Séisme : près de 200 millions de dollars nécessaires au relèvement du secteur productif du grand Sud

Publié le 2021-12-03 | lenouvelliste.com

Les besoins de relèvement pour le secteur productif qui comprend l’agriculture, le commerce, l’industrie, les services financiers et le tourisme sont estimés à 197,259, 243 de dollars américains, selon l’évaluation après le séisme qui a frappé la péninsule du Sud le 14 août 2021.

L’importance de la mobilisation de ressources financières pour aider au relèvement des zones sinistrées ou pour permettre qu’elles retrouvent leur situation d’avant le séisme n’est pas à démontrer.

« C’est important de fournir un accompagnement après le séisme », a confié au Nouvelliste le deuxième secrétaire de l’Association des irrigants d’Avezac, à Camp-Perrin, Jonas Bazile, vendredi 3 décembre 2021. Il faut un accompagnement technique notamment fournir des intrants aux agriculteurs, des efforts pour la réparation de canaux endommagés par le séisme, a-t-il poursuivi, soulignant que le séisme a été très éprouvant pour beaucoup de familles vivant de l’agriculture dans le grand Sud.

François Chavenet, comptable agréé, membre de la Chambre de commerce et d’Industrie de la Grand' Anse, a estimé nécessaire de mobiliser des ressources en faveur du grand Sud, une « région qui était déjà en déficit d'investissement par rapport à d'autres régions du pays ».

« Le peu d'infrastructures nécessaires à notre bon fonctionnement doit être rétabli et mieux construit », a appelé François Chavenet, estimant qu’il faut une mobilisation de ressources du Trésor « dans les deux ou trois prochains budgets tout au plus ». « Il devrait y avoir aussi en parallèle des partenariats public privé ( PPP) afin de stimuler des investissements privés, de manière à accélérer cette recapitalisation. Les opportunités sont énormes en considérant la demande mondiale actuelle pour tout ce qui est bio et organique », a plaidé François Chavenet.

« La question cadastrale devrait être posée une fois pour toutes. L'effort des actionnaires pour la mise en fonctionnement du port de St-Louis en serait récompensé…. », a-t-il ajouté.

Oui… mais

« En tant qu’entrepreneur, j’estime qu’il y a lieu de mobiliser des fonds en vue de la reprise des activités au niveau des secteurs touchés par le séisme du 14 août dernier », a confié au journal Valéry Numa, journaliste, entrepreneur touristique basé dans le Sud. Si Valéry Numa croit qu’il faut mobiliser des fonds, il est cependant « perplexe quant à la façon dont ces fonds doivent être mobilisés et sous quelle forme et suivant quel mécanisme ».

« Après l’ouragan Matthew en 2016, j’ai pu me relever grâce à un prêt du FDI. Aujourd’hui encore je peine à le rembourser, 5 ans plus tard. Investir un tel montant n’aboutira sans les mesures d’accompagnement qui puissent garantir de tels débours telles que la pacification du pays en général et les axes routiers menant vers le grand Sud, la réhabilitation de certaines infrastructures, une intervention substantielle au niveau de l’énergie et une meilleure planification de la disponibilité des produits pétroliers », a expliqué Valéry Numa.

« Regardez l’aérogare Antoine Simon des Cayes. Les vols ont repris depuis l’hécatombe de Martissant avec la compagnie Sunrise Airways entre autres. Les activités aéroportuaires se font à vue, car l’espace ne dispose pas de tour de contrôle pouvant guider les pilotes. Résultat: plus d’une fois les valeureux pilotes ont dû faire demi-tour, la piste n’étant pas visible en période nuageuse et brumeuse », a souligné Valéry Numa. 

« Sans ces mesures indispensables, on aura beau vouloir annoncer la lune aux gens du grand Sud,  il n’en résultera que de la poudre aux yeux. De ces promesses et annonces pompeuses, on a soupé.  Après le dernier séisme, pas une action dans le sens de la reconstruction annoncée, à part quelques kits alimentaires et hygiéniques distribués çà et là notamment par des ONG. La phase de réhabilitation des victimes tarde à démarrer comme de coutume », a indiqué Valéry Numa.

Résilience à construire, des investissements intelligents à effectuer

Pour l’ex-député de Corail, Rolphe Papillon, le Trésor public doit mobiliser des ressources en vue de réaliser des investissements dans les départements touchés par le séisme. « Cela va de soi », a-t-il répondu au journal Le Nouvelliste. Il a souligné l’urgence de prendre en compte et d’agir sur l’impact du séisme du 14 août sur Macaya, un château d’eau naturel pour le Sud et la Grand' Anse. Il faut construire la résilience d’Haïti face aux aléas climatiques et sismiques.

L’ex-député croit qu’il faut effectuer des investissements dans des secteurs porteurs et non, pour le moment, dans des secteurs, comme le tourisme qui a un potentiel sur le long terme et moyennant la création des conditions et d’un cadre.

Mesures de la BRH et don de la Banque mondiale

Les dommages et pertes subis par les secteurs productifs (agriculture, commerce, industries et services financiers et tourisme) dans les zones affectées par le séisme sont estimés à plus de 200 millions de dollars américains. La Banque de la République d'Haïti a annoncé après le séisme un ensemble de mesures pour venir en aide à des acteurs évoluant dans les micro, petites et moyennes entreprises à travers des institutions financières et des coopératives. La Banque mondiale a octroyé un don de 73 millions de dollars américains au pays pour les micro, petites et moyennes entreprises », a confié au journal l’économiste Kesner Pharel, responsable du Group Croissance, qui plaide pour que les secteur immobilier, le logement, soit pris en compte dans le secteur productif. « Je pense que le secteur logement aurait dû être placé dans les secteurs productifs car il constitue un actif pour un propriétaire ou un investisseur. Il m’empêche qu’une politique du logement puisse cibler des personnes à faible revenu. Les fonds nécessaires pour la reconstruction dans le secteur du logement sont estimés à plus de 1 milliard de dollars américains », a soutenu Kesner Pharel. « Il faudrait encourager les propriétaires non seulement à respecter les normes de considération, mais aussi à avoir une assurance pour minimiser les pertes en cas de catastrophes naturelles », a-t-il appelé.



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