, citée dans ce communiqué.

«Le monde a regardé les demandeurs d’asile noirs être maltraités et déshumanisés par des hommes à cheval. En tant que femme noire haïtienne-américaine, descendante de personnes réduites en esclavage dans les Amériques, je ne peux pas dissocier ce traitement des personnes de couleur noire à Del Rio du traitement historique des personnes de couleur noire aux États-Unis. Au lieu d’offrir aux demandeurs d’asile et aux réfugiés la protection légale prévue par la loi, le gouvernement américain les a traités avec mépris, avec des préjugés anti-noirs et les a expulsés sommairement sans aucune procédure régulière après qu’ils ont souffert et ont été témoins des mauvais traitements de la part du CBP à Del Rio. L’immigration est un problème pour les Noirs.»

Parmi les plaignants dans le procès figure Mirard Joseph. Joseph avait traversé le Rio Grande pour apporter de la nourriture à sa famille qui n’avait pas mangé depuis des jours. Joseph et sa famille avaient fait le difficile voyage du Chili aux États-Unis pour trouver la sécurité après avoir fui la menace de violence en Haïti. Lui et plusieurs autres plaignants ont raconté les traitements horribles qu’ils ont subis dans les campements et dans les centres dans lesquels ils ont été détenus avant d’être expulsés des États-Unis ou retournés au Mexique, lit-on dans ce communiqué. «Ce fut l’expérience la plus douloureuse et la plus humiliante de ma vie », a-t-il déclaré.

«Je suis choqué qu’un pays qui, selon moi, pourrait me fournir la sécurité et la protection m’humilie totalement, moi et d’autres personnes de cette façon », a déclaré le plaignant “Paul Doe”. «En nous expulsant, moi et d’autres demandeurs d’asile, le président Biden nous a condamnés à mort.»

«Le monde a été témoin du traitement abusif auquel nos plaignants et d’autres personnes ont été confrontés à Del Rio – à ce jour, il n’y a eu aucune responsabilité», a déclaré Karen Tumlin, fondatrice et directrice de Justice Action Center, selon ce communiqué. «Ces demandeurs d’asile ont fui l’extrême instabilité politique, les enlèvements et bien d’autres choses encore, dans l’espoir de construire un avenir sûr et stable pour eux-mêmes et leurs familles. Au lieu de cela, ils ont été soumis à la dégradation, aux abus physiques, à la malnutrition et à une expulsion rapide d’une nation qui prétend accueillir ceux qui sont dans le besoin. Nous sommes fiers de soutenir Haitian Bridge Alliance et d’autres organisations pour faire en sorte que le gouvernement soit tenu responsable de ses actes odieux.»

En dépit d’un débat tant attendu sur le racisme institutionnel dans la société en général, le racisme anti-Noir et le racisme dans le système d’immigration ne sont pas suffisamment abordés. Cela change lentement : des tribunaux fédéraux de première instance ont récemment reconnu l’intention discriminatoire derrière certaines des pierres angulaires de la loi américaine sur l’immigration.

L’histoire des États-Unis avec Haïti est également mal comprise. Le sentiment anti-haïtien du gouvernement fédéral s’est manifesté aussi récemment qu’en 1990, lorsque celui-ci a recommandé d’interdire aux Haïtiens de donner du sang. En 2018, Donald Trump, alors président, a qualifié Haïti et d’autres pays de «pays de merde». Aujourd’hui, les immigrants noirs représentent un nombre disproportionné parmi les personnes expulsées, peut-on lire dans ce communiqué. 

«Le système d’immigration américain a puni les migrants noirs et le peuple d’Haïti à maintes reprises», a déclaré Tess Hellgren, directrice juridique adjointe d’Innovation Law Lab. «Avec cette action en justice, nous disons non à la suprématie blanche dans le système d’immigration. Nous disons non à la violence, à la discrimination, à l’expulsion et à la cruauté. Nous nous tenons aux côtés de Haitian Bridge Alliance et des Haïtiens victimes de l’application des lois américaines dans l’immigration.»

Les avocats participant à l’affaire sont : Nicole Phillips de Haitian Bridge Alliance, Jane Bentrott, Daniel Tully, Karen Tumlin, Esther Sung, et Lauren Wilfong de Justice Action Center, et Tess Hellgren et Stephen Manning de Innovation Law Lab, selon le communiqué. 



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