COP26 : Haïti, porte-voix des petits États insulaires sur le volet financement, réclame un signal fort des pays riches  

Le segment de haut niveau de la 26e session de la Conférence des parties (COP26) à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) s’est ouvert à Glasgow, en Écosse le mardi 9 novembre 2021, permettant ainsi aux chefs de délégation de plus de 180 pays membres de la Convention de prendre la parole pour instruire sur les priorités respectives de leurs pays et aussi les actions à mettre en place en matière de lutte contre les changements climatiques.  

Publié le 2021-11-12 | lenouvelliste.com

Le chef de la délégation haïtienne à la COP26, le ministre de l’Environnement, James Cadet, a pris la parole mardi après-midi à cette Convention où il a surtout mis l’accent sur l’enjeu existentiel que représente désormais le phénomène des changements climatiques pour une grande majorité de la population haïtienne.

Pour le ministre Cadet, fraîchement désigné par ses pairs de l’Alliance des petits États insulaires (AOSIS, en anglais) pour mener en leur nom les négociations sur le volet financement climatique de l'adaptation, le temps des voeux pieux est révolu. « Les pays les plus affectés par le phénomène comme Haïti ne peuvent plus attendre », a martelé James Cadet à la tribune de la Convention, réclamant le lancement d’un signal fort et clair de la part des pays développés dont la responsabilité historique dans le phénomène n’est plus à démontrer.

Ce signal fort devra être cristallisé, selon le ministre, à travers notamment le respect des engagements financiers de 2009 et plus précisément les 100 milliards de dollars par année à partir de 2020, sans oublier l’identification des voies et moyens pour le nouveau plafond financier d’ici 2025 ; un financement plus important pour l’adaptation, notamment pour les pays les plus vulnérables, afin d’arriver à un équilibre avec l’atténuation ; un vrai assouplissement des procédures pour accéder au financement climatique, et aussi un mécanisme de financement nouveau et additionnel pour éviter, minimiser et aborder la question exceptionnelle des pertes et préjudices.

Dans son discours, le ministre Cadet a souligné le fait qu’il n’était « nul besoin de rappeler combien les problématiques climatiques concernent au premier chef des pays comme Haïti dont la vulnérabilité écologique et démographique est incontestable ».

« Chaque année amène son lot de dégâts, certains irréversibles pour mon pays, l’entraînant ainsi dans un cycle interminable de relèvement, causant des sources de tension à l’intérieur du pays et dans la région et déplaçant plusieurs milliers de compatriotes à leurs risques et périls », a déploré le ministre haïtien de l’Environnement, insistant sur le fait que le phénomène des changements climatiques est de nature à compliquer davantage le contexte socioéconomique et politique particulier auquel fait face le pays depuis plusieurs années.

« En dix ans, les pertes causées par les catastrophes climatiques en Haïti ont augmenté de manière significative avec près de 400 millions de dollars américains en 2020, ce qui représente environ 50% de l’aide internationale et 20% du budget de l’Etat », a indiqué James Cadet avant d’étaler quelques actions concrètes mises en œuvre par Haïti pour réduire les impacts des chocs climatiques et contribuer à l’atteinte de l'objectif global de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

« Sur le plan de la gouvernance, Haïti finalise cette année sa deuxième Contribution déterminée au niveau national, son Plan national d’adaptation ainsi qu'un Plan d’action environnementale. Le dialogue intersectoriel se renforce pour mieux intégrer les effets des changements climatiques dans les stratégies de développement à l'échelle nationale et infranationale, à travers le Comité national sur les changements climatiques récemment institué par le gouvernement », a fait savoir le ministre Cadet.   

Concernant l’état d’avancement des négociations à cette COP26, le ministre Cadet a fait montre d’un optimisme mesuré vu les demandes express et répétées de l’ensemble des délégations pour la mise en application de l’accord de Paris. « Jusqu’à présent, nous ne sommes pas en mesure de dire que les négociations vont bon train. Cependant il y a plus d’espoir que la dernière fois (cf. COP25 » », a déclaré James Cadet réagissant à chaud au sortir de la salle des plénières peu après avoir délivré son discours.

Un des points sur lesquels nous allons travailler et qui intéressent beaucoup les îles et les petits États vulnérables, a poursuivi le titulaire du MDE, est la question de l’adaptation, du financement climatique. « C’est moi qui vais conduire ces négociations pour le compte de l’AOSIS qui est le groupe des petits États insulaires », a confirmé James Cadet en fin d’après-midi entre deux réunions au Scottish Event Campus.   

« C’est un honneur pour Haïti de représenter ces pays pour négocier en leur nom sur la question du financement climatique […] Ces pays qui ressemblent à Haïti comprennent le sens de son engagement dans la lutte contre les changements climatiques et reconnaissent sa capacité à comprendre la dynamique et les enjeux de cette lutte », a renchéri le désormais porte-parole des petits États insulaires sur le volet financement, aux côtés de la Barbade, championne désignée pour négocier sur la question adaptation au nom de l'AOSIS. 

À propos de la délégation haïtienne

En dernier lieu, le ministre a tenu à apporter une clarification concernant le nombre de personnes qui composent la délégation haïtienne à la COP26. « Pour qu’un acteur intéressé participe à la Cop26, il y a plusieurs fenêtres prévues par la CCNUCC, à savoir observateurs, société civile ou membres de la délégation […] Mais il y a une seule porte d’entrée dans le pays, c’est le point focal national qui n’est autre que le ministère de l’Environnement (MDE) », a précisé James Cadet.

« Tous les acteurs d’une manière générale travaillant en Haïti dans le champ de la lutte contre les changements climatiques soumettent une demande au MDE pour avoir leur accréditation. Le ministère n'est, en aucun cas, responsable de la prise en charge de leur voyage », a tenu à souligner le ministre Cadet, indiquant qu’une délégation de 16 personnes représente Haïti à la COP26 à Glasgow.  



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