Droits humains, Haïti marche sur la tête

Publié le 2021-12-09 | lenouvelliste.com

Haïti s’apprête à célébrer, le vendredi 10 décembre 2021, le 73e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme. On se questionne sur ce que notre pays peut réellement célébrer cette année en matière de droits humains. Au cours des dernières années, le pays a fait un bond en arrière en matière des droits humains. Chaque rapport – d’organisme local ou international – sur le respect des droits humains est un mauvais carnet décerné aux autorités haïtiennes. Qu’il s’agisse des droits civils et politiques ou des droits économiques et sociaux.

La crise multiforme à laquelle le pays fait face au cours des dernières années a emporté presque tous les progrès enregistrés en matière des droits humains depuis le départ des Duvalier. Certains diraient même que les problèmes se sont aggravés.

Le dysfonctionnement du système judiciaire en est la parfaite illustration. Avant, la justice était faible, inefficace, injustice; aujourd’hui elle est emportée par la crise sociopolitique. La Cour de cassation, la plus haute juridiction du système judiciaire, est dysfonctionnelle pour être amputée de plusieurs juges. Si son président a été emporté par le Covid-19, d’autres ont été mis à la retraite par le feu président Jovenel Moïse. L’arrêté nommant les nouveaux juges n’a pas été suivi d’effet. Jusqu'à présent, le Premier ministre Ariel Henry ne se prononce toujours pas sur ce dossier.

Parallèlement, à la Cour de cassation, le palais de justice reste un espace peu fréquentable à cause des gangs qui occupent ses environs. Son déménagement annoncé par les autorités judiciaires est très attendu par les acteurs du système judiciaire. La relocalisation du palais de justice sera-t-elle suffisante pour rendre la justice fonctionnelle ?

Le dysfonctionnement de la justice que le pays vit comme un fait divers est pourtant la cause de bien de nos malheurs. Il nourrit l’impunité et ses corollaires. Le pullulement des gangs, les attaques en série dans les quartiers populaires, la corruption y trouvent leur source.

Faute de pouvoir se donner un satisfecit d’avoir travaillé au respect des droits des Haïtiens, nos autorités peuvent s’engager à l’occasion du 10 décembre à tout faire pour remembrer la justice. Ce sera le premier pas dans la lutte contre nos maux, notamment le kidnapping qui appauvrit les familles haïtiennes et la corruption qui prive l’Etat haïtien de ressources pour améliorer les conditions de vie de la population haïtienne.

Ce 10 décembre ne doit en aucun cas être un moment de réjouissance en Haïti. Ce doit être le moment pour nos autorités de s’engager à garantir le respect des droits de chaque Haïtien en commençant par le droit de circuler dans les rues en toute quiétude. 



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