Bilan mitigé pour la COP26 de Glasgow, présentée comme la COP de la dernière chance

Publié le 2021-11-24 | lenouvelliste.com

La COP26 s’est refermée le samedi 13 novembre dans la plus grande ville d’Écosse, Glasgow, avec l’annonce notamment de nouveaux accords, de nouvelles déclarations et de nouveaux objectifs. Après deux semaines de négociations, les différentes parties se sont quittées sur un bilan mitigé tant la COP26 en elle-même et le Pacte de Glasgow ne se hissaient pas à la hauteur des progrès attendus dans la lutte contre le réchauffement climatique à travers la planète.

Présentée presque unanimement comme étant la COP de la dernière chance appelée à inverser l’aggravation de la crise climatique, la COP26 s’est déroulée dans des contextes scientifique et politico-économique particuliers, et les négociations autour du futur des actions climatiques internationales ont pris place à Glasgow sur fond du retour officiel des États-Unis dans l’Accord de Paris.

Il s’agissait aussi de la première conférence climatique internationale accueillie par le Royaume-Uni depuis le Brexit, et qui a réuni de nombreux dirigeants politiques et économiques ayant fait le déplacement en terre écossaise afin d’y mener les négociations en présentiel. Une première depuis l’apparition de la pandémie de coronavirus.

« Ces contextes singuliers ont créé de grandes attentes, particulièrement chez beaucoup de pays en développement qui comptaient non seulement sur le leadership des dirigeants démocrates américains, mais surtout sur la considération particulière de la récente évaluation scientifique effectuée par le GIEC », a souligné le Dr Kénel Délusca, expert haïtien ayant contribué à la publication en août dernier du 6e rapport d’évaluation du groupe de travail # 1 du GIEC qui tire la sonnette d’alarme sur l’urgence d’agir à court terme afin de maintenir la planète sur la trajectoire du 1,5°C et d’éviter ainsi les scénarios des conséquences négatives sans précédent, notamment dans les pays en développement.

 Les attentes des pays en développement, a poursuivi le Dr Délusca, président du Groupe d'experts des pays les moins avancés, portaient notamment sur le respect des engagements financiers des pays développés dus depuis 2020, l’identification de voies claires à suivre pour l’établissement d’un nouvel engagement financier d’ici 2025, le réhaussement du profil d’adaptation afin d’arriver à un équilibre avec l’atténuation, une meilleure solidarité pour les pertes et préjudices, y compris un mécanisme financier, la résolution de la question des marchés et l’achèvement des travaux sur le recueil des règles pour la mise en œuvre intégrale de l’Accord de Paris.

Si au cours de cette COP26 des annonces inédites ont été effectuées, notamment sur la déforestation et la réduction progressive des subventions aux combustibles fossiles, force est de constater, au regard des trois déclarations du Pacte de Glasgow, que les résultats obtenus demeurent très mitigés.

C’est le principal enseignement que retient le chef de la délégation haïtienne à cette COP26, le ministre James Cadet, dont le discours a été très bien accueilli au cours du segment de haut niveau. Le ministre haïtien de l’Environnement a en effet plaidé pour le financement des projets d’adaptation au profit des États vulnérables, les questions liées à la justice climatique et a fait le lien entre le changement climatique et les troubles géopolitiques et sociaux, en tant qu’amplificateur des inégalités.

Le Dr Kénel Délusca, de son côté, note ce bilan plus que mitigé de la COP26, et déplore que « l’engagement financier des pays développés pour les 100 milliards de dollars par année à partir de 2020 ne sera pas respecté avant 2023 pendant que les besoins des pays en développement sont de l’ordre de milliers de milliards de dollars, l’absence de mécanisme financier spécifique pour les pertes et préjudices et de plan bien ficelé pour doubler le financement pour l’adaptation ».

« Encore des sujets urgents remis à plus tard! », s'est désolé le Dr Délusca, directeur associé de la firme UNITE Caribbean, pointant du doigt la déconnexion exagérée entre la science et la politique. À en croire l’expert haïtien, cette COP26, pour Haïti, confirme clairement l’écart grandissant entre les priorités des pays développés et celles des pays en développement.

« Ce déphasage est de nature à amplifier les conséquences négatives des changements climatiques qui entravent, conjointement avec la crise sociopolitique quasi chronique, le processus de développement durable du pays, la réduction des inégalités et l’éradication de la faim », a indiqué le Dr Délusca qui, loin de remettre en question le multilatéralisme, en appelle de toutes ses forces à une nouvelle classe de dirigeants au niveau mondial.

Par ailleurs, la délégation haïtienne a pris part aux négociations à travers les différents groupes auxquels le pays appartient, à savoir le Groupe des pays les moins avancés (LDC) le G77+Chine et l’Alliance des petits États insulaires (AOSIS). Le ministre Cadet a eu des rencontres avec plusieurs partenaires techniques et régionaux, tels que le Fonds d’adaptation, le Fonds Vert et 5Cs, désireux d’aider Haïti dans l’implémentation de son processus PNA et à obtenir du financement pour la mise en œuvre de projets en ce sens.

La délégation haïtienne était composée de 16 membres au total, qui incluent le support technique et logistique de trois membres de la représentation diplomatique de la République d’Haïti au Royaume-Uni, dont l’ambassadeur Euvrard St Armand.

Que retenir du pacte de Glasgow ?

En résumé : le Pacte de Glasgow accélère le suivi des ambitions climatiques, et remet l’objectif de 1.5 degré sur la table. Autre point positif : le Pacte reconnaît le besoin de protéger, conserver et restaurer la nature et les écosystèmes, notamment les forêts et les autres écosystèmes terrestres et marins. Les négociations ont aussi accouché d’un accord sur le méthane, deuxième gaz à effet de serre le plus important. Près de 80 pays se sont engagés à réduire d’au moins 30% de leurs émissions de méthane, alors qu’il n’existait pas d’objectif clair pour ce gaz. La part du financement allouée à l’adaptation au réchauffement climatique a été réévaluée à la hausse, sur demande des pays en développement et du G77.

Toutefois le pacte de Glasgow renferme certaines annonces décevantes à bien des égards, notamment celles concernant les énergies fossiles. Le gaz et le carburant ne sont pas mentionnés dans le document, alors qu’ils représentent la majorité de l’énergie consommée dans le monde, et qu’ils contribuent très largement au réchauffement climatique.



Réagir à cet article