Des structures politiques désapprouvent le remaniement du cabinet ministériel

Moins de vingt-quatre heures après l’investiture des huit nouveaux ministres du gouvernement d’Ariel Henry, les dissidents expriment leur désacord. Ce gouvernement est la troisième version du Parti haïtien Tèt Kale, croit l’ancien sénateur Steven Benoit ; il n’est ni légitime ni légal, selon Rony Timothée. Pour l’ancien sénateur Youri Latortue, ce replâtrage n’apporte pas la lueur d’espoir attendue.

Publié le 2021-11-29 | lenouvelliste.com

« Six des neuf ministres nouvellement nommés ont été des ordonnateurs et gérants de fonds publics en tant que ministres, entre autres », a rappelé Steven Benoit, membre de l’Entente nationale pour une transition de rupture. « Ils n’ont pas de décharge », a-t-il rappelé, estimant que ce gouvernement qu’il a qualifié « d’illégal, d’illégitime et d’inconstitutionnel » est la version 3 du PHTK, « remaniée et améliorée ». « C’est toujours le même régime qui est au pouvoir. Le Premier ministre a été nommé par un président qui n’était plus président de la République depuis février 2021. L'homme politique le plus puissant en Haïti depuis 2011 reste et demeure l'ancien président Michel Martelly. C'est lui qui tire les ficelles. Ariel Henry fait partie du régime PHTK contrôlé de main experte par Michel Martelly. Ce sont les mêmes délégués départementaux, les mêmes vice-délégués, les mêmes directeurs généraux qui continuent à piller les maigres ressources de l’État », a dénoncé l’ancien élu du département de l’Ouest, intervenant à la matinale de Magik 9, le jeudi 25 novembre.

Quant au choix de ses anciens collègues de l’opposition qui ont rejoint les rangs d' Ariel Henry, Steven Benoit dit avoir pris acte. Il se dit également disposé à entendre, après l’échec de ce gouvernement dont il est convaincu, le bilan en tant que ministres de ses ex-camarades de l’opposition. Pour Steven Benoit, la vraie opposition au PHTK est l’accord de Montana.

Le changement réalisé au sein de ce gouvernement n’a pas apporté la lueur d’espoir attendue, a estimé, de son côté, Youri Latortue, coordonnateur général du parti politique Ayiti an aksyon (AAA), intervenant lui aussi sur Magik 9, jeudi. « L’objectif de la transition était de pacifier le pays pour l’établissement d’un climat sécuritaire en vue d’organiser d’éventuelles élections. Le gouvernement qui l'a précédé n’a pas su aborder cette question », a affirmé l’ancien sénateur. « Ce changement n’est pas issu d’un consensus. Depuis le 11 septembre dernier, je ne crois pas que d’autres acteurs aient rejoint l’accord. Pour résoudre le problème de l’insécurité, des changements auraient dû être effectués au niveau du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire. Quel changement a été apporté ? C’est le même ministre de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, le même Premier ministre qui n’avaient pas donné de résultat », a-t-il martelé. La déclaration du Premier ministre selon laquelle les « bandits ont des chefs », a laissé l’ex-élu du département de l’Artibonite perplexe quant à la capacité du chef du gouvernement d’organiser des élections. « Cette déclaration du Premier ministre dit clairement à ceux qui voudraient participer aux élections de ne pas s’aventurer sur ce chemin », a prévenu Youri Latortue.

Youri Latortue dit regretter de voir des anciens camarades de l’opposition se lier à ce gouvernement. Les moyens financiers et sécuritaires, selon l’ancien militaire, ne sont pas réunis pour qu’ils puissent mettre en œuvre leur politique.

« Le mandat d’Ariel Henry en tant que Premier ministre, selon l’article 149 de la Constitution, est arrivé à son terme depuis le samedi 20 novembre, jour qui a marqué ses 120 premiers jours au pouvoir », a fait savoir, pour sa part, Rony Timothée, membre de la structure de Viv Ayiti. « Ce nouveau cabinet provoque de grandes inquiétudes compte tenu du fait qu’il n’est basé sur aucune norme constitutionnelle. Sur quel texte de loi le ministre fonde-t-il son gouvernement ? Quid de sa légitimité ou de sa légalité ? », s'est-il interrogé. Indexant le Secteur démocratique et populaire et le leader du parti politique Pitit Dessalines, Rony Timothée, réagissant lui aussi sur les ondes de Magik 9, a déclaré qu’il avait convoqué la population, au péril de sa vie, à manifester pour finalement négocier à son détriment et son insu des postes ministériels.



Réagir à cet article